La pianiste Martha Argerich © Adriano Heitman

Coups de cœur à Chantilly, autour de Maria Argerich

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La saison des Coups de Cœur musicaux de Chantilly s’ouvre avec un week-end autour de Martha Argerich. La légende argentine s’entoure de solistes amis et non moins légendaires, dans un programme qui fait résonner le piano dans le Dôme des Grands Ecuries du château du Duc d’Aumale.

La pianiste Martha Argerich © Adriano Heitman

Fondée par le Prince Amyn Aga Khan et le pianiste Iddo Bar-Shaï, qui en est le directeur artistique, la programmation des Coups de Coeur à Chantilly fait s’accorder les harmonies des plus grands interprètes avec le patrimoine architectural légué par le Duc d’Aumale. A côté des salles du Musée Condé qui permettent d’appréhender une riche collection administrée par l’Institut de France, le Dôme des Grands Ecuries conjugue la passion du hippisme, dont quelques effluves peuvent parvenir aux narines des spectateurs, avec celle de la musique. Et en termes de tempérament incandescent, Martha Argerich n’a plus de preuves à faire, même si l’âge venant, il peut se révéler moins constant.

Après un concert, le samedi soir, conçu comme un hommage à Ivry Gitlis, l’une des plus grandes légendes du violon, disparu presque centenaire en 2020, le premier week-end des Coups de Coeur à Chantilly met, le dimanche après-midi, le piano au diapason de la complicité chambriste. Les générations se mêlent dans le Duo de chats de Rossini. Accompagnée par Martha Argerich, la transcription pour deux violoncelles réunit Steven Isserlis et Jing Zhao, dans une volubilité encore apéritive après la Sonate en fa majeur op. 9 de Boccherini. Aux côtés de sa mère, Lyda Chen Argerich partage un moment d’alchimie filiale dans la transposition d’un Nocturne pour violon et piano de Lili Boulanger, qui contraste avec les tourments romantiques de l’unique mouvement du Quatuor avec piano en fa mineur de Mahler où l’altiste a rejoint le violoniste Michael Guttman, la violoncelliste Jing Zhao et Theodosia Ntokou, dont la clavier se distingue par une sonorité chaleureuse. Le quatre mains En blanc et noir de Debussy permet à Iddo Bar-Shaï de retrouver sa grande amie avant l’entracte.

La pianiste Martha Argerich © Adriano Heitman

S’il accuse une fatigue accidentelle, Stephen Kovacevich ne voulait cependant pas manquer le rendez-vous de celle avec laquelle il a partagé une partie de sa vie. Avec le violoniste Sayaka Shoji, le pianiste américain défend les couleurs automnales et frémissantes d’un des sommets du répertoire, la Sonate n°1 en sol majeur op. 78 de Brahms. Après les pittoresques Mélodies pour violon et piano op. 35 de Prokofiev, dont il fait rayonner les rythmes aux côtés de Theodosia Ntokou, Maxim Vengerov, rejoint l’égérie du week-end et le violoncelliste Mischa Maisky, autre membre de cette grande famille musicale, pour le Trio n°39 en sol majeur de Haydn, dont le finale all’ungarese referme ce Coup de Coeur sous le signe d’une vitalité retrouvée, portée par une affection communicative. Le public de Chantilly pourra, à bon droit, dire qu’il était.

Si le deuxième rendez-vous du printemps est articulé autour de la figure de Marc Minkowski, la seconde partie de la saison, après l’été, donnera une carte blanche à Matthias Goerne, l’un des héritiers de l’art de Dietrich Fischer-Dieskau, accompagné par l’Orchestre national de Lille dont Joshua Weilerstein a pris la direction artistique en septembre dernier. Pour le dernier week-end début octobre, Leonardo Garcia Alarcon et Capella Mediterranea célèbreront Haendel, le baroque méridional et un dialogue transatlantique entre le Portugal et l’Argentine natale du chef d’orchestre.

Gilles Charlassier