© Jeunes Talents
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Anna Reinhold et Thomas Dunford : entre Renaissance et baroque

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Le fin d’après-midi dans le bel Hôtel de Soubise en compagnie de la mezzo-soprano Anna Reinhold et du théorbiste Thomas Dunford est prometteur : on y retrouve deux musiciens qui ont participé à plusieurs productions des Arts Florissants, gage de qualité d’interprétation et d’originalité de répertoire.

Le concert reprend les œuvres de leur album « Labirinto d’amore », dont le nom vient du madrigal de Monteverdi Se i languidi miei sguardi, une Lettera amorosa écrite par un homme à sa fiancée la veille de leurs noces : « Ma chère forêt d’or, riches cheveux, en vous Amour a tracé ce labyrinthe d’où mon âme ne pourra sortir. »

Les deux interprètes rendent hommage à Johannes Hieronimus Kapsberger, grand compositeur italien — comme son nom l’indique, ajoute ironiquement Rheinhold — en alternant à ses Toccate des œuvres vocales de Giulio Caccini, Claudio Monteverdi, Tarquinio Merula et Barbara Strozzi, une des rares femmes compositrices du XVIIème siècle, que l’on peut comparer dans la peinture à sa contemporaine Artemisia Gentileschi.

Si la voix de Rheinold (lauréate du Jardin des voix 2011) est pleine de charme, avec des aigus limpides et des pianissimi gérés avec assurance, son expressivité l’est tout autant : les expressions de son visage enrichissent le sens des paroles qu’elle chante et que sa diction rend tout à fait intelligibles.
Dunford, de son côté, se laisse aller à improviser sur les Toccate du « Paco de Lucia du théorbe », et fait preuve d’agilité et d’élégance… tout en sachant détendre l’atmosphère en nous présentant Come again de John Dowland comme un exemple de drague du XVIème siècle.

Le programme se clôt sur une perle : le madrigal sacré Hor chè tempo di dormire, qui exprime toute la douleur d’une mère face aux souffrances que son fils devra affronter. Si l’interprétation de Montserrat Fi­gueras reste inoubliable, la jeune mezzo-soprano se défend grâce à la profondeur de sa voix, qui revêt d’une sombre intensité cette touchante berceuse.

Les spectateurs quittent enfin la Chambre du Prince, sur l’invitation au plaisir du Doux silence de nos bois d’Honoré d’Ambruis, qui fait partie du programme « Airs sérieux et à boire » des Arts Florissants : « Ne perdons pas un moment des beaux jours. C’est le temps des plaisirs et des tendres amours »…

 

Samedi 13 décémbre 2014
Archives Nationales
Hôtel de Soubise
Cycle Jeunes Talents

Thomas Dunford, théorbe
Anna Reinhold, mezzo-soprano

 

Progamme
Claudio Monteverdi (1567 – 1643)
Cantate, arie e duetti op. 2 (extrait) L’Eraclito amoroso
Johann Hieronymus Kapsberger (1581 – 1651)
Toccata III
Toccata VI

Giulio Caccini (1551 – 1618)
Io che dal ciel cader

Johann Hieronymus Kapsberger (1581 – 1651)
Toccata VII
Avrilla mia
Toccata IV

Claudio Monteverdi
Madrigali guerrieri e amorosi Libro VII (extrait) La lettera amorosa

Johann Hieronymus Kapsberger
Toccata II
Ultimi miei sospiri
Toccata V

Giulio Caccini
Amarilli mia bella
Mentre che fra doglie e pene

Johann Hieronymus Kapsberger
Toccata VIII
Toccata I

Tarquinio Merula (1595 – 1665)
Canzone spirituela sopra la nina nana

Bis
John Dowland (1563 – 1626)
Come Again, sweet love doth now invite

Honoré d’Ambruis (16..-16..)
Le Doux silence de nos bois

Parallèlement à sa formation en chant lyrique, Cinzia Rota fréquente l'Académie des Beaux-Arts puis se spécialise en communication du patrimoine culturel à l'École polytechnique de Milan. En 2014 elle fonde Classicagenda, afin de promouvoir la musique classique et l'ouvrir à de nouveaux publics. Elle est membre de la Presse Musicale Internationale.

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