"L'Enfance du Christ" (c)Festival Berlioz Bruno Moussier

Au Festival Berlioz 2024 : Hector sur les pas du Christ enfant

5 minutes de lecture

Le Festival Berlioz  s’est déroulé, comme chaque année, dans la ville natale du compositeur, La Côte Saint-André, en Isère, sous le titre « Une jeunesse européenne« , du 17 août au 1er septembre 2024. Une édition plus symphonique que lyrique.

 

Tous les berlioziens (certains disent berliozistes) étaient réunis à la Côte Saint-André pour assister (communier) au point culminant du Festival 2024, à la représentation de « L’Enfance du Christ« , opus 25, H 130, le vendredi 30 août, au Château Louis XI.

Après une mémorable « Enfance« en 2021 dont nous avons rendu compte ici-même sur Classicagenda  (Direction John Nelson),  l’enjeu était de taille pour Paul McCreesh, le chef anglais convié à diriger ce chef-d’œuvre dans le temple berliozien.

L’histoire de la genèse de cette pièce est bien connue: c’est lors d’une soirée d’octobre 1850 que Hector Berlioz griffonne quelques mesures de musique de cette « œuvre écrite à la manière des vieux missels enluminés », telle que la définit le compositeur lui-même. Point de départ de cette trilogie sacrée, créée en décembre 1854,  qui se présente donc en trois parties: « Le Songe d’Hérode », « la Fuite en Egypte » et « L’Arrivée à Saïs », le tout sur un livret du compositeur. Bien qu’inclassable, comme nombre d’œuvres de Berlioz, « L’Enfance du Christ » relève de l’oratorio, empreint d’une foi simple et mystique.

Qu’en est-il de l’interprétation? Paul McCreesh prend son temps pour décliner l’ouvrage. Toutefois, il livre une version de l’ouvrage toute en intériorité, peut-être un rien statique. Mais c’est une lecture émouvante de l’ouvrage qui a le mérite de ne pas altérer le propos spirituel, et même de le souligner.

 

« L’Enfance du Christ »
Ashley Riches 
(c) Festival Berlioz Bruno Moussier

Il a été épaulé par une distribution de solistes au centre de laquelle le jeune ténor Laurence Kilsby a fait figure idéale de récitant, timbre et diction exceptionnels. Si Neal Davies,baryton-basse, un peu hésitant, n’a pas été un « Hérode » absolument convaincant, le baryton Benjamin Appl a été un « Joseph » bien incarné vocalement au côté d’une « Marie » (la mezzo-soprano Anna Stephany) un peu trop en retrait. Très belle intervention du baryton Ashley Riches dans le « Père de famille ».

« L’Enfance du Christ »
Anna Stephany et Benjamin Appl
(c) Festival Berlioz Bruno Moussier

Tous sont bien accompagnés par l’Orchestre du NFM de Wroclaw et du Chœur qui y est attaché, tous deux sensibles aux nuances demandées par McCreesh, le Chœur ayant été superbement préparé par leur chef Lionel Sow.

 

La veille, le Château Louis XI avait été, à juste titre, enthousiasmé par la venue d’une formation méconnue en France, celui  de l’Orchestre Symphonique de la Radio-Télévision Croate.

Placés sous la direction vive et inspirée de leur chef titulaire le Français Pascal Rophé, les musiciens croates  ont donné un quasi récital d’orchestre autour du thème de l’Italie,  intitulée « Souvenirs d’Italie ».

Précédée de l’Ouverture de l’opéra « Porin » (1851) composé par Vatroslav Lisinski (1819-1854), considéré comme le fondateur de la musique croate, pièce d’un romantisme enfiévré, et parfois tonitruant, la « Rhapsodie sur un thème de Paganini » de Serge Rachmaninov (1873- 1943) a révélé la parfaite maîtrise instrumentale de la formation orchestrale croate. Elle a également confirmé l’immense talent du pianiste argentin Nelson Goerner, aux prises, sans défaillance, avec une oeuvre d’une virtuosité extrême, ce pourquoi elle est d’ailleurs rarement jouée.

Nelson Goerner au piano
(c) Festival Berlioz Bruno Moussier

Ce concert se concluait brillamment par « Aus Italien » de Richard Strauss  (1864-1949), définie par le compositeur comme une « fantaise », oeuvre moins jouée que les pièces du même genre. Cette pièce est en quatre mouvements, d’une grande ampleur. Elle se place aux côtés des poèmes symphoniques de Strauss qui ont fait sa célébrité dans ce domaine (« Don Juan », « Une vie de héros », « Don Quichotte »…..)

Pascal Rophé à la tête de l’Orchestre de la Radio Croate
(c) Festivazl Berlioz Bruno Moussier

L’Orchestre croate a une nouvelle fois convaincu dans cette oeuvre qui peut chercher parfois son chemin, sauf dans l’andante introductif « Dans la campagne », mais qui se conclut avec un Finale en apothéose sur l’air de « Funiculi, funiculà ». Ce qui vaudra d’ailleurs à Strauss un procès intenté par Luigi Denza, l’auteur de la chanson dont s’est inspiré le compositeur…

 

A chaque édition, le Festival a la bonne idée de programmer de la musique de chambre dans l’Eglise, celle-là même où Berlioz a été baptisé, comme le rappelle à l’envi Bruno Messina, le Directeur du Festival.

Cette année encore de remarquables chambristes étaient conviés.

Stéphanie-Marie Degand et Marie-Josèphe Jude
(c) Festival Berlioz Bruno Moussier

On retiendra la très belle « Sonate pour piano et violon en la majeur » de César Franck, interprétée avec charme et simplicité par la violoniste Stéphanie-Marie Degand et la pianiste Marie-Josèphe Jude, après une Sonate « A Kreutzer » de Beethoven, légère, enjouée et transparente. Concert conclu en bis par la « Méditation de Thaïs » de Jules Massenet.

Marc Coppey et François Dumont
(c) Festival Berlioz Bruno Moussier

Enfin, ce concert avait été précédé la veille d’un récital donné par le violoncelliste Marc Coppey et le pianiste François Dumont. Des pièces de Gabriel Fauré figuraient au programme, notamment sa « Sonate n°2, opus 117″ ainsi que des  pièces séparées du même compositeur, telles l' »Elégie« ,  la « Sicilienne, opus 78″, ou la « Romance, opus 69″.  Récital conclu avec le chef-d’œuvre de Frédéric Chopin pour le violoncelle, sa « Sonate pour piano et violoncelle en la majeur ». Occasion de goûter le velouté du jeu de Marc Coppey, son art de faire chanter les sons.

 


FESTIVAL BERLIOZ

Vendredi 30 août 2024,

Château Louis XI

Hector Berlioz (1803-1869)

« L’Enfance du Christ »

Chœur et Orchestre du NFM de Wroclaw

Paul McCreesh, direction

Lionel Sow, chef de choeur

Anna Stephany, « Marie »

Benjamin Appl, « Joseph »

Ashley Riches, « un père de famille »

Neal Davies, « Hérode »

Laurence Kilsby, « récitant »

 

Jeudi 29 août

Château Louis XI

« Souvenirs d’Italie »

Orchestre Symphonique de la Radio-Télévision Croate

Pascal Rophé, direction

Nelson Goerner, piano

 

Vatroslav Lisinski

« Ouverture de Porin »

Serguei Rachmaninov

« Rhapsodie sur un thème de Paganini »

Richard Strauss

« Aus Italien »

 

Jeudi 29 août

Eglise Saint André

Récital Marc Coppey, violoncelle

François Dumont, piano

Gabriel Fauré

« Elégie »

« Sonate no.2 op.117

« Sicilienne » op 78

« Romance » op 69

« Papillon » op 77

Frédéric Chopin (1810-1849)

« Sonate pour violoncelle et piano », op 65

 

Vendredi 30 août

Eglise Saint André

Récital Stéphanie-Marie Degand

Marie-Josèphe Jude

Clara Schumann (1819-1896)

« Romance no.1 » op 22

Ludwig van Beethoven (1770-1827)

« Sonate no.9 » op 47  « A Kreutzer »

César Franck (1822-1890)

« Sonate pour piano et violon » en la majeur

 

 

 

 

 

 

 

 

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.