Alain Altinoglu © Marco Borggreve
Alain Altinoglu © Marco Borggreve

L’Espagne des compositeurs français à Genève

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La musique française aux couleurs espagnoles convient parfaitement à ce début de printemps. Et ce ne sont pas Emmanuel Pahud, l’Orchestre national de Lyon et Alain Altinoglu qui nous prouveront le contraire.

Il y a encore un mois, l’exaltant concert de l’ONL et de leur directeur musical Leonard Slatkin m’avait transportée entre Paris et New York grâce à un programme Ravel et Gershwin. Je les retrouve donc dans ma deuxième ville d’adoption dans un programme qui cette fois m’emmène vers le sud.

Le public était au rendez-vous au Victoria Hall, d’extrême bonne humeur à l’idée de se laisser charmer par ce concert aux parfums méditerranéens.

C’est avec l’Apprenti Sorcier de Paul Dukas (1897, d’après Der Zauberlehrling de Goethe) qu’Alain Altinoglu décide de débuter la soirée : les musiciens, sous le regard complice et espiègle du chef, donnent vie aux maladresses du petit magicien.

Il s’agissait d’un retour aux sources pour Emmanuel Pahud. Repéré très jeune par Claudio Abbado qui l’invite à rejoindre les Berliner Philharmoniker, le flûtiste genevois était visiblement très heureux de nous recevoir dans sa ville natale. Son éclectisme lui permet d’aborder avec autant d’aisance les répertoires baroque, classique et contemporain. Le Concerto pour flûte de Jacques Ibert permet au flûtiste de déployer un éventail de styles très différents : un souffle vif et moderne dans le premier mouvement, avec ses rythmes palpitants et ses harmonies dissonantes, une douceur mystérieuse dans la méditation du deuxième mouvement, jusqu’au swing du finale Allegro scherzando.

La suite du concert est consacrée aux courants hispanisants de Bizet à Ravel, de 1875 à l’entre-deux-guerres. La Fantaisie sur Carmen, que François Borne composa quelques années après la création de l’opéra, est une des pages les plus difficiles du répertoire pour flûte. Malgré cela, Emmanuel Pahud semble presque décontracté : son jeu virtuose se confond avec la légèreté d’une voix de colorature.

Qui mieux que Ravel peut conclure ce voyage entre Paris et Gibraltar ? L’Alborada del gracioso et la Rapsodie espagnole respirent un air ibérique mais n’en sont pas moins empreintes d’un caractère français – subtile alchimie entre ce que ces œuvres sont et ce qu’elles semblent être. La grande parade sonore du Boléro, véritable concerto pour orchestre qui met en lumière les excellents pupitres de l’orchestre et l’intelligente compréhension de leur chef, achève la soirée en triomphe.

Le vent hispanique qui souffle sur le Victoria Hall s’évapore dans le dernier accord du boléro.

 


Mercredi 15 avril, Genève – Victoria Hall

Orchestre national de Lyon
Emmanuel Pahud – flûte
Alain Altinoglu – direction

Paul Dukas
L’Apprenti sorcier

Jacques Ibert
Concerto pour flûte

François Borne
Fantaisie brillante sur « Carmen » de Bizet

Maurice Ravel
Alborada del gracioso
Rapsodie espagnole
Boléro

 

Passionnée de musique depuis son plus jeune âge et pianistes accompagnatrice, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Elle collabore en tant que rédactrice avec différents médias français et coréens spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université Paris X, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.

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