A Winnenden, dans la banlieue prospère de Stuttgart où l’entreprise Kärcher, l’un des sponsors du Bach Fest 2025, a ses quartiers généraux, Hans-Christoph Rademann interprète les deux cantates également connues comme l’Oratorio de Pâques et celui de l’Ascension.

Successeur du fondateur Helmut Rilling à la tête de la Bach Akademie de Stuttgart depuis 2013, Hans-Christoph Rademann s’est lancé, lors du tricentenaire de l’arrivée de Bach à Leipzig, dans une gravure discographique qui suit chronologiquement l’écriture des cantates que le Cantor a présentées lors de sa première année en poste à Saint-Thomas. Ce projet immersif est une manière de mettre en valeur l’intense phase créative du compositeur, et de révéler la dimension organique dans le développement de ce pan essentiel du patrimoine musical. En s’appuyant sur la tradition dans l’interprétation de Bach qui existe également en Allemagne méridionale, Hans-Christoph Rademann veut mettre l’accent sur le sens des mots, et la manière dont l’accompagnement instrumental le met en valeur. Approfondir la relation entre le texte et la musique révèle alors le pouvoir qu’ont ces partitions d’il y a trois siècles de nous parler encore aujourd’hui. En mai 2025 sort le volume 7 de ce projet First Cantata Year, dont la dynamique se retrouvera dans une prochaine intégrale, également au jour le jour, du troisième cycle de cantates à Leipzig, des années 1725 à 1727.

Cette conception de l’enregistrement, non comme une trace muséographique, mais comme un témoignage de la permanence contemporaine de la vie des partitions, trouve son complément naturel dans le travail de transmission de Hans Christoph Rademann avec les étudiants de la Bach Akademie, réunis dans le JSB Ensemble, que l’on entend dans les deux cantates BWV 249 et BWV 11, connus également sous le titre d’Oratorio de Pâques et de l’Ascension, données en concert dans l’église de Winnenden, ville de la banlieue prospère de Stuttgart où l’entreprise Kärcher, un des soutiens de ce premier Bach Fest, a ses quartiers généraux. Cette vitalité expressive s’affirme dès les accords auguraux de la Sinfonia de Kommt, eilet und laufet, ihr flüchtigen Füsse, portés par l’éclat brillant des trompettes. Sous une direction nourrie d’enthousiasme, le dialogue entre solistes vocaux et instruments fait ressortir le caractère de chacun des airs, telle la sensualité fervente de la soprano prolongée par les arabesques délicates du traverso dans le n°5, Seele, deine Spezereien, tandis que les deux flûtes à bec accompagnent la paisible méditation du ténor – n°7, Sanfte soll mein Todeskummer. Hautbois et basson donnent la réplique à l’impatience de l’âme à s’unir au Christ ressuscité, traduite par la volubilité de l’alto dans le n°9, Saget saget mir geschwinde, avant le retour des trompettes dans le choeur final de louanges.

Dans une construction qui l’apparente davantage aux Passions, avec le récit d’un évangéliste détaillé par un ténor et deux chorals, la cantate BWV 11 retient l’attention par l’intériorité de l’air de l’alto, Ach bleibe doch, dont la musique sera reprise par Bach pour l’Agnus Dei de la Messe en si mineur, selon un principe dit de parodie très courant à l’époque, et qui, sans rien d’une reprise comique, peut s’appliquer aux plus hautes nourritures religieuses. L’autre air, pour soprano, laisse s’épanouir les couleurs instrumentales. Chez Bach, l’Esprit rayonne dans les grandes formes comme dans celles de dimension plus modestes, et l’élan communicatif du chef allemand envers les jeunes pupitres ne manque pas d’être contagieux jusque dans l’écoute recueillie du public. Ce goût du partage et ce relais entre les générations s’entend dans le motet BWV 225 donné en préambule le choeur du JSB Ensemble, sous la houlette de Kathy Saltzman Romey, l’une des professeures de l’académie, qui au fil des années, finit par constituer une sorte de grande famille engagée dans une interprétation vivante de Bach. Un prosélytisme ouvert au monde, ainsi que l’illustre cette première édition de ce Bach Fest nouvelle version à Stuttgart, autour de l’Amérique latine.
Gilles Charlassier