Troubadours © Veerle Bastiaanssen
Troubadours © Veerle Bastiaanssen

Biennale de violoncelle d’Amsterdam, jour 2 : Quirine Viersen, Boris Andrianov et Alban Gerhardt

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L’Orchestre de Chambre néerlandais (Nederlands Kamerorkest), dirigé par Gordan Nikolić, a présenté un programme éclectique combinant des œuvres bien connues et des pièces moins courantes, s’étendant de la fin du XIXe siècle à une composition de 2009. Trois solistes de talent : Quirine Viersen, Boris Andrianov et Alban Gerhardt, se sont succédés sur scène, chacun offant une interprétation unique et captivante.

Le programme a débuté avec le premier mouvement de la Symphonie no 3 en sol mineur, Op. 36 de Louise Farrenc, une compositrice du XIXe siècle dont l’œuvre, longtemps négligée, commence à retrouver sa place sur les scènes de concert.

Née en 1804, Farrenc s’est imposée comme une pionnière dans le monde de la musique classique, un univers largement dominé par les hommes, où elle a su faire reconnaître son talent de compositrice. Formée au Conservatoire de Paris, elle est devenue la première femme à obtenir un prix de composition, ouvrant la voie aux futures générations de musiciennes. Pourtant, malgré les avancées, la place des compositrices reste aujourd’hui encore marginale. Une étude de la Donne Foundation révèle en effet que seulement 5 % des œuvres jouées par les grands orchestres à l’échelle mondiale sont écrites par des femmes, soulignant un déséquilibre persistant dans la représentation.

Composée entre 1845 et 1847, la Symphonie de Farrenc commence avec un adagio d’une intensité captivante, riche en contrastes. Ce mouvement allie puissance et rapidité à une légèreté raffinée, offrant ainsi un équilibre subtil entre force et lyrisme. Chaque instrument dialoguait harmonieusement dans une cohésion d’énergie et de couleurs. L’allegro, quant à lui, a vu les interventions de la flûte traversière, du hautbois et du basson gagner en richesse mélodique, s’imposant par leur clarté et leur expressivité. Le final, très intense, sera à découvrir dans la seconde partie du concert.

Quirine Viersen à la Cello Biennale © Foppe Schut
Quirine Viersen à la Cello Biennale © Foppe Schut

Concerto pour Violoncelle n° 1 en La mineur, Op. 33 de Saint-Saëns, composé en 1872, est un pilier du répertoire pour violoncelle. L’interprétation de Quirine Viersen a été particulièrement captivante : son jeu d’une précision cristalline, à la fois technique et poétique, a captivé l’attention du public.
La dynamique était impeccable et l’interaction entre la soliste et l’orchestre révélait une communication profonde. L’Allegro non troppo s’est ouvert avec une énergie palpable, suivi d’un Allegretto con moto introspectif, avant de culminer dans un tourbillon de virtuosité dans le Tempo primo.

Viersen, qui joue un violoncelle de 1715 de Giuseppe Giovanni Battista Guarnieri, a été la première musicienne néerlandaise à remporter un prix au prestigieux Concours Tchaïkovski de Moscou, en 1994.

Boris Andrianov a ensuite pris la scène pour interpréter la pièce qui a donné son nom au concert de ce soir : Lieux Retrouvés de Thomas Adès.
Sous la direction d’Alejandro Cantalapiedra, cette pièce en quatre mouvements — initialement composée comme un duo pour piano et violoncelle pour le violoncelliste Steven Isserlis et ensuite orchestrée — s’est déployée comme un voyage à travers des paysages sonores variés, riches en influences transcendant époques et genres.

Le premier mouvement, Les eaux, nous a plongé dans le calme d’un miroir d’eau, « décrit » d’abord par le piano et le violoncelle, puis par la harpe et les percussions, en un crescendo envoûtant. Ensuite, dans La montagne, on a entendu le pas des alpinistes, parfois sûr, parfois hésitant, frôlant le danger. La musique est devenue plus jazzistique et dissonante, contrastant avec l’atmosphere contemplative de Les champs, où le violoncelle et le hautbois s’élevaient en pianissimo, tandis que le contraforte ajoutait une profondeur saisissante. Enfin, La ville : cancan macabre nous a transportés dans un tumulte urbain où le trafic frénétique et les clameurs se mêlaient dans un tableau sonore vivant. Le hautbois, en sifflant, se glissait entre les bruits de la ville, rappelant le rythme trépidant de la vie citadine.

Alban Gerhardt à la Cello Biennale © Foppe Schut
Alban Gerhardt à la Cello Biennale © Foppe Schut

Pour clore la soirée, Alban Gerhardt a présenté des œuvres de deux compositeurs moins connus : Woldmar Bargiel et Robert Volkmann.

Dans le Adagio pour Violoncelle et Orchestre, Op. 38 de Bargiel, la mélodie du violoncelle s’est élevée telle une prière, témoignant d’une rare profondeur émotionnelle. Élève de Mendelssohn, Bargiel a créé un dialogue subtil entre l’orchestre et le soliste, où chaque note, chargée de sentiments, évoquait une introspection profonde. L’orchestre soutenait le violoncelle avec délicatesse, créant un espace sonore propice à la contemplation.

Le Concerto pour violoncelle en La mineur, Op. 33  de Robert Volkmann, d’une grande virtuosité, mettait en avant des défis techniques, notamment l’utilisation de doubles cordes, de voix doubles et de passages en quasi-improvvisando, conférant à l’œuvre une touche de modernité. Les mouvements, notamment le premier Allegro, sont construits autour d’un dialogue entre le violoncelle et l’orchestre, où le soliste met en valeur son virtuosisme tout en maintenant une conversation fluide avec l’ensemble. Le deuxième mouvement, introspectif, permet au violoncelliste de s’exprimer avec une profondeur émouvante, tandis que le finale, vif et dynamique, offre une conclusion joyeuse à cette œuvre remarquable.

Peut-être en raison de l’acoustique de la salle, certaines nuances dynamiques et harmoniques n’ont pas été pleinement rendues. L’œuvre a parfois semblé manquer de définition, créant une impression quelque peu brouillée, malgré le talent indéniable du violoncelliste.

 

 

Ce concert a été une belle illustration de la diversité et de la richesse du répertoire pour violoncelle, célébrant à la fois des œuvres historiques et contemporaines, et témoignant de la vitalité de l’Orchestre de Chambre néerlandais et sa capacité à établir un dialogue harmonieux avec les solistes.

 

 


Programme

Louise Farrenc, Symphonie n° 3 en sol mineur, Op. 36, Adagio-Allegro
Camille Saint-Saëns, Concerto pour Violoncelle n° 1 en La mineur, Op. 33
Thomas Adès, Lieux Retrouvés
Louise Farrenc, Symphonie n° 3 en sol mineur, Finale
Woldmar Bargiel, Adagio pour Violoncelle et Orchestre, Op. 38
Robert Volkmann, Concerto pour violoncelle en La mineur, Op. 33

Interprètes

Quirine Viersen, violoncelle
Boris Andrianov, violoncelle
Alban Gerhardt, violoncelle
Nederlands Kamerorkest
Gordan Nikolić, direction et violon
Alejandro Cantalapiedra, direction

Parallèlement à sa formation en chant lyrique et en hautbois, Cinzia fréquente l'Académie des Beaux-Arts puis se spécialise en communication du patrimoine culturel à l'École polytechnique de Milan. En 2014 elle fonde Classicagenda, afin de promouvoir la musique classique et l'ouvrir à de nouveaux publics. Elle est membre de la Presse Musicale Internationale.