Gala de la Voix 2025
Gala de la Voix 2025

Le Mécénat au service de l’excellence musicale

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À l’aube de la première édition du Gala de la Voix, qui se tiendra le 14 janvier prochain à la Salle Cortot grâce au soutien généreux de la Fondation Minou Amir-Aslani, Maître Ardavan Amir-Aslani, avocat d’affaires et président de la Fondation et Murielle Hurel, directrice de l’École Normale de Musique de Paris, nous dévoilent les coulisses de cet événement unique.
Ils nous parlent également de leur vision pour l’École Normale de Musique de Paris Alfred Cortot, une institution en pleine modernisation et portée par des ambitions nouvelles.

L’École Normale dévoilera ses talents lyriques le 14 janvier prochain. Mi-concert de gala, mi-concours : un concept innovant. Comment se prépare cette première édition ?

Murielle Hurel : L’objectif principal est de favoriser l’insertion professionnelle de nos jeunes chanteurs en les plaçant au cœur d’un événement où se croisent l’excellence musicale et le regard des professionnels. Nous avons invité un jury prestigieux, parmi lesquels Alain Lanceron, président de Warner Classics & Erato, ainsi que Sandrine Piau, Edwin Crossley- Mercer et Marcel Quillévéré. Ce Gala représente une réelle opportunité de visibilité pour nos étudiants. Contrairement aux années précédentes, où seuls des concerts étaient organisés, cette édition met les artistes en contact direct avec des décideurs de la scène musicale. C’est un tournant !

En quoi le soutien de la Fondation est-il important pour la carrière des jeunes chanteurs ?

Murielle Hurel : Grâce à l’engagement de la Fondation, nous sommes en mesure d’organiser ce gala dans des conditions exceptionnelles, valorisant ainsi le travail et l’excellence de nos étudiants. Ce soutien va bien au-delà d’un simple accompagnement financier : il permet de créer des opportunités concrètes pour nos jeunes artistes, en favorisant leur visibilité et en renforçant leur confiance en eux.

Nous sommes profondément reconnaissants à la Fondation Minou Amir-Aslani de contribuer avec autant de générosité et de conviction à l’épanouissement de nos talents et au rayonnement de la musique vocale.

Ardavan Amir-Aslani (c) la Fondation Minou Amir-Aslani
Ardavan Amir-Aslani (c) la Fondation Minou Amir-Aslani

Maître, pourriez-vous parler de votre parcours ?

Ardavan Amir-Aslani : Je suis un avocat franco-iranien de 59 ans, profondément attaché à mes deux cultures. Après mon arrivée en France en 1979, j’ai poursuivi un doctorat en droit et j’exerce depuis 37 ans en tant qu’avocat d’affaires, spécialisé dans les conseils aux États souverains. Mais au-delà de ma carrière, je suis « le fruit de la pensée de ma mère », qui m’a inculqué les valeurs du travail. C’est en son honneur que j’ai créé la Fondation Minou Amir-Aslani, afin de perpétuer son nom et ses passions pour la musique, les études académiques et les causes humanitaires.

Que représente la Fondation pour vous ?

Ardavan Amir-Aslani : La Fondation Minou Amir-Aslani, a pour vocation de soutenir les centres d’intérêts de ma mère et notamment la musique qui était la passion de toute sa vie. C’est une manière de rendre hommage à cette femme d’exception et de poursuivre ses engagements. Passionnée par la musique, le piano – notamment Franz Liszt –, et l’éducation, elle a toujours œuvré à transmettre ses valeurs. La Fondation finance, par exemple, des bourses pour deux étudiants de l’École Normale de Musique, sélectionnés selon des critères sociaux et qualitatifs. C’est une façon de leur permettre de poursuivre l’excellence et de s’épanouir dans leur art.

Parlez-nous, plus encore, de votre mère, Minou Amir-Aslani.

Ardavan Amir-Aslani : Ma mère était une femme exceptionnelle, à la fois par son ouverture d’esprit et par son courage. Tout ce que je suis aujourd’hui, je le lui dois entièrement. Elle était une véritable figure d’exception : médecin de profession, ballerine impériale, pianiste virtuose et passionnée de musique.

Dans les années 1950, ma mère est partie en Allemagne pour étudier la médecine, à une époque où ce pays attirait de nombreux jeunes Iraniens. L’Allemagne avait une aura particulière, notamment grâce à la princesse Soraya, épouse du dernier Shah d’Iran, qui avait grandi entre ces deux cultures. Grâce à une bourse d’études, ma mère y a passé huit années, et a pu y achever sa formation.

Quel a été votre premier choc artistique dans le domaine lyrique ?

Ardavan Amir-Aslani : Mon premier choc lyrique remonte à 1998, à l’Opéra de Paris, lorsque j’ai assisté à Tristan und Isolde de Richard Wagner. Trois heures et demie, en allemand… Je n’y comprenais rien mais c’était, pour moi, une expérience monumentale ! À l’époque, j’étais un jeune avocat qui commençait à s’intéresser à l’opéra. Je n’étais pas encore un connaisseur, mais ma mère m’avait transmis une certaine sensibilité musicale, ce qui faisait de moi un spectateur « éclairé ».

Cette découverte m’a ouvert les portes du répertoire lyrique, notamment de l’opéra italien, que j’ai appris à aimer par la suite. Depuis, l’opéra est devenu une véritable passion. Je me rends d’ailleurs chaque année au festival de Bayreuth.

Avez-vous des pratiques musicales, Maître ?

