Le Festival international George Enescu, plus grand événement musical de Roumanie et rendez-vous majeur de la scène classique européenne, a célébré sa 27ᵉ édition, marquée par le 70ᵉ anniversaire de la disparition du compositeur. Placé sous la direction de Cristian Măcelaru et Cristina Uruc, avec Gilda Lazăr à la communication, le festival a su allier fidélité à l’héritage et audace contemporaine.
L’héritage d’Enescu, au cœur du programme
« Cette édition est placée sous le signe des Célébrations. Nous rendons hommage à Enescu à travers plus de quarante-cinq exécutions de ses œuvres — des œuvres orchestrales et de la musique de chambre à son chef-d’œuvre lyrique Œdipe. Mais nous avons aussi voulu inscrire ce centenaire dans un dialogue avec d’autres anniversaires majeurs : Ravel, Fauré, Boulez, Pärt, Bach ou encore Chostakovitch », nous expliquait Gilda Lazăr.
George Enescu demeurait la pierre angulaire du festival. Les séries « Enescu 70 » et « Célébrations » ont offert une immersion dans son univers, où l’opéra Œdipe occupait une place centrale. Mais l’hommage ne s’est pas limité à la commémoration : il s’agissait de rappeler la modernité d’une œuvre capable de résonner auprès des générations actuelles.
« Enescu a marqué la musique roumaine et internationale par son exigence et son inventivité. Le festival veut continuer de faire entendre cette voix unique tout en l’inscrivant dans un patrimoine mondial », soulignait Gilda Lazăr.
À cette célébration s’ajoutaient d’autres jalons : les 150 ans de la naissance de Maurice Ravel, les 180 ans de Gabriel Fauré, les 100 ans de Pierre Boulez, les 90 ans d’Arvo Pärt, les 340 ans de Bach et les 50 ans de la disparition de Chostakovitch. Autant de points de repère qui ont fait de l’édition 2025 une véritable cartographie de la mémoire musicale.

Tradition et innovation : une alchimie qui a séduit les jeunes publics
Si le festival est resté fidèle à ses lieux emblématiques — l’Athénée roumain ou la Salle de Radio Bucarest —, il s’est aussi aventuré vers des espaces inattendus. Le Club Control, haut lieu de la scène alternative de Bucarest, a accueilli le cycle Enescu in Control. Quatre concerts électrisants y ont réinventé le langage du compositeur en le mêlant à des sonorités contemporaines.
« Il s’agissait de tendre la main aux jeunes générations. La musique d’Enescu se prêtait à des réinterprétations audacieuses, qui prouvent que le classique peut dialoguer avec le présent », expliquait Lazăr.
Autre projet phare : la série immersive Enescu–JTI, au MINA (Museum of Immersive New Art). Conçue avec le chorégraphe Gigi Căciuleanu et enrichie par les technologies visuelles du CCRMA de Stanford, elle associait musique, danse et arts numériques. « C’était une expérience totale, qui montrait combien la création pouvait repousser les frontières traditionnelles des genres », ajoutait-elle.
Les plus jeunes n’ont pas été oubliés : quatre concerts dédiés aux enfants, organisés chaque dimanche au Théâtre Odeon, visaient à éveiller curiosité et passion.
Un rayonnement international sans équivalent
Le festival 2025 a réuni 4 000 artistes de 28 pays pour près de 200 concerts en Roumanie et à Chișinău. Sous la direction de Cristian Măcelaru, il a accueilli des orchestres de renom comme le Royal Concertgebouw d’Amsterdam ou la Philharmonia de Londres, ainsi que des solistes tels qu’Anne-Sophie Mutter, Martha Argerich ou Sonya Yoncheva.
« C’est cette concentration d’excellence qui a fait la réputation internationale du festival », soulignait Gilda Lazăr.

Mémoire et modernité : un dialogue fécond
L’équilibre entre la célébration d’Enescu et l’hommage rendu aux autres compositeurs ou ensembles en anniversaire (de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen à l’Orchestre Philharmonique de Transylvanie) a illustré l’esprit du festival : ne pas enfermer la mémoire dans un mausolée, mais la faire dialoguer avec le vivant.
« Nous voulions que la programmation soit une mosaïque. Elle reliait passé et présent, tradition et innovation, patrimoine national et influences globales », expliquait la directrice de la communication.
Vers l’avenir : une nouvelle équipe, une vision élargie
L’édition 2025 a été la première conçue par la nouvelle direction.
« L’innovation et la diversité guidaient notre action, expliquait Lazăr. Nous voulions que le festival reste accessible et toujours surprenant. »
Le cap était clair : excellence artistique, dialogue culturel et ouverture internationale, avec une dynamique appelée à se prolonger en 2026 lors du Concours Enescu dédié aux jeunes musiciens.
Un modèle de diplomatie culturelle
Si un tel projet exigeait des moyens considérables, il bénéficiait d’un soutien institutionnel fort : le festival était placé sous le Haut Patronage du Président de la Roumanie et financé par le Ministère de la Culture. À cela s’ajoutaient des partenariats privés en constante croissance.
« Nous voulions élargir encore cette base de soutien, car le festival était plus qu’un événement musical : c’était une marque de pays, un instrument de diplomatie culturelle », affirmait Lazăr.

Gilda Lazăr, une voix d’expérience au service de la culture
Journaliste de la première génération post-1989, Gilda Lazăr s’est imposée comme une figure majeure de la communication en Roumanie. Passée par des rédactions prestigieuses — România liberă, Radio Europa Liberă, Télévision publique —, elle a ensuite dirigé la communication et les affaires publiques de JTI Roumanie, Bulgarie et Moldavie, avant de devenir porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Elle enseigne également à la Faculté des Lettres de l’Université de Bucarest.
Depuis janvier 2025, elle met son expertise au service du Festival Enescu.
« C’était une mission qui me touchait personnellement : défendre un patrimoine, faire rayonner la Roumanie et rapprocher les publics de la musique. Enescu disait que l’art est avant tout un acte d’amour ; cette phrase continue d’inspirer notre travail. »
Un festival comme ambassade
Le Festival George Enescu, par son envergure et son exigence, demeure un symbole de prestige et d’ouverture. L’édition 2025, entre célébration de l’héritage et exploration de nouveaux horizons, a illustré à la perfection la vocation de cet événement : faire dialoguer les cultures, élever les esprits et inscrire la Roumanie au cœur de la scène musicale mondiale.
« Plus qu’une suite de concerts, concluait Gilda Lazăr, le Festival était un langage universel qui reliait les gens. C’est cette force que nous voulons transmettre, aujourd’hui et pour les générations à venir. »
