Semele © Vincent Pontet
Semele © Vincent Pontet

Semele version domestique chic et choc au Théâtre des Champs Elysées

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Vingt ans après Marc Minkowski et David McVicar, le Théâtre des Champs Elysées présente une nouvelle mise en scène de Semele confiée à Oliver Mears, directeur de Covent Garden qui coproduit un spectacle dont on retient d’abord la sonorité nourrie du Concert d’Astrée conduit par Emmanuelle Haïm.

Si Semele relève du genre oratorio, après le renoncement de Haendel à l’opéra italien, la veine lyrique du Caro Sassone irrigue ce genre pour lequel il va donner quelques-uns des plus grands chefs-d’oeuvres du répertoire. A côté de l’inspiration biblique qui commandait une certaine réserve vis-à-vis des fastes de la scène, la mythologie antique gréco-latine fournit toujours un vivier de thèmes et d’intrigues à la plume du compositeur. Ainsi en est-il de cet opus créé en 1744 au Covent Garden Theater, à l’emplacement actuel de l’Opéra royal de Londres.

De l’intrigue édifiante qui décrit le fatal désir de Semele de connaître son amant Jupiter sous sa forme divine, Oliver Mears a accentué les caprices d’une jeune femme avide de s’élever au-dessus de sa condition. La satire s’inscrit dans l’intérieur de ce qui pourrait être un établissement hôtelier de standing avec des effectifs menés par Cadmus, et dont Somnus, dans sa baignoire décrépie serait l’envers, façon sosie éméché de Boris Johnson. Dessiné par Annemarie Woods, le décor prend le parti d’un chic contemporain où s’épanouissent les gesticulations chorégraphiques de Sarah Fahie. Animé par quelques habiles stroboscopies lumineuses dues à Fabiana Piccioli au moment de l’intervention du surnaturel venant contrarier les plans matrimoniaux de la bonne société, l’ensemble se distingue par une indéniable cohérence qui ne sort d’une vague impression de déjà que pour verser dans la provocation de l’auto-incinération de l’héroïne dans un poêle, après avoir donné naissance à un bébé – sans doute une sensation liée à une coïncidence involontaire de calendrier avec la commémoration de la libération d’Auschwitz, mais le malaise n’aurait-il pas pu être évité ?

Dans le rôle-titre, Pretty Yende ne ménage pas les atours de sa séduction vocale, avec un timbre nourri et une musicalité au profil passablement hors sujet dans le répertoire baroque, mais qui ne pâlit pas devant la noblesse du Jupiter campé par Ben Bliss, à la technique aussi sûr que l’expression. En Junon, Alice Coote s’adonne à son penchant pour les effets, néanmoins d’une indéniable pertinence pour caractériser la venimeuse jalousie d’une épouse bafouée, aux allures de mégère hautement bourgeoise et qui entend bien sauver l’ordre établi. Brindley Sherratt affirme en Cadmus une autorité qui prend un tour de truculence en Somnus. Les interventions d’Athamas sont portées par un contre-ténor de grand style avec Carlo Vistoli tandis que celles de Ino et Iris reviennent, sans démériter, à Niamh O’Sullivan et Marianna Hovanisyan. Préparés par Richard Wilberforce, les choeurs assument les puissantes interventions qui leur sont confiés. Mais ce sont sans doute les couleurs généreuses du Concert d’Astrée qui font ressortir les beautés fascinantes d’une partition dont Emmanuelle Haïm connaît les secrets, à défaut d’en exalter toute la vigueur théâtrale. Il reste le charme des oreilles.

Gilles Charlassier