Le-Piano-Symphonique-©-Philipp-Schmidli
Martha Argerich, Janine Jansen, Mischa Maisky, Le Piano Symphonique ©-Philipp-Schmidli
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De la jeunesse au génie intemporel : Yunchan Lim, Evgeny Kissin, Martha Argerich au festival « le Piano Symphonique »

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Festival de piano multi-générationnel, Le Piano Symphonique a réuni Yunchan Lim, Ilya Shmukler, Evgeny Kissin, Leif Ove Andsnes, Stephen Kovacevich, Martha Argerich. Voici le récit des deux soirées des 15 et 16 janvier derniers, KKL Konzertsaal.

Chostakovitch en musique de chambre avec Kissin et ses amis  

Le concert d’Evgeny Kissin, où il s’est révélé non pas en tant que pianiste soliste mais en tant que chambriste, a immédiatement capté l’attention grâce à son concept unique. Pour reprendre une expression souvent utilisée par les grandes stars, on pourrait intituler ce concert « Chostakovitch en musique de chambre avec Kissin et ses amis ». Le programme s’est ouvert et refermé sur des œuvres pour voix et piano, encadrant le Trio pour piano n° 2 et le Quintette pour piano. L’interprétation des passages pour voix et piano a suscité davantage d’attention et d’implication de la part du public que celle des sections instrumentales.

Dans le quintette, les instrumentistes à cordes, membres du Kopelman Quartett accompagnant Kissin, ont montré des faiblesses, rendant difficile la perception d’une progression fluide dans la structure de l’œuvre. Heureusement, le son plus dense du Trio n° 2 avec plus d’engagement a quelque peu compensé cette frustration du public. Giedré Dirvanauskaíté, violoncelliste soliste de Kremerata Baltica et protégée de Gidon Kremer, a une nouvelle fois démontré son talent exceptionnel. Elle a contribué de manière déterminante à l’harmonie dense du trio, alliant une technique irréprochable à un esprit de chambriste particulièrement raffiné.

Evgeny Kissin, Giedre Dirvanauskaite, Gidon Kremer ©-Philipp-Schmidli
Evgeny Kissin, Giedre Dirvanauskaite, Gidon Kremer ©-Philipp-Schmidli

Les pièces vocales de Chostakovitch ont été la véritable surprise de la soirée, éclipsant les autres numéros du programme. Le cycle « Vier Gedichte des Hauptmanns Lebjadkin », pour basse et piano, sur des textes de Dostoïevski, illustre avec acuité un sentiment anti-régime envers l’ex-Union soviétique. Alexander Roslavets a brillamment mis en avant cette satire et cette ironie mordante. L’œuvre « Aus der jüdischen Volks¬poesie », qui exprime la souffrance des Juifs opprimés et dissimule subtilement un message critique du régime, a été interprétée par trois chanteurs exceptionnels – Chen Reiss (soprano), Rachel Frenkel (mezzo-soprano) et Michael Schade (ténor). Leur performance vocale, parfaitement en phase avec l’engagement de Kissin, a permis de clore ce concert sur une note poignante et fidèle à l’intention originelle des œuvres.

Yunchan Lim, la maturité précoce – Martha Argerich, l’éternelle fraîcheur 

Le format du concert du soir était original, avec un enchaînement de concerto, récital et musique de chambre, où Yunchan Lim figurait dans les deux premières parties du programme. L’enthousiasme et l’intérêt qui entourent ce jeune virtuose coréen, récemment propulsé sous les projecteurs, ont chauffé l’atmosphère du KKL de Lucerne bien avant le début du concert.

Le jeune pianiste, apparu aux côtés du directeur musical de l’Orchestre symphonique de Lucerne, Michael Sanderling, s’est emparé du piano Steinway avec une énergie impressionnante dès les premières notes. Sa version du Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninoff, légère et virevoltante, a lancé un défi à l’orchestre et à son chef, qui ont suivi non sans difficulté les tempi imposés par le soliste.

Néanmoins, Yunchan Lim a une nouvelle fois marqué les esprits avec sa signature incontestée : sa capacité à passer d’un fortissimo intense à un subito pianissimo avec une aisance déconcertante, créant un contraste saisissant qui a stupéfié l’auditoire. Le climax du troisième mouvement, où il a libéré une catharsis euphorique avec des rubati magnifiés, a captivé instantanément le public et la presse internationale présente.

Michael-Sanderling-Yunchan-Lim-©-Philipp-Schmidli
Michael-Sanderling-Yunchan-Lim-©-Philipp-Schmidli

La deuxième partie a présenté le récital du pianiste coréen. Les Saisons de Tchaïkovski, interprétées avec une précision et une finesse rares pour un artiste de vingt ans, a illuminé la salle de concert. Sa manière raffinée de faire émerger la mélodie chantante du registre basse de la main gauche semblait au-delà de son jeune âge, témoignant d’une maîtrise impressionnante. Bien que le froid hivernal de Lucerne n’ait pas épargné le public, avec des toux fréquentes se faisant entendre dans la salle, cela n’a en rien entravé l’authenticité de la performance de Yunchan Lim. Son jeu chaleureux a permis au public de Lucerne d’oublier les rigueurs de l’hiver et de s’immerger pleinement dans l’intimité de cette œuvre.

Le concert s’est clôturé par un moment particulièrement attendu : celui de la reine-mère de la monarchie du piano, Martha Argerich, et de ses amis. Mischa Maisky, qui faisait son grand retour après une année d’absence pour raisons de santé, semblait radieux aux côtés de son amie de longue date Argerich, et exprimait sa joie avec son vibrato toujours aussi généreux. À leurs côtés, la déesse du violon, Janine Jansen, a offert, comme à son habitude, une prestation énergique et vibrante. Le programme n’avait pas été annoncé à l’avance, c’est le Trio « Gypsy » de Haydn qui a été interprété. L’échange complice et joyeux entre les trois artistes, avec leurs clins d’œil et sourires pleins de malice, donnait plus l’impression de trois amis jouant ensemble que d’une performance professionnelle, créant une atmosphère de camaraderie émouvante. Bien que le Trio de Haydn, d’une dizaine de minutes, ait laissé le public légèrement frustré, ce fut en grande partie compensé par les rappels. Le mouvement Andante con moto tranquillo du premier trio de Mendelssohn, d’une douceur apaisante, a conduit à une interprétation pleine de tendresse du mouvement lent de la sonate pour violoncelle et piano de Chopin, par Martha Argerich et Mischa Maisky. Puis, Janine Jansen les a rejoints pour jouer Du bist die Ruh de Schubert, dont l’interprétation en trio a apporté une touche chaleureuse, mêlant improvisation et complicité joyeuse, parfaitement adaptée pour clore cette soirée mémorable.

 


Evgeny Kissin – Projet Chostakovitch

Vier Gedichte des Hauptmanns Lebjadkin (Quatre poèmes du capitaine Lebjadkine) op. 146 

Quintette pour piano et quatuor à cordes en sol mineur, op. 57

Trio pour piano, violon et violoncelle n° 2 en mi mineur, op. 67

Aus der jüdischen Volkspoesie (De la poésie populaire juive) op. 79 

KKL Konzertsaal, 15 janvier, 19h

 

Yunchan Lim – Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninov avec l’Orchestre Symphonique de Lucerne & Michael Sanderling direction.
Récital Tchaïkovski Les Saisons

Martha Argerich, Mischa Maisky, Janine Jansen – Trio de Haydn « Gypsy »

KKL Konzertsaal, 16 janvier, 19h

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni