Le duo guitare–violoncelle rayonne entre les mains de Philippe Mouratoglou et Henri Demarquette. Sous le nom Duo Sol !, ils tracent un voyage sonore de la Méditerranée à l’Amérique du Sud, où les timbres s’affrontent, se fondent et se réinventent. À l’issue d’un concert vibrant, les deux musiciens racontent la naissance de cette alliance aussi audacieuse qu’évidente.
Guitare et violoncelle : une combinaison peu fréquente en musique de chambre. Dans la première partie, le violoncelle semblait être le protagoniste, la guitare tenant le rôle d’une basse continue, puis celle-ci a pris une place centrale en seconde partie.
Philippe Mouratoglou. Cette formation est en effet assez rare : il existe peu de répertoire original pour guitare et violoncelle, d’où la présence de nombreuses transcriptions. Pourtant, l’association fonctionne admirablement : le violoncelle chante, la guitare soutient, et ensemble ils forment une sorte de méta-instrument, un instrument augmenté. (rires) Et oui, je prends un peu ma revanche dans la seconde partie.
Henri Demarquette. Le rôle de basse continue pour la guitare découle directement de la tradition du théorbe ou du luth, et plus largement des instruments anciens à cordes pincées. Cela s’inscrit naturellement dans l’histoire.
Comment trouvez-vous l’équilibre sonore entre vos deux instruments ?
Philippe Mouratoglou. Le violoncelle possède une puissance naturelle impressionnante. Même amplifiée, la guitare reste moins sonore. Il faut donc chercher l’équilibre en permanence, et cela varie selon les œuvres. Dans Falla, par exemple, le violoncelle domine fortement : on doit composer avec cette réalité.
Henri Demarquette. Jouer avec une guitare est un défi constant. L’amplification aide, mais chaque acoustique modifie notre dialogue. Tout repose sur l’écoute mutuelle : dès qu’on perçoit une nuance chez l’autre, on adapte la nôtre. Cela dépend aussi de qui, dans la musique, tient le rôle moteur. Cela se met en place très naturellement.
« Percussion Study » d’Arthur Kampela a créé la surprise, presque comme une performance théâtrale.
Philippe Mouratoglou. C’est une véritable pièce de scène. Kampela, compositeur brésilien et guitariste, a inventé un langage totalement nouveau pour la guitare. Sa série d’études, notamment celles fondées sur la percussion, repousse les limites de l’instrument. Il compose aussi pour cor, piano… Sa créativité est stupéfiante.
Villa-Lobos a marqué à la fois le répertoire du violoncelle et celui de la guitare. Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette double affinité ?
Henri Demarquette. Villa-Lobos était violoncelliste, mais il a aussi beaucoup écrit pour la guitare. C’est un instrument universel, présent sous des formes variées dans de nombreuses cultures — au Brésil, en Iran… Ces instruments portatifs et polyphoniques sont essentiels à la vie musicale et voyagent avec les peuples.
La sonate de Radamés Gnattali vous place véritablement sur un pied d’égalité.
Henri Demarquette. Gnattali a pensé cette œuvre comme une rencontre équilibrée. Les pizzicati rapprochent le violoncelle de la guitare, et il joue sur les différences et similitudes des deux instruments. Au fond, la seule vraie distinction reste l’archet ; pour le reste, nous sommes très proches.
Votre duo s’appelle Duo Sol !. Le nom fait-il référence au soleil de votre programme ?
Henri Demarquette. Il y a bien sûr la note « sol », mais aussi le soleil. J’avais envie depuis longtemps d’un programme qui parte de la Méditerranée et traverse l’Atlantique jusqu’à l’Amérique du Sud. De là, on peut décliner à l’infini : d’autres pays méditerranéens, l’Orient… Je voulais quelque chose de lumineux, de virtuose, d’ensoleillé.
Philippe Mouratoglou. Ce thème s’est imposé naturellement. Beaucoup d’œuvres originales pour guitare viennent d’Amérique latine — comme celles de Gnattali — et la musique espagnole est intimement liée à la guitare. Associer Méditerranée, Amérique latine et soleil allait de soi.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Philippe Mouratoglou. Au Festival de Glanum, à Saint-Rémy-de-Provence, où Henri était directeur artistique.
Henri Demarquette. C’était lors d’un concert « père-fils » : mon fils Victor jouait du piano avec Philippe, et son père, Paris Mouratoglou, jouait du piano. C’est là que tout a vraiment commencé.
Quand avez-vous lancé ce duo ? Un enregistrement bientôt ?
Philippe Mouratoglou. Nous avons commencé en mai. Ce concert est notre cinquième et nous nous entendons très bien sur scène. En 2026, nous jouerons ce programme à La Chaise-Dieu. Nous continuons à le roder, et cela débouchera sur un enregistrement.
