Elisabeth Leonskaja et Michael Sanderling avec le KBS Symphony Orchestra (c) Marine Park
Elisabeth Leonskaja et Michael Sanderling avec le KBS Symphony Orchestra (c) Marine Park

Esprit nordique au cœur de la péninsule : KBS Symphony Orchestra, Leonskaja et Sanderling à Séoul

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Le 2 mai 2025, le KBS Symphony Orchestra accueillait au Seoul Arts Center deux figures majeures du monde musical : la pianiste Elisabeth Leonskaja et le chef d’orchestre Michael Sanderling, pour un programme lumineux et contrasté, réunissant Finlandia de Jean Sibelius, le Concerto pour piano de Grieg et les Variations Enigma d’Edward Elgar.

La soirée s’ouvre avec Finlandia, l’un des poèmes symphoniques les plus emblématiques de Sibelius. Hymne à la liberté et à l’identité nationale finlandaise, l’œuvre résonne ici avec force et clarté. Michael Sanderling, chef allemand issu d’une illustre lignée musicale — fils du légendaire Kurt Sanderling —, impose une direction à la fois rigoureuse et lyrique. Ancien violoncelliste soliste, il insuffle aux cordes une respiration organique, tirant le meilleur de la phalange coréenne. Sous sa baguette, le KBS Symphony Orchestra atteint une belle cohésion, avec des vents limpides et des cordes d’une souplesse expressive, révélant toute la puissance narrative de l’œuvre.

Mais c’est avec le Concerto pour piano en la mineur, Op. 16 d’Edvard Grieg que la soirée prend un tournant plus intime et bouleversant. À 80 ans, Elisabeth Leonskaja demeure un modèle de probité artistique. Née à Tbilissi et formée à Moscou, proche de Sviatoslav Richter dont elle fut la partenaire de musique de chambre, elle incarne l’école russe dans sa dimension la plus noble : profondeur de pensée, sonorité riche, simplicité du geste.

Dès son entrée sur scène, une pluie d’applaudissements retentit dans l’auditorium, témoignage éloquent de la popularité de la pianiste octogénaire. Son jeu affirme une autorité sereine dès les premières mesures, alliant virtuosité et retenue. Le mouvement lent (Adagio) devient sous ses doigts un moment suspendu, où chaque phrase respire avec une intensité feutrée. Sa technique, fondée sur le poids naturel du bras, confère au toucher une rondeur et une densité sonore rares.

Cette alchimie musicale est magnifiée par la direction souple et attentive de Sanderling, avec qui elle a d’ailleurs enregistré ce même concerto — aux côtés de celui de Schumann — pour le label Warner Classics avec le Luzerner Sinfonieorchester. Leur complicité, patiemment construite, se traduit ici dans une interprétation fluide, énergique et poétique.

Après l’entracte, cap sur l’Angleterre romantique avec les Variations Enigma, Op. 36 d’Edward Elgar. Véritable chef-d’œuvre orchestral, chaque variation brosse un portrait musical d’un proche du compositeur. Sanderling en donne une lecture limpide et narrative, mettant en valeur la diversité des caractères. Le KBS Symphony Orchestra brille par sa flexibilité : ironie subtile, fugue intense, lyrisme noble de Nimrod — moment de grâce, interprété avec retenue et profondeur.

On remarque la ligne chantante du violoncelle solo dans la douzième variation, qui semble faire écho au célèbre Concerto pour violoncelle du même Elgar. Dans cette seconde partie, le son de l’orchestre gagne en clarté : cordes souples (majoritairement féminines), vents incisifs (majoritairement masculins), équilibre et respiration d’ensemble. Sanderling modèle son orchestre avec une élégance sans rigidité.

Ce concert fut un moment de grâce entre une grande dame du piano et un chef au geste sobre mais expressif. Leonskaja, infatigable messagère du répertoire romantique, et Sanderling, musicien exigeant et inspiré, ont élevé cette soirée au rang d’expérience musicale inoubliable.

Séoul, mai 2025 — Marine Park

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni