Don Giovanni avec le Wiener Staatsoper©OMC-Marco Borrelli

Quatrième édition du festival Mozart à Monaco

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Pour la quatrième édition du festival « Mozart à Monaco » l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a présenté sept concerts et deux spectacles lyriques en collaboration avec l’Opéra de Monte-Carlo. Classicagenda a assisté aux deux spectacles lyriques ainsi qu’à un concert de musique de chambre.

 

Don Giovanni par le Wiener Staatsoper

Le 19 janvier, Don Giovanni a été présenté en version semi-scénique sous la direction de Bertrand de Billy. Cecilia Bartoli, directrice de l’Opéra de Monte-Carlo, a poursuivi sa fructueuse collaboration avec le Wiener Staatsoper, déplaçant cette fois l’opéra à l’Auditorium Rainier III afin de répondre à une demande accrue du public.

La mise en espace, adaptée de la mise en scène viennoise de Barrie Kosky par Lisa Padouvas et Katrin Lea Tag, adoptait une esthétique épurée : une rangée de pierres noires, de tailles variées, constituait l’unique décor. Symbolisant tour à tour une arme, de la nourriture ou des concepts abstraits tels que la culpabilité ou le deuil, ces éléments invitaient les spectateurs à un travail d’imagination, offrant une alternative rafraîchissante aux productions souvent saturées d’effets numériques.

Les chanteurs évoluaient librement autour de l’orchestre, interagissant même avec les musiciens. Un moment particulièrement savoureux vit Leporello glisser des pots-de-vin sous forme de billets aux contrebassistes, déclenchant les rires du public. Toutefois, le placement des chanteurs à l’avant de la scène entraîna parfois de légers problèmes de synchronisation, obligeant le chef d’orchestre à se retourner pour reprendre le contrôle.

Côté distribution, Davide Luciano incarnait un Don Giovanni charismatique et malicieux, assumant un personnage plus grossier que démoniaque, se démarquant ainsi des interprétations légendaires de Ruggero Raimondi ou Thomas Hampson. Peter Kellner, en Leporello, confirma son talent de baryton buffa avec une performance à la fois énergique et attachante. Maria Bengtsson, intense et poignante en Donna Anna, révéla toute la richesse de son registre aigu au second acte. Après un début timide dans « Dalla sua pace », Edgardo Rocha dans Don Ottavio gagna en assurance avec un « Il mio tesoro » maîtrisé.

Tara Erraught, dans le rôle de Donna Elvira, oscilla brillamment entre le comique et le pathétique. Vêtue d’une robe décorée de cœurs d’un goût discutable, elle livra néanmoins une interprétation profondément émouvante, notamment dans le quatuor « In quali eccessi » du premier acte. Andrea Carroll, rafraîchissante en Zerlina, fit preuve d’un jeu scénique naturel, tandis qu’Andrei Maksimov conféra à Masetto une intensité rarement explorée. Enfin, la basse Antonio Di Matteo, au timbre profond et solennel, prêta une stature imposante au Commandeur.

Ce Don Giovanni réussit son pari et laisse présager le retour du Wiener Staatsoper à Monaco avec Così fan tutte pour compléter la trilogie Da Ponte.

La clemenza di Tito ©OMC Marco Borrelli

La Clemenza di Tito : sobriété visuelle et richesse vocale

Les représentations monégasques de La Clemenza di Tito concluaient une coproduction avec l’Opéra royal du Danemark et le Staatsoper Hamburg. Mis en scène par Jetske Mijnssen, le spectacle optait pour une esthétique austère, en noir et gris, avec des costumes contemporains. Chaque scène était introduite par un mot projeté sur le proscenium : Delizia, Potenza, Tradimento, et enfin Clemenza. Ce fil conducteur thématique, bien que pertinent, prêtait parfois à confusion. Ainsi, l’apparition soudaine du mot Clemenza lors de l’air « Non più di fiori » – où la notion de pardon est absente – pouvait sembler déplacée.

Le final, quant à lui, laissa le public perplexe : après avoir gracié Sesto et Vitellia, Tito pointa un revolver sur lui-même avant que le rideau ne tombe, suggérant un possible suicide, interprétation audacieuse et volontairement ouverte.

Affaibli par la grippe lors de la représentation du 26 janvier, Giovanni Sala livra néanmoins un Tito convaincant, malgré quelques difficultés dans les coloratures exigeantes de « Se all’impero ». Le succès d’une Clemenza di Tito repose souvent sur ses deux rôles centraux, Vitellia et Sesto. Mané Galoyan, remarquable dans la tessiture étendue de Vitellia, maîtrisa aussi bien la virtuosité de « Deh, se piacere mi vuoi » que la gravité de « Non più di fiori », bien que son jeu scénique manquât d’intensité. À l’inverse, Cecilia Bartoli offrit un Sesto d’une grande subtilité, équilibrant avec finesse son amour pour Vitellia, son tourment intérieur et ses accès de colère.

Mélissa Petit était une Servilia élégante, formant un duo harmonieux avec l’Annio d’Anna Tetruashvili. En revanche, le Publio de Péter Kálmán fut privé de son air « Tardi s’avvede », regrettablement coupé.

À la direction, Gianluca Capuano insuffla une énergie vive à l’orchestre Les Musiciens du Prince-Monaco. Notons la prestation magistrale de Francesco Spendolini, dont la clarinette de basset accompagna avec justesse les airs « Parto, parto » et « Non più di fiori ».

Pierre Génisson © classic360 – La Belle Saison

Un concert de musique de chambre

Le 1er février, quatre musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo se sont associés à deux solistes invités pour une soirée de musique de chambre. Le programme s’est ouvert avec la Sonate n° 10 K. 330 de Mozart, interprétée par le pianiste David Bismuth, suivi du Quatuor avec piano n° 1 en do mineur, op. 1 de Mendelssohn. L’inclusion de cette œuvre, non expliquée dans le programme, faisait écho aux parcours similaires des deux compositeurs, prodiges dès leur plus jeune âge.

Après l’entracte, les cordes livrèrent une interprétation pétillante du Trio à cordes n° 3, op. 53 de Haydn, avant de conclure avec le Quintette pour clarinette et cordes K. 581 de Mozart, sublimé par le clarinettiste Pierre Génisson.

Bismuth opta pour une lecture élégante et fluide, tandis que Génisson, bien que jouant sur instruments modernes, adopta une approche historiquement informée, utilisant une clarinette de basset et agrémentant son interprétation d’ornementations audacieuses.

Sous les applaudissements enthousiastes du public, les musiciens offrirent un bis en rejouant le Larghetto du quintette, refermant ainsi un festival où l’innovation et l’excellence musicale furent à l’honneur.

Jacqueline Letzter et Robert Adelson, historienne de la littérature et musicologue, sont les auteurs de nombreux livres, dont Ecrire l'opéra au féminin (Symétrie, 2017), Autographes musicaux du XIXe siècle: L’album niçois du Comte de Cessole (Acadèmia Nissarda, 2020) et Erard: a Passion for the Piano (Oxford University Press, 2021). Ils contribuent à des chroniques de concerts dans le midi de la France.