Le Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet à Paris s’est fait, à juste titre, la réputation d’être un lieu de création- notamment contemporaine- et aussi de redécouvertes, telles ce qu’il est convenu d’appeler « musique légère »: c’est le cas de cette production de l’ouvrage de Maurice Yvain, » Gosse de riche » par les « Frivolités Parisiennes ».
1oo ans, et pas une ride ! pourrait- on dire, après avoir vu, plutôt… « goûté », ce « Gosse de riche » que les « Frivolités Parisiennes »ont eu la bonne idée de monter à l’occasion du centenaire de sa création, en 1924.
Cet ouvrage fait partie d’une série quasi ininterrompue -de 1923 à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale- des opérettes à succès dues au montmartrois Maurice Yvain qui se confiait ainsi dans son livre « Ma belle opérette » : »…le victorieux ragtime s’installait pour régner en maître (…) notre vieux monde était essoufflé…(…) ce rythme démoniaque devait secouer les colonnes du temple d’Euterpe« ‘ *
De fait, « Gosse de Riche » fait musicalement la part belle aux « nouveaux » rythmes venus d’outre-atlantique, tel le foxtrot, mais ne dédaigne pas pour autant les rythmes endiablés de l’opérette « parisienne » mise au goût du jour, « modernisée » en quelque sorte.
Ce qui est sûr, c’est que l’on y entend une musique revigorante qui n’oublie pas d’être poétique.
C’est aussi une musique qui respire l’humour, humour débridé des dialogues et des situations imaginés par les deux librettistes Jacques Bousquet et Henri Falk.
Et c’est heureux, tant le vaudeville décrit oscille entre (souvent) le pitoyable et (occasionnellement) la bassesse.
On a d’ailleurs peine à résumer l’intrigue tant elle se complaît à jouer les méandres entre les couples réguliers et irréguliers qui sont les protagonistes de cette comédie bourgeoise dont le héros est un jeune peintre désargenté « André Sartène ».

Autour de lui gravitent divers personnages et principalement « Colette », une jeune bourgeoise en rupture avec son milieu et amoureuse dudit peintre. Les autres, snobs et/ou parvenus, ou tout simplement intéressés, s’efforcent de vivre entre adultères et « combines » diverses, c’est d’ailleurs le refrain d’un trio vocal…
Le grand mérite de la mise en scène de Pascal Neyron, est non seulement d’avoir rendu lisible une histoire parfois alambiquée et tortueuse, d’avoir réalisé une très belle direction d’acteurs, mais surtout d’avoir restitué l’humour permanent de l’ouvrage, sans vulgarité et avec élégance. Sans oublier la très belle scénographie, les lumières (Camille Duchemin), et les costumes (Anaïs Parola et Julia Brochier).
Pour mener à bien une telle recréation, il fallait un ensemble de chanteurs et d’instrumentistes: une troupe, au sens noble du terme. C’est bien le cas ici où ceux qui chantent et ceux qui jouent le font à l’unisson.
Tous les chanteurs-comédiens, sans exception, partagent le bonheur d’être sur scène et s’amusent en nous amusant: « André Sartène » le peintre, bien campé par Aurélien Gasse dans son rôle de Candide faussement naïf et de temps à autre un peu lâche… »Colette Patarin » interprétée avec une belle exubérance par Amélie Tatti, la savoureuse Marie Lenormand dans le personnage truculent de la Baronne Skatinkolowitz, le couple Patarin « Achille » (Philippe Brocard) et « Suzanne » (Lara Neumann) tout aussi savoureux dans leur rôles de bourgeois cupides et snobs, Julie Mossay dans son rôle de « double maîtresse » (d’Achille Patarin » et d’André Sartène ») et, enfin le « mari en location » (vous avez bien lu) l’impayable « Léon Mézaire » de Charles Mesrine, rémunéré pour jouer au faux-mari…

Les bien nommées « Frivolités Parisiennes » fondées en 2012 par le clarinettiste Mathieu Franot et le bassoniste Benjamin El Arbi font merveille dans cet univers musical et scénique qu’elles maîtrisent à la perfection et qui sont, cette fois, sans chef d’orchestre, mais dirigées par le premier violon.
Jusqu’au 17 mars à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet,
en tournée le 22 mars au Théâtre Impérial-Opéra de Compiègne, et le dimanche 24 mars à l’Opéra de Reims.
*cité par Benoît Duteurtre « L’Opérette en France » (Fayard)
« Gosse de riche » le 8 mars 2024
de Maurice Yvain pour la musique
Et de Jacques Bousquet et Henri Falk pour le livret,
Mise en scène Pascal Neyron
Avec « Les Frivolités Parisiennes »
Colette Patarin Amélie Tatti
Achille Patarin Philippe Brocard
Suzanne Patarin Lara Neumann
Baronne Skatinkolowitz Marie Lenormand
Nane Julie Mossay
André Sartène Aurélien Gasse
Léon Mézaire Charles Mesrine
en coproduction avec l’Opéra de Reims et le Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet

