Slacktide de Twyla Tharp © Andrea Avezzu Courtesy La Biennale di Venezia

Biennale de danse de Venise (1) : Twyla Tharp, Lion d’or d’une synthèse créative des répertoires

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Née en 1941, Twyla Tharp vient de recevoir le Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière. Avec Diabelli et Slacktide, l’ouverture de la 19ème Biennale de danse placée sous le thème de « faiseurs de mythes » offre un condensé de l’art de la chorégraphe américaine, qui fut une pionnière dans la synthèse entre techniques classiques et contemporaines.

Diabelli de Twyla Tharp © Andrea Avezzu Courtesy La Biennale di Venezia

Formée par les grands maîtres de la danse moderne américaine, et plus particulièrement Merce Cunningham, Twyla Tharp a tout au long de sa carrière développé une synthèse singulière des techniques et des formes, se nourrissant autant de l’héritage classique sur pointes que de la vitalité de Broadway, où elle a monté plusieurs comédies musicales, sans oublier le travail qu’elle a également réalisé pour la télévision.

Cet éclectisme qui l’inscrit dans la lignée légendaire d’un Jerome Robbins s’affirme dans une pièce de 1998, Diabelli, sur les célèbres variations que Beethoven a composées pour le piano. Dans l’écrin du Teatro Malibran, le jeu combinatoire de la musique, avec le clavier de Vladimir Rumyantsev en fosse, est transposé dans un catalogue de pas, de solos et d’ensembles qui rappelle la gymnastique poétique des Études de Lander, l’humour en plus. Si la succession des numéros peut avoir un côté systématique, les postures et les portés ne manquent pas de faire quelques clins d’œil à la vitalité souriante du chorégraphe de West Side Story. Comme dans The Concert, la parodie s’invite dans ce récital de notes et de gestes, au diapason de la partition elle-même, qui mêle les registres avec une intarissable faconde. Diabelli fonctionne comme une sorte de dictionnaire du vocabulaire gestuel de Twyla Tharp, avec de souples élans de bras et des chassés croisés qui comptent parmi ses marques de fabrique. Une heure de miniatures dansées, qui s’enchaînent et se chevauchent au rythme des permutations du thème de la valse de Diabelli, constitue un exercice de style qui n’est peut-être pas sans quelques longueurs, mais n’ennuie jamais.

Slacktide de Twyla Tharp © Andrea Avezzu Courtesy La Biennale di Venezia

Nouvelle création de 2025, donnée pour la première fois en Europe lors de la Biennale de danse de Venise, Slacktide renouvelle un langage éclectique dans une forme de spectacle total minimaliste. La partition Aguas da Amazonia de Glass déploie ses boucles hypnotiques reconnaissables, dont les couleurs évocatrices sont accentuées dans l’arrangement pour flûte et quatuor percussif réalisé par Third Coast Percussion. Sur cette trame sonore, les solistes démontrent le même enthousiasme que dans la première pièce de la soirée, sous les éclairages calibrés par Justin Townsend, dans des effets d’optique qui rappellent parfois Vasarely. Au fil de ses déclinaisons lumineuses aux allures de verres teintés, Slacktide fusionne en une énergie commune les corps et le cadre visuel. La danse pure se fait alors transdisciplinaire. Avec Twyla Tharp, la quintessence chorégraphique est une fête pour l’oeil et l’oreille.

Slacktide de Twyla Tharp © Andrea Avezzu Courtesy La Biennale di Venezia

Dans cette même esthétique où la répétition rime avec invention, le Biennale College Dancers, académie qui réunit des étudiants pendant deux mois et demi, avec des spectacles présentés dans le cadre du festival, reprend celui imaginé par Sasha Waltz sur In C au moment de la pandémie de covid. Développée avec les interprètes, la chorégraphie fait se succéder les interactions au gré des 53 cellules de la partition de Riley, confiée aux pupitres du Syntax Ensemble. En marge de la partition du compositeur américain, un prologue silencieux fait mouvoir les solistes, danseurs et musiciens, sur fond de modulations lumineuses, sans doute un écho à l’assèchement sonore et relationnel imposé alors par les mesures sanitaires en 2021. Mais c’est surtout le mélange de spontanéité improvisatrice et d’écoute attentive du mouvant flot rythmique, façonnant figures et rencontres comme autant de saynètes minimalistes, qui retient d’abord l’attention. Plus qu’une mise en gestes, ces élans ludique et mathématiques prennent la page de Riley comme un point de départ pour un partage sans cesse nouveau, sur scène et avec le public du Teatro alle Tese de l’Arsenal.

Gilles Charlassier