Le Teatro Les Arts de Valence présente la lecture épurée que Laurent Pelly propose d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Mattia Olivieri, un ancien du Centre de Perfectionnement de l’opéra valencien, incarne le rôle-titre sous la direction vigoureuse de Timur Zangiev.
Coproduite avec le Théâtre de La Monnaie à Bruxelles et l’Opéra de Copenhague, la mise en scène d’Eugène Onéguine par Laurent Pelly, se distingue par une décantation poétique jalonnée, qui s’appuie l’épure scénographique de Massimo Troncanetti.

Sur le plateau dénudé, deux panneaux suggèrent les murs de la demeure des Larina, ou, entrouverts, quelque livre dans lequel se perd l’imagination romanesque de Tatiana , versant dans la passion fébrile au moment d’écrire la lettre à Onéguine au milieu de la nuit. On retrouve, dans ce registre plus dramatique et intime, le savoir-faire dans la direction d’acteurs de l’homme de théâtre français, reconnu dans le répertoire comique et les accents d’humour absurde. Dès le premier tableau, les affinités générationnelles entre la mère Larina et la nourrice, et l’opposition de caractère entre les deux filles, s’affirment dans le traitement quasi chorégraphique des mouvements, évident dans la scène de la fête avec les danses réglées par Lionel Hoche, et la confrontation entre Lenski et Onéguine qui se détache à l’avant-scène. Sous les lumières de Marco Giusti, le duo prend une tournure crépusculaire, et les retrouvailles des anciens voisins scelle, dans une abstraction d’antichambre monumentale, l’inéluctable séparation des destins.

Tchaïkovski souhaitait que les interprètes de ses scènes lyriques privilégiassent la simplicité et la sincérité, et avait confié la création à des étudiants du Conservatoire de Moscou. Ce choix de la jeunesse se retrouve dans la distribution du spectacle à l’affiche à Valence. Ancien membre du Centre de Perfectionnement du Teatro Les Arts, Mattia Olivieri incarne les contradictions du rôle-titre face au Lenski d’Ivan Ayon-Rivas, au lyrisme enthousiaste, nourri d’un élan indéniablement latin. Corinne Winters fait palpiter les sentiments et la timidité de Tatiana, qui contraste avec la générosité homogène presque placide de Ksenia Dudnikova. Alison Kettlewell résume l’autorité maternelle de la mère Larina, tandis que Margarita Nekrasova laisse s’exprimer la bienveillance émérite de la nourrice Filippievna. Giorgi Manoshvili ne manque pas de maturité robuste pour le Prince Grémine. Aux côtés du numéro de caractère des couplets de Triquet confiés à Mark Milhofer, deux artistes du Centre de Perfectionnement du Teatro Les Arts, Agshin Khudaverdiyev et Filipp Modestov, assument les répliques de Zaretski et du contremaître, quand, pour celles du capitaine, Xavier Galan se détache des choeurs préparés par Jordi Blanch Tordero.
Sous la baguette énergique de Timur Zangiev, l’Orchestre de la Communauté Valencienne fait chanter la mélancolie et les tensions dramatiques distillées par la partition de Tchaïkovski, dans une production à la fois économe et évocatrice, deux qualités qui peuvent en faire un classique.
Gilles Charlassier
