Fête péruvienne au Bach Fest Stuttgart © Holger Schneider

Internationales Bach Fest Stuttgart 2025 (1) : le joyeux cosmopolitisme d’une fête péruvienne

2 minutes de lecture

Associant les étudiants de la Bachakademie avec des artistes reconnus, la première édition de l’Internationales Bach Fest Stuttgart est placé sous le signe de l’Amérique latine. Ce dialogue interculturel entre le Cantor de Leipzig et le baroque hispanique s’illustre avec l’ensemble Los Temperamentos et le Ballet Folclorico del Peru, dans une fête péruvienne autour du Codex Martinez Compañon.

Fête péruvienne au Bach Fest Stuttgart © Holger Schneider

A la suite d’une tournée en Amérique du Sud avec la Bachakademie de Stuttgart, Hans-Christoph Rademann a souhaité prolonger les liens entre le Cantor de Leipzig et le monde hispanique, pour élargir les perspectives sur la musique baroque. La synthèse entre les formes du répertoire savant européen et les rythmes et mélodies du folklore indigène, que l’on trouve dans les polyphonies latino-américaines, peut être mise en parallèle avec la manière dont Bach réinvente les danses populaires de son époque. La redécouverte de tout un corpus, dispersé dans les bibliothèques, donne ainsi un nouvel éclairage sur l’Histoire, avec des échanges culturels réciproques complexes, sur fond du commerce triangulaire esclavagiste avec l’Afrique. Cette dynamique cosmopolite, qui est au cœur de la Bachakademie, avec ses jeunes musiciens originaires d’une vingtaine de pays, est alors apparue comme une thématique idéale pour la première édition de l’Internationales Bach Fest à Stuttgart, conçu comme un creuset de rencontres entre étudiants et artistes reconnus, offrant au public une immersion au carrefour de la transmission.

Fête péruvienne au Bach Fest Stuttgart © Holger Schneider

Ce dialogue traverse même les disciplines avec la fête péruvienne que l’ensemble Los Temperamentos et le Ballet Folclorico del Peru proposent autour du Codex Martinez Compañon le dimanche 16 mars au Theaterhaus. Dans ce manuscrit de la fin du XVIIIème siècle comportant 1411 aquarelles et 20 partitions, l’archevêque de Trujillo a compilé un travail ethnographique qui, au travers des descriptions des rites, de la vie économique et quotidienne des populations de la région, fait ressortir la manière dont les racines pré-colombiennes du Pérou se sont mêlées avec la culture importée par la conquête espagnole. Ce métissage de langues et de traditions s’entend dans les musiques réarrangées par Nestor F. Cortes Garzon, où les formes ibériques de la tonada et de la tonadilla rencontrent la cachua, danse vive quechuane qui emporte les participants dans une irrésistible dynamique circulaire.

Fête péruvienne au Bach Fest Stuttgart © Holger Schneider

Cette énergie, qui efface les clivages entre sacré et profane, est relayée par les chorégraphies de Fabricio Varela Travesi, conjuguant acrobaties et chamarres vestimentaires au fil de la soirée. Cette recréation de l’exotisme folklorique péruvien prolonge les couleurs baroques distillées par les pupitres des Temperamentos, parmi lesquels se distinguent la fraîcheur mélodieuse du traverso d’Anastasia Fedchenko, la volubilité rythmique de la guitare de Hugo Miguel de Rodas Sanchez, et les incontournables effets pittoresques des percussions que manipulent également Sergio Fernandez et Jorge Alberto Martinez, baryton robuste qui a dû s’accommoder d’une méforme passagère. Les trois chanteuses du plateau dévoilent une légèreté et une fraîcheur sans doute parfois aux limites du format lyrique, mais qui s’inscrit sans peine dans l’enthousiasme d’un divertissement dépassant la muséographie, pour redonner vie à un pan encore méconnu de l’histoire commune entre Europe et Amérique latine. Le cosmopolitisme baroque peut aussi réunir les peuples d’aujourd’hui.

Gilles Charlassier