(c) Clemens Ascher
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Exploration sans frontières, équilibre entre logique et émotion : rencontre avec Hayato Sumino

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Un loisir devenu passion, puis carrière, a propulsé Hayato Sumino au rang de sensation mondiale dans le domaine de la musique classique. Le pianiste, qui compte 1,4 million d’abonnés sur sa chaîne YouTube Cateen, est actuellement en tournée pour promouvoir son nouvel album Human Universe (Sony Classical). Cet album marque une étape importante dans sa carrière, avec la présentation de ses premières compositions originales, dont trois nocturnes, où il fusionne improvisation et tradition classique pour créer un style musical unique.

À seulement 29 ans, Hayato Sumino, bien qu’il n’ait pas suivi de formation musicale formelle, est un virtuose débordant de talent et d’imagination. Il s’imprègne sans limite des influences musicales et académiques de tous horizons pour façonner un univers sonore original et personnel. Diplômé en Science et Technologie de l’Information de l’Université de Tokyo, il s’est distingué en remportant de prestigieux concours : le premier prix au concours NPTA du Japon en 2018, une médaille de bronze au Concours International de Piano de Lyon et une demi-finale au Concours international de Piano Chopin en 2021. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer, et il a partagé avec nous sa vision artistique et ses projets d’avenir.

Le 7 novembre, votre récital à la Salle Gaveau a reçu un accueil enthousiaste. Était-ce votre première fois sur une scène parisienne ?
J’ai déjà donné des récitals à la Salle Cortot et au Théâtre de l’Œuvre, et en 2023, j’ai joué à La Scala de Paris. Cependant, le concert à la Salle Gaveau a été le plus grand et le plus important de mes récitals à Paris. C’était un immense honneur et une émotion profonde de pouvoir jouer dans une salle où j’avais moi-même entendu mon maître, Jean-Marc Luisada.

Jean-Marc Luisada a joué un rôle déterminant dans votre carrière. Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec lui ?
Je l’ai rencontré à Paris en 2018, pendant que je participais à un projet de recherche à l’IRCAM dans le cadre de mes études de sciences informatiques à l’Université de Tokyo. C’était une période de réflexion pour moi : je me questionnais sur la direction à prendre dans ma carrière et sur ma passion pour le piano. Jean-Marc Luisada m’a alors encouragé à participer au Concours International Chopin. Il est une figure majeure au Japon, notamment grâce à ses vidéos pédagogiques, que j’avais suivies avant même de le rencontrer. Cela a été une chance incroyable de croiser son chemin.

Que vous a-t-il appris dans votre approche du piano ?
Jean-Marc Luisada m’a beaucoup aidé sur le plan technique, notamment en ce qui concerne l’utilisation optimale des doigts et des bras. Il m’a également fait découvrir la richesse des rythmes dans les danses comme les mazurkas et les valses. Une de ses recommandations marquantes a été de regarder le film Voyage à Tokyo d’Ozu. Il m’a expliqué qu’il est essentiel, dans l’art, de savoir exprimer des idées profondes de manière simple, tout en étant conscient de la difficulté de cet exercice.

Outre la musique, avez-vous d’autres passions ou centres d’intérêt ?
J’écoute une grande variété de genres musicaux, avec une affection particulière pour Bach et Chopin. Dans mes récitals, je privilégie la musique du 20ᵉ siècle, en particulier celle de Ravel et Gershwin. Récemment, en voyageant, j’ai développé un intérêt pour les langues, les cultures, et aussi pour l’art contemporain. À Paris, je fréquentais souvent le Centre Pompidou, et à New York, où je vis maintenant, je visite régulièrement le MoMA et le Guggenheim. J’ai une fascination particulière pour les œuvres géométriques, comme celles de Mondrian.

Votre formation scientifique à l’IRCAM a-t-elle eu une influence sur votre pratique musicale ?
Oui tout à fait. Grâce à mes études de sciences informatiques à l’Université de Tokyo, et à mes liens avec l’IRCAM, j’ai pu effectuer une recherche à Paris en 2018. Mon projet portait sur le « scoring automatique », une technologie permettant de reproduire ce qu’on entend de manière instantanée. Ce projet a impliqué des techniques de traitement du son et de l’audio, et m’a permis de concilier ma passion pour la musique et la technologie.

Que pensez-vous de l’intelligence artificielle appliquée à la musique ?
L’IA peut être véritablement utile lorsqu’elle complète les capacités humaines, par exemple en éducation, en permettant aux personnes n’ayant pas les moyens de prendre des cours privés d’apprendre de manière autonome. Pour les musiciens professionnels, l’IA peut analyser les performances et offrir des conseils pour améliorer le jeu. Personnellement, j’utilise un système de playback pour analyser mes propres interprétations et travailler sur mon jeu.

Vous incarnez l’exemple du pianiste du 21e siècle, grâce à vos approches novatrices et vos facettes artistiques diversifiées. Comment percevez-vous l’évolution des pianistes au fil des siècles ?
Les pianistes du 19ᵉ siècle étaient des artistes live, libres d’exprimer leur propre vision sans se soucier des standards. Le 20ᵉ siècle a été marqué par l’avènement des enregistrements, qui ont établi des « interprétations de référence ». Aujourd’hui, au 21ᵉ siècle, après la pandémie, le rôle du pianiste a beaucoup changé, ainsi que la manière dont le public accède à la musique. Il y a une nécessité de repenser les modes de communication avec le public et les moyens de diffuser les performances.

Quels sont vos projets à venir ?
Je travaille actuellement sur mon prochain enregistrement : qui comprendra des arrangements de certaines œuvres de Chopin, son 2ᵉ concerto ainsi que sur de nouvelles compositions personnelles.

Quels sont les mots-clés qui vous caractérisent le mieux, que ce soit en tant qu’artiste ou dans votre personnalité ?
Exploration, diversité, innovation, mathématiques, passion.

Site de Hayato Sumino

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
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