"Gosse de riche" de Maurice Yvain Les Frivolités Parisiennes
"Gosse de riche" de Maurice Yvain Les Frivolités Parisiennes (c) Camille Girault

« Gosse de Riche » de Maurice Yvain à l’Athénée: comme un parfum des années folles

3 minutes de lecture

Le Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet à Paris s’est fait, à juste titre, la réputation d’être un lieu de création- notamment contemporaine-  et aussi de redécouvertes, telles ce qu’il est convenu d’appeler « musique légère »: c’est le cas de cette production de l’ouvrage de Maurice Yvain, » Gosse de riche » par les « Frivolités Parisiennes ».

 

1oo ans, et pas une ride ! pourrait- on dire, après avoir vu, plutôt… « goûté », ce « Gosse de riche » que les « Frivolités Parisiennes »ont eu la bonne idée de monter à l’occasion du centenaire de sa création, en 1924.

Cet ouvrage fait partie d’une série quasi ininterrompue -de 1923 à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale- des  opérettes à succès dues au montmartrois Maurice Yvain qui se confiait ainsi dans son livre « Ma belle opérette » : »…le victorieux ragtime s’installait pour régner en maître (…) notre vieux monde était essoufflé…(…) ce rythme démoniaque devait secouer les colonnes du temple d’Euterpe« ‘ *

De fait, « Gosse de Riche » fait musicalement la part belle aux « nouveaux » rythmes venus d’outre-atlantique, tel le foxtrot, mais ne dédaigne pas pour autant les rythmes endiablés de l’opérette « parisienne » mise au goût du jour, « modernisée » en quelque sorte.

Ce qui est sûr, c’est que l’on y entend une musique revigorante qui n’oublie pas d’être poétique.

C’est aussi une musique qui respire l’humour, humour débridé des dialogues et des situations imaginés par les deux librettistes Jacques Bousquet et Henri Falk.

Et c’est heureux, tant le vaudeville décrit oscille entre (souvent) le pitoyable et (occasionnellement) la bassesse.

On a d’ailleurs peine à résumer l’intrigue tant elle se complaît à jouer les méandres entre les couples réguliers et irréguliers qui sont les protagonistes de cette comédie bourgeoise dont le héros est un jeune peintre désargenté « André Sartène ».

 

« Gosse de riche » de Maurice Yvain, les Frivolités Parisiennes (c) Camille Girault

Autour de lui  gravitent divers personnages et principalement  « Colette », une jeune bourgeoise en rupture avec son milieu et amoureuse dudit peintre. Les autres, snobs et/ou parvenus, ou tout simplement intéressés, s’efforcent de vivre entre adultères et « combines » diverses, c’est d’ailleurs le refrain d’un trio  vocal…

Le grand mérite de la mise en scène de Pascal Neyron, est non seulement d’avoir rendu lisible une histoire parfois alambiquée et tortueuse, d’avoir réalisé une très belle direction d’acteurs, mais surtout d’avoir restitué l’humour permanent de l’ouvrage, sans vulgarité et avec élégance. Sans oublier la très belle scénographie, les lumières (Camille Duchemin), et les costumes (Anaïs Parola et Julia Brochier).

Pour mener à bien une telle recréation, il fallait un ensemble de chanteurs et d’instrumentistes: une troupe, au sens noble du terme. C’est bien le cas ici où ceux qui chantent et ceux qui jouent le font à l’unisson.

Tous les chanteurs-comédiens, sans exception, partagent le bonheur d’être sur scène et s’amusent en nous  amusant: « André Sartène  » le peintre, bien campé par Aurélien Gasse dans son rôle de Candide faussement naïf et de temps à autre un peu lâche… »Colette Patarin » interprétée avec une belle exubérance par Amélie Tatti, la savoureuse Marie Lenormand dans le personnage truculent de la Baronne Skatinkolowitz,  le couple Patarin « Achille » (Philippe Brocard) et « Suzanne » (Lara Neumann) tout aussi savoureux dans leur rôles de bourgeois cupides et snobs, Julie Mossay dans son rôle de « double maîtresse » (d’Achille Patarin » et d’André Sartène ») et, enfin le « mari en location » (vous avez bien lu) l’impayable « Léon Mézaire »  de Charles Mesrine, rémunéré pour jouer au faux-mari…

 

« Gosse de riche » de Maurice Yvain, Les Frivolités Parisiennes (c) Camille Girault

Les bien nommées « Frivolités Parisiennes » fondées en 2012 par le clarinettiste Mathieu Franot et le bassoniste Benjamin El Arbi font merveille dans cet univers musical et scénique qu’elles maîtrisent à la perfection et qui sont, cette fois, sans chef d’orchestre, mais dirigées par le premier violon.

 

 


Jusqu’au 17 mars à l’Athénée  Théâtre Louis-Jouvet,

en tournée le 22 mars au Théâtre Impérial-Opéra de Compiègne, et le dimanche 24 mars à l’Opéra de Reims.

 

*cité par Benoît Duteurtre  « L’Opérette en France » (Fayard)

 

« Gosse de riche »       le 8 mars 2024

de Maurice Yvain pour la musique

Et de Jacques Bousquet et Henri Falk pour le livret,

Mise en scène Pascal Neyron

Avec « Les Frivolités Parisiennes »

Colette Patarin      Amélie Tatti

Achille Patarin       Philippe Brocard

Suzanne Patarin     Lara Neumann

Baronne Skatinkolowitz    Marie Lenormand

Nane         Julie Mossay

André Sartène       Aurélien Gasse

Léon Mézaire        Charles Mesrine

en coproduction avec l’Opéra de Reims et le Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet

 

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.