Ars Natura d'Annabelle Playe © ONMM

Ars Natura, l’écologie en sons électro

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Compositrice en résidence à l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie, Annabelle Playe présente Ars Natura, une création électro et visuelle conçue comme une exploration de nos rapports avec la nature à l’heure des bouleversements écologiques et de l’intelligence artificielle. Une expérience hydride dans la grande salle de l’Opéra Comédie.

L’Opéra national Montpellier Occitanie présente une programmation éclectique, qui s’attache à créer des passerelles entre les genres. Ainsi, l’artiste pluridisciplinaire Annabelle Playe, compositrice en résidence pour la présente saison, et la suivante, investit la scène de l’Opéra Comédie avec une création électro et visuelle. Développé d’abord au théâtre Monsigny à Boulogne-sur-Mer, Ars Natura se veut comme un autre regard sur notre environnement, décentré par rapport à l’anthropomorphisme romantique.

Ars Natura d’Annabelle Playe © ONMM

En préambule de la performance, un conférencier Jonathan Larcher est invité à résumer les explorations sur la manière dont les rennes perçoivent les perturbations acoustiques induites par les activités humaines, dans la toundra suédoise où ils vivent. Si le spectateur peut y recueillir un certain nombre d’informations utiles, la présentation souffre rapidement d’un didactisme monocorde que ne rehaussent guère les quelques ajouts bruités pour faire ressentir le spectre sonore perçu par ces mammifères nordiques – beaucoup plus étendu sur les hautes fréquentes que le nôtre.

Ars Natura d’Annabelle Playe © ONMM

A l’aune de ces éclaircissements liminaires, un peu redondants au bout d’une demi-heure, les variations multimédia aux allures kubrickiennes – on songe à la fin de 2001, l’odyssée de l’espace – de l’immersion multimédia d’Annabelle Playe, revêtue d’un costumes en lamelles métalliques dessiné par Marion Robillard, prend une tonalité « écologique ». Sur des boucles électro transformées en temps réel par l’artiste depuis sa console, défilent diverses images de synthèses 3D audio réactives réalisées par Hugo Arcier et qui représentent des végétations, en espaces naturels évoquant des forêts, ou dans des terrasses cimentées aux allures de parkings urbains. Ces paysages en prise de vue plongée, contre-plongée, ou en translation latérale, déroutent l’orientation instinctive du spectateur. La sensation d’étrange familiarité est accentuée par les lumières, nocturnes ou infrarouges, tamisées par Rima Ben-Brahim, qui donnent à l’ensemble du voyage une dimension mi-onirique, mi-dystopique, parfois quasi post-apocalyptique.

Ars Natura d’Annabelle Playe © ONMM

Si ce panorama sonore et visuel ne manque pas de séduire, la relative limitation du matériel musical, en particulier les ressources rythmiques et pulsatoires, finit par contraindre la palette au fil d’une heure de performance. L’épilogue, qui voit Annabelle Playe se lever, debout, devant une raie d’horizon aux teintes boréales d’aurore ou de crépuscule, sur fond d’un aplat sonore, offre une conclusion poétique et méditative à une expérience qui a le mérite à la fois d’interroger notre sensibilité contemporaine et d’élargir le répertoire des théâtres lyriques, à un moment où le modèle de ces maisons de répertoire doit se réinventer face à la crise économique – et écologique. Exils, les 7 et 8 février, en donne une autre illustration.

Gilles Charlassier