Ardavan Amir-Aslani : (Rires) Je possède deux magnifiques pianos chez moi : un Steinway & Sons, édition Royal Albert Hall et un grand Pleyel classé. Malheureusement, je dois avouer que ce ne sont pas mes doigts qui en tirent le meilleur, mais ceux de mes filles. Elles jouent merveilleusement bien ! Il y a à l’évidence une transmission familiale, mais… elle a sauté une génération ! (Rires)

Murielle Hurel (c) crédits réservés
Murielle Hurel (c) crédits réservés

Quel a été votre parcours Madame Hurel avant d’avoir pris la direction de l’École Normale ?

Murielle Hurel : J’ai suivi des études musicales au conservatoire, où j’ai étudié le piano, l’harmonie et le contrepoint. Parallèlement, j’ai poursuivi des études en Lettres et Musicologie à la Sorbonne. Mon parcours professionnel s’est ensuite orienté vers l’industrie culturelle. J’ai occupé plusieurs responsabilités à la Fnac, notamment dans l’approvisionnement et le pilotage des achats de disques et de livres, avant de prendre en charge l’ensemble du service.

Par la suite, j’ai été directrice commerciale, puis directrice générale de BilletRéduc, une filiale du groupe Lagardère, et enfin directrice générale chez Veepee Entertainment. Il y a deux ans, j’ai décidé de revenir à mes premières passions en prenant la direction de l’École Normale de Musique de Paris.

Quels sont les principes directeurs de votre gestion à l’École Normale de Musique ?

Murielle Hurel : Mon objectif principal est de préserver et de renforcer le rayonnement international de l’École. Forte de plus de 100 ans d’histoire, cette institution continue d’attirer des musiciens du monde entier pour les former, contribuant ainsi au rayonnement de notre culture.

Aujourd’hui, 70 % de nos étudiants viennent de l’étranger. Notre ambition est de structurer les études en fonction des aspirations individuelles de chacun, tout en maintenant un niveau d’excellence. Nous développons également des partenariats avec des universités internationales pour favoriser les échanges et ouvrir de nouvelles perspectives à nos étudiants.

Vous venez de l’industrie culturelle. Quels défis avez-vous rencontrés en prenant la direction d’une école aussi prestigieuse ?

Murielle Hurel : Diriger l’École Normale est pour moi un retour aux sources, à mes études musicales et à mes passions. J’y applique les compétences que j’ai acquises dans l’industrie : développement commercial, communication, marketing et gestion de projets.

L’École Normale, bien qu’elle soit une institution prestigieuse, est une association à but non lucratif et ne bénéficie d’aucune subvention. Cela exige un travail constant pour rechercher des mécènes et bâtir un modèle économique viable.

Un autre aspect crucial est de travailler avec nos professeurs, qui ont une expertise d’enseignement exceptionnelle et une influence internationale. Ensemble, nous développons de nouveaux programmes pédagogiques afin de rester au niveau des grandes institutions mondiales et d’innover pour attirer les meilleurs élèves en termes de talent et de nombre.

Enfin, je m’attache à mettre en valeur l’école en elle-même, notamment son cadre exceptionnel : un hôtel particulier du XIXe siècle et la célèbre Salle Cortot, inaugurée en 1929 et conçue par Auguste Perret, dont l’acoustique est souvent comparée à un Stradivarius.

Comment la collaboration entre la Fondation Minou Amir-Aslani et l’École Normale a-t-elle évolué récemment ?

Ardavan Amir-Aslani : Cela fait plus de dix ans que la Fondation soutient l’École Normale, et mon implication personnelle s’est intensifiée au fil du temps. L’arrivée de Madame Hurel a marqué un tournant décisif. Nos échanges sont devenus plus fréquents et constructifs, avec le lancement de nouveaux projets, des idées innovantes et une dynamique renouvelée.

La gestion du mécénat est aujourd’hui remarquable. Alma Faverjon, qui s’en occupe, a introduit une nouvelle approche. Nous, les mécènes, nous sentons véritablement impliqués et investis. Par exemple, des déjeuners sont organisés avec les lauréats, ce qui crée un lien humain et affectif entre nous et les artistes.

Le prestige de l’école se maintient grâce aux personnes qui la dirigent. Avec une telle énergie et une vision si claire, je suis persuadé que l’École Normale de Musique de Paris pourrait un jour rivaliser avec des institutions comme la Juilliard School de New York.

Cette année marque la première édition du Gala de la Voix. Envisagez-vous d’en faire un événement récurrent ?

Ardavan Amir-Aslani : Oui, nous souhaitons en faire un rendez-vous annuel.

Murielle Hurel : C’est la première fois que nous organisons ce type d’événement. Cela nécessite des moyens : pour la communication en amont, le cocktail, le jury prestigieux composé des professionnels de la musique pour mettre en avant nos jeunes chanteurs.

Envisagez-vous d’étendre ce type d’initiative à d’autres disciplines ?

Murielle Hurel : Nous avons déjà le Prix Cortot pour le piano, qui impulse la carrière de ses lauréats en les associant à une agence dédiée. Mais jusqu’à présent, il n’existait pas de prix équivalent pour le chant. Avec le Gala de la Voix, nous voulons offrir aux chanteurs de dernière année une plateforme pour se faire remarquer par les professionnels du secteur.

Le chant demande un immense investissement et nous avons récemment introduit des cours de théâtre et de diction pour enrichir leur formation. Le Gala vise aussi à attirer des professionnels de la musique, afin de favoriser l’insertion de nos jeunes talents.

Ce Gala de la Voix, premier d’une longue série, incarne à la fois l’ambition musicale et l’esprit d’ouverture que prônent la Fondation et l’École Normale de Musique.

 


Propos recueillis par Marine Park-Dufour

Site de la Fondation Minou Amir-Aslani

Site de l’École Normale de Musique de Paris Alfred Cortot

 

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni