Duo Sol (c) Marine Park
Duo Sol (c) Marine Park

Duo Sol ! : un voyage lumineux du Moyen Âge au tango

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Le 2 décembre, au foyer de l’Opéra Comique, le Duo Sol ! — Philippe Mouratoglou à la guitare et Henri Demarquette au violoncelle — a offert un voyage musical traversant sept siècles, du Llibre Vermell de Montserrat au tango contemporain. Un programme solaire, fidèle à leur nom, où chaque œuvre semblait tendre vers une même lumière.

Ce soir-là, une clarté singulière baignait la salle : non celle des lustres, mais celle, plus subtile, née de la rencontre de deux voix instrumentales qui respirent ensemble. Le Duo Sol ! incarne avec évidence cette énergie irradiée par leur dialogue. Leur itinéraire musical, du XIVᵉ siècle à Piazzolla, traçait une carte sensible de la lumière — un parcours où chaque pièce explorait à sa manière l’éclat d’un même astre intérieur.

Dès l’ouverture médiévale, « Mariam matrem virginem », le violoncelle s’élève comme un chant ancien, ample et incarné, tandis que la guitare grave son soutien avec une discrétion attentive. Dans cette première partie du concert, l’instrument d’Henri Demarquette est le protagoniste naturel : Boccherini respire avec élégance sous son archet, Casals prend une teinte presque confessionnelle dans Le Chant des oiseaux, et le rare Prélude-Fantasia de Cassadó rappelle combien la tradition catalane guide encore son langage. Mouratoglou, loin d’être en retrait, en assume la fonction essentielle : celle du partenaire qui éclaire, nuance, laisse respirer et relance. On devine, dans leurs regards échangés, une mécanique subtile faite de clins d’œil, de pulsations communes, d’infinies micro-respirations.

Musique de soleil à l'Opéra Comique, Duo Sol (c) Marine Park
Musique de soleil à l’Opéra Comique, Duo Sol ! (c) Marine Park

Avec Ravel puis Falla — la Pièce en forme de Habanera et la Danse de La Vida Breve —, le soleil s’intensifie : la guitare devient une terre ibérique, sensuelle et granuleuse, sur laquelle vient se poser le chant ample du violoncelle. C’est un sud rêvé, dans lequel les deux musiciens s’accordent avec une élégance presque chorégraphique.

Dans la deuxième partie, la dramaturgie s’inverse : la guitare prend la parole, devient soliste, affirme son identité. L’instant de bascule est magistral : le Percussion Study n°1 d’Arthur Kampela, pièce redoutable, révèle un Philippe Mouratoglou virtuose, explorateur, presque chamane. Cordes pincées, frappées, frottées : la guitare apparaît dans toutes ses métamorphoses, instrument-polyphonie, instrument-rituel, instrument-corps. Ce moment fulgurant rééquilibre le duo : désormais les deux voix dialoguent à armes égales.

Dans cette lumière retrouvée, les Bachianas Brasileiras n°5 de Villa-Lobos s’élèvent avec une grâce voluptueuse, avant l’arrivée de l’apothéose du concert : la Sonate pour violoncelle et guitare de Radamés Gnattali permet au Duo Sol ! d’exprimer le cœur de son identité : une complicité absolue, un sens du rythme partagé, et cette manière de faire danser les phrases sans jamais en perdre la ligne intérieure. Les inflexions du violoncelle s’y lovent dans les syncopes brésiliennes de la guitare avec une évidence.

Le final — l’Andante et l’Allegro de la Tango Suite de Piazzolla — apporte une dernière flambée. Là encore, le duo impressionne par sa justesse : le tango n’est pas ici un cliché, mais une manière d’habiter la pulsation, de la faire vibrer dans une sensualité parfaitement maîtrisée. Pour conclure cette soirée de lumière, ils offrent Nana, extraite des Siete canciones populares españolas de Manuel de Falla : une berceuse qui enveloppe le public d’une douceur délicate.

À l’issue de la soirée, une impression persiste : celle d’avoir assisté à la naissance d’une formation chambriste, pensée comme un organisme unique, aux couleurs complémentaires, aux tempéraments solaires. Le Duo Sol ! illumine ce répertoire avec une intelligence rare — et l’on se prend à espérer que cette lumière ne cesse plus de se déployer.

Duo Sol ! à l’Opéra Comique, le 2 décembre 2025, 19H

Programme :

Llibre Vermell de Montserrat : «Mariam matrem virginem »
Luigi Boccherini: Sonate «L’Impératrice»
Pablo Casals: Le Chant des Oiseaux
Gaspar Cassado: Prélude-Fantasia (violoncelle seul)
Maurice Ravel: Pièce en forme de Habanera
Manuel de Falla: Première danse de « La Vida Breve »
Heitor Villa-Lobos: Bachianas Brasileiras n°5
Arthur Kampela : Percussion Study n°1 (guitare seule)
Radamés Gnattali: Sonate pour violoncelle et guitare
Astor Piazzolla: Andante et Allegro (Tango suite mouvements 2 & 3)

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni