Roderick Cox et l'Orchestre national Montpellier Occitanie @ Marc Ginot

Roderick Cox à Montpellier : un nouveau concert charismatique

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Directeur musical de l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie depuis septembre 2024, le charismatique Roderick Cox met en valeur la profusion expressive de la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski, un an après livré une Cinquième magistrale. Le chef américain fait également dialoguer France et Etats-Unis avec, en première partie, Ravel et Barber.

Roderick Cox et l’Orchestre national Montpellier Occitanie @ Marc Ginot

En ce premier concert symphonique de la saison sous la baguette du nouveau directeur musical, le Corum – et ses presque 2000 sièges – affiche complet. L’enthousiasme suscité par Roderick Cox se confirmera à l’issue d’un programme habilement construit, qui s’ouvre sur la Pavane pour une Infante défunte de Ravel. L’entrée du cor, joué sans pistons, distille une frémissante rusticité à l’antique que n’aurait pas reniée le compositeur, mais qui n’entame aucunement la netteté avec laquelle est dessinée l’ample ligne mélodique de la pièce. L’exactitude du phrasé résonne avec une relative impassibilité, qui n’insulte pas la réserve de l’inspiration ravélienne.

Roderick Cox et l’Orchestre national Montpellier Occitanie @ Marc Ginot

La fougue de la direction orchestrale s’épanouit dans la Symphonie n° 1 de Barber qui constraste avec une densité post-romantique saissante dès les premiers accords. Après l’Overture to The School fo Scandal op.5 lors de son premier concert symphonique avec la formation dont il allait prendre la tête quelques mois plus tard, Roderick Cox fait découvrir au public montpelliérain une autre page de jeunesse de l’auteur du célèbre Adagio pour cordes, également très rarement jouée en France. En un seul mouvement, l’opus 9 condense les quatre mouvements de la symphonie classique, faisant contraster des tutti vigoureux avec des passages au lyrisme plus chambriste, à l’exemple de la volubilité du scherzo, ou, plus encore, dans l’Andante tranquillo empreint d’une tendresse magnifiée par l’épanouissement des textures sous la direction du chef américain. Le finale en forme de passacaille, qui peut rappeler, par certains aspects, celui de la Quatrième de Brahms, résume l’intensification expressive qui propulse la partition, et fait ressortir la plénitude de la sonorité de l’Orchestre national Montpellier Occitanie.

Roderick Cox et l’Orchestre national Montpellier Occitanie @ Marc Ginot

Une telle mise en valeur de pupitres encouragés à donner le meilleur d’eux-mêmes se retrouve encore davantage dans la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski. Si, comme dans la Cinquième, jouée lors du concert du 8 décembre 2023, Roderick Cox met en lumière l’impulsion du destin, l’allure de fantaisie symphonique du premier mouvement distrait de cette tension implacable avec une floraison d’épisodes vagabondant au gré des sentiments. La puissance orchestrale se nuance ainsi d’une multitude de colorations instrumentales, qui distille une mélancolie nostalgique apparentée à celle affleurant dans Eugène Onéguine, écrit pendant cette même période troublée pour le compositeur russe – à la suite de son mariage désastreux. Ce sens de la caractérisation, à la fois précise et mouvante, se confirme dans un Andantino à la ligne chantante et chatoyante, avec une remarquable maîtrise de la palette. Le Scherzo réveille une vitalité irrésistible dans l’ostinato de pizzicati, prélude à l’éclosion d’un roboratif Allegro con fuoco où brillent les cuivres et l’ivresse du maëlstrom orchestral nourri par les cordes. La démonstration du charisme de Roderick Cox est sans ambages.

Gilles Charlassier