Le compositeur Bruno Mantovani a inauguré sa troisième édition du Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo ce mercredi 13 mars, avec un programme original faisant voyager le public à travers six siècles de musique dans l’église Saint-Charles.
Ce programme inaugural alternait entre des mouvements de la Missa pro defunctis du compositeur franco-flamand Johannes Ockeghem (c.1420-1497), le plus ancien requiem polyphonique, avec des œuvres instrumentales du maître moderniste Luciano Berio (1925-2003) et de Mantovani lui-même, les musiciens passant sans pause d’une œuvre à l’autre (Mantovani ayant demandé au public de s’abstenir d’applaudir jusqu’à la fin du concert). Cette continuité a permis d’accentuer le contraste entre les œuvres, établissant un dialogue à travers les siècles, sans pour autant transformer le programme en un exercice musicologique aride.
Le jeune saxophoniste Sandro Compagnon a ouvert et clôturé le concert avec deux pièces de Berio : Sequenza IXb (1980), transcrite pour saxophone alto par Berio lui-même à partir de sa pièce originale pour clarinette solo ; et Sequenza VIIb, une transcription pour saxophone soprano par Claude Delangle de la Sequenza VII (1969) pour hautbois solo. Jouant l’intégralité du concert de mémoire, Compagnon a exploité l’acoustique de l’église pour faire ressortir les contrastes entre les moments méditatifs, les nombreuses multiphoniques (accords de deux notes) et les parties plus agressives. Sa virtuosité était particulièrement évidente au milieu de la Sequenza IXb, lors des gammes rapides se répétant dans un diminuendo al niente, où l’on pouvait presque entendre les doigts du saxophoniste sur les touches plus que les notes elles-mêmes.

L’Ensemble Gilles Binchois, composé de six chanteurs sous la direction de Dominique Vellard, a magistralement interprété le Requiem d’Ockeghem. Mention spéciale pour les contreténors Guilhem Terrail et David Sagastume dont les voix souples alternaient entre des timbres chatoyants, tendus et austères. Le Requiem d’Ockeghem n’étant pas achevé, Dominique Vellard a choisi de le compléter par un Agnus Dei et une Communion, tirés respectivement des Requiems d’Antoine Févin et de Pierre de La Rue (cette dernière œuvre sera donnée dans son intégralité en concert le dernier jour du festival).

Après les quatre premiers mouvements du Requiem d’Ockeghem, le saxophoniste a interprété les Rondes de printemps (2020) de Mantovani. Ces « Rondes » sont à la fois un hommage à la troisième des Images pour orchestre (1910) de Debussy et aux « Rondes printanières » du Sacre du printemps (1913) de Stravinsky. Elles font aussi référence au festival lui-même qui a pour devise « Ma fin est mon commencement », titre d’un rondeau de Guillaume de Machaut. Les rondes de Mantovani, au caractère exubérant et ludique et truffées de micro-intervalles, pourraient à première vue sembler déplacées dans un concert consacré à une œuvre aussi sobre que le Requiem d’Ockeghem, mais la juxtaposition était édifiante, chacune des œuvres faisant ressortir les qualités de l’autre. Quand le soliste a effectué l’ascension chromatique centrale, avec une phrase qui retournait sur elle-même, il a généré une montée palpitante de la tension musicale qui a captivé le public.
Toujours innovant, le festival continue de surprendre avec des idées originales, musicales ou autres. Cette année, par exemple, l’ensemble du festival est gratuit pour les moins de 25 ans, une initiative hautement louable.

