Tosca mis en scène par Silvia Paoli © Bastien Capela

L’épure moderne de Tosca à l’Angers Nantes Opéra

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L’Angers Nantes Opéra met à l’affiche la mise en scène de Tosca d’une intemporelle modernité que Silvia Paoli avait présentée à Nancy et Toulon en 2022. Sous la direction de Clelia Cafiero, les pupitres de l’Orchestre national des Pays de la Loire défendent la réduction de Riccardo Burato, avec l’incarnation saisissante de Myrtò Papatanasiu dans le rôle-titre.

A rebours des évocations plus ou moins historiquement datées – l’intrigue se déroulant à l’époque de l’aventure napoléonienne – avec une générosité dans le décor qui ne s’effraie pas devant le kitsch, l’intrigue se déroulant à l’époque de l’aventure napoléonienne, la Tosca mise en scène par Silvia Paoli s’inscrit dans une scénographie quasi clinique, dessinée par Andrea Belli. Pour tout mobilier, on compte l’estrade du peintre façon chantier au premier acte, une table de dîner solennel sans apparat au deuxième, et un tumulus de morceaux d’échafaudage amoncelés au dernier. Sous les lumières calibrées par Fiammetta Baldiserri, la quintessence du drame réside dans les trouvailles de direction d’acteurs qui s’écartent parfois de la tradition littérale, à l’exemple de la fusillade dont la balle réelle est celle de Spoletta vengeant personnellement la mort de Scarpia. L’ultime défi de Tosca sera de tuer à son tour, depuis le monticule de ruines blafardes, ce shérif crapuleux dans un habile crescendo au diapason de la musique.

Tosca mis en scène par Silvia Paoli © Bastien Capela

Parmi les autres détails signifiants, notons le cruel échange de Cavaradossi avec un geôlier encore plus cupide que vénal, qui prend la bague du condamné sans respecter sa parole de transmettre ses adieux à la femme qu’il aime. Le banquet de robes cardinalices au Palais Farnese évoque la corruption des pouvoirs. La chorégraphie des huit danseurs entoilés d’anthracite, visage inclus, souligne la présence de la police secrète d’une manière peut-être plus appuyée que nécessaire. Quant aux appétits d’ogre sexuel de Scarpