la Cappella Mediterranea Festival Chaise-Dieu 2024 @ Bertrand Pichène

Apothéose latine au 58ème Festival de la Chaise-Dieu 2024,

7 minutes de lecture

Le 58ème Festival de la Chaise-Dieu n’a pas failli à sa réputation de festival offrant une riche et diverse programmation. Il a vu surtout le retour à l’Abbatiale de la Cappella Mediterranea et de son chef Leonardo Garcia-Alarcon. 

 

On sait gré au directeur général du Festival, Boris Blanco, d’avoir permis le retour à la Chaise-Dieu du chef argentin (et suisse) Leonardo Garcia-Alarcon et de l’ensemble qu’il a créé en 2008, la Cappella Mediterranea.

Retour réussi si on en juge par l’enthousiasme et la chaleur qui lui a été, à juste titre, réservés: enthousiasme à la mesure des chefs-d’œuvre qu’il a proposés.

En premier lieu, étaient données les célébrissimes « Vespro della Beata Vergine », autrement dit les « Vêpres à la Vierge » de Claudio Monteverdi (1567-1643), chef d’œuvre absolu de la musique vénitienne du 17 ème siècle et de la musique tout court.

Les Vêpres de Monteverdi Cappella Mediterranea
Chaise-Dieu 2024 @ Bertrand Pichène

Cette oeuvre magistrale, publiée en 1610, d’une intense virtuosité, se déploie sur près de deux heures, forte de quatorze numéros; elle constitue en quelque sorte le sommet de l’art sacré du compositeur: vaste double choeur, motets à 6, parfois à 10 voix. Cette musique d’une richesse inouïe requiert un important effectif vocal et instrumental. Elle alterne éclats sonores, telles les sacqueboutes (trombones baroques) dans l’Intonatio,  puissance, notamment vocale, et aussi intériorité, tel le  « Duo seraphim » à 3 voix soutenu par les exceptionnels solistes instrumentaux , la viole de gambe (Ronald Martin Alonso), la harpe (Maria Bonetti), le théorbe (Quito Gato), et l’orgue (Adria Garcia Galvez et Ariel Rychter)…., sans oublier l’omniprésence des cornets à bouquin (Rodrigo Calveyra et Doron Sherwin).

La Cappella Mediterranea s’est révélée à la hauteur de l’enjeu.

Et ce en dépit de l’absence de la soprano emblématique de l’ensemble, Mariana Flores, souffrante,  remplacée par Francesca Aspromonte. Des solistes vocaux, au nombre de 7, qui ont tous été remarquables d’implication, on retiendra l’exceptionnel ténor Valerio Contaldo,  au timbre chaud et puissant,  le contre-ténor Leandro Marziotte et la soprano Gwendoline Blondeel.

 

Les Vêpres de Monteverdi
La Chaise-Dieu 2024 @ Bertrand Pichène

Le Chœur de chambre de Namur,  partenaire régulier de la Cappella Mediterranea, très homogène et tonique, doit être aussi pleinement associé à la réussite de ces Vêpres, ainsi, naturellement, que les solistes instrumentaux.

Leonardo Garcia-Alarcon a été le maître d’œuvre de ce trésor musical, transmettant à tous et à chaque instant une vivacité d’une grande précision et une dynamique puissante et heureuse.

Il a conçu, en outre, une spatialisation que permet l’œuvre: c’est ainsi qu’il fait déplacer les chanteurs solistes et du choeur dans la nef, parfois le long des stalles de l’Abbatiale, de sorte que le public se retrouve soudainement enveloppé par le son, comme jadis, les fidèles à San Marco de Venise….

Les Vêpres de Monteverdi
La Chaise-Dieu 2024 @ Bertrand Pichène

On retrouve le lendemain les mêmes interprètes, cette fois-ci dans le concert intitulé »Carmina latina », véritable florilège polyphonique de musiques sacrées et profanes composées par les compositeurs de l’Amérique du Sud, espagnols et portugais,  du 16 ème siècle au début du 18 ème siècle.

Explosions des sons, jubilations des voix et des instruments (et parfois des textes, par exemple dans « la Bomba » -la pompe-, étonnante chanson de marins) . C’est à une véritable fête musicale latine que nous convie Leonardo Garcia Alarcon, autour de ces compositeurs pour la plupart inconnus du public français. Répertoire dans lequel excelle la « Cappella Mediterranea », avec, notamment,  les interventions enjouées et colorées de Quito Gato, théorbiste et guitariste baroque, et des castagnettes jouées par l’une des chanteuses…

Carmina Latina
La Cappella Mediterranea La Chaise-Dieu 2024 @ Bertrand Pichène

Suivait, le lendemain, un concert consacré- lui aussi- à un autre chef-d’œuvre de la musique sacrée : le « Requiem de Mozart ».

On mesure, à son écoute, la difficulté d’interprétation qu’induit cette pièce sacrée: on peut, par exemple, s’interroger sur les tempi choisis, tout au long de la pièce, par le chef David Reiland, directeur musical de l’Orchestre national de Metz-Grand Est.

La rapidité adoptée par le chef, parfois extrême, nous est apparue  comme relevant d’une forme de parti pris, en l’espèce discutable… Il  semble avoir voulu exprimer l’urgence du message mozartien, à rebours d’interprétations jugées à raison  trop larmoyantes  ou tout simplement trop lentes; mais hélas, au prix d’une uniformité de l’interprétation et son absence de nuances.

C’est d’autant plus regrettable que les solistes -toutefois inégaux- étaient au rendez-vous , un merveilleux Orchestre de Metz, un Chœur témoignant d’une belle justesse et d’une grande musicalité.

Requiem de Mozart Orchestre de Metz
@ Vincent Jolfre

Le Requiem était précédé d’une très belle courte pièce du compositeur estonien Arvo Pärt « Cantus in memoriam of Benjamin Britten » (en hommage au compositeur britannique décédé en 1976) confié aux cordes – sorte de mélopée triste, presque plaintive, débutant par des cloches frappées quasiment inaudibles, et se concluant sur un long crescendo.

Précédé également de la » Symphonie n° 29″ de Mozart en la majeur, joliment interprétée par l’Orchestre de Metz mais hélas littéralement « mimée  » par David Reiland (en particulier le 3ème mouvement, le « minuetto »)

S’il n’est pas le seul festival à proposer les après-midi des concerts de musique de chambre, le Festival de la Chaise-Dieu, a, en revanche, le grand mérite de disposer d’un lieu dédié : l’auditorium Cziffra, du nom du pianiste hongrois,  inspirateur de ce Festival.

« Année Fauré » oblige ( on commémore cette année le centenaire de sa mort, 1924- 2024), plusieurs concerts ont fait figurer à leur programme des œuvres de ce compositeur; tel le concert donné le 27 août par les violonistes Pierre Fouchenneret et Alexandre Pascal, l’altiste Lise Berthaud, le violoncelliste Raphaël Merlin  et les pianistes Simon Zaoui et Romain Descharmes.

« De Gabriel à Fauré »
La Chaise-Dieu 2024 @BertrandPichene

Le concert intitulé « De Gabriel à Fauré, Maturité » est introduit par « Six pièces pour piano à quatre mains » de la compositrice Mel Bonis, oeuvre à caractère pédagogique mais savoureuse.

Ensuite c’est au tour du  « Quatuor pour piano et cordes N° 1 en ut mineur », de Gabriel Fauré; pièce parfois presque romantique (merveilleux adagio, gorgé d’émotion), qui fait penser à certaines pages d’Erik Satie.

Le concert est cloturé par  le « Quintette pour piano et cordes N° 2 en ut mineur, Opus 115 », une œuvre étonnante qui débute dans le grave, puis devient presque solaire, enfin, littéralement « impressionniste ». Cette pièce reflète aussi le drame de la déficience auditive qui atteint alors Gabriel Fauré qui n’entendra pratiquement rien de son oeuvre lors de sa création en mai 1921: comme la recherche éperdue du son perdu.

Un autre concert de musique de chambre était également proposé  le lendemain intitulé « Quintette de Brahms »: la belle surprise offerte par les interprètes hors pair du Quatuor Hermès, auxquels était associée l’altiste Lise Berthaud, a été précisément ce « Quintette à deux altos n°2 en sol majeur, opus 111 ».
Il s’agit d’une oeuvre composée par Brahms à la fin de sa vie, qui respire le bonheur. Légère, parfois rhapsodique, parfois discrètement primesautière,  elle a merveilleusement conclu ce concert qui avait débuté avec le « Quatuor n°2 pour cordes, opus 33 » , de Charlotte Sohy, suivi du « Quatuor en mi mineur » de Gabriel Fauré.

Enfin, il faut rappeler que les concerts qui se tiennent à l’Abbatiale sont précédés d’une courte pièce interprétée sur le grand orgue datant de 1779  et, cette année, par Natsumi Sawa: l’occasion de formuler le vœu qu’à l’avenir soient communiqués l’intitulé de l’œuvre et le nom de son compositeur.

 


FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU 2024

Mardi 27 août – Abbatiale Saint Robert

Vêpres de Monteverdi

Francesca Aspromonte, soprano

Gwendoline Blondeel, soprano

Valerio Contaldo, ténor

Pierre-Antoine Chaumien, ténor

André Morsch, basse

Matteo Bellotto, basse

Chœur de Chambre de Namur

Cappella Mediterranea

Leonardo Garcia-Alarcon, direction

 

Mercredi 28 août – Abbatiale Saint Robert

« CARMINA LATINA »

La Cappella Mediterranea

Leonardo Garcia-Alarcon, direction

 

Mercredi 28 août – Abbatiale Saint Robert

REQUIEM DE MOZART

Hélène Carpentier, soprano

Floriane Hassler, mezzo-soprano

Jonathan Abernethy, ténor

Gerard Farreras, baryton

Chœur de la Radio Flamande

Orchestre National de Metz Grand Est

David Reiland, direction

 

 

Mardi 27 août –  Auditorium Cziffra

DE GABRIEL à FAURE

Mel Bonis: 6 Pièces pour piano à 4 mains, op.130

Gabriel Fauré: Quatuor pour piano et cordes no.1 en ut mineur, op.15

Quintette pour piano et cordes no. 2 en ut mineur, op.115

Pierre Fouchenneret, violon

Alexandre Pascal, violon

Lise Berthaud, alto

Raphaël Merlin, violoncelle

Simon Zaoui, piano,

Romain Descharmes, piano

 

Mercredi 28 août

QUINTETTE DE BRAHMS

Charlotte Sohy

Quatuor à cordes no.2 op.33

Gabriel Fauré

Quatuor à cordes en mi mineur op.121

Johannes Brahms

Quintette à 2 altos no.2 op.111

Lise Berthaud, alto

Quatuor Hermès

Omer Bouchez, violon

Elise Liu, violon

Yung-Hsin Lou Chang, alto

Yan Levionnois, violoncelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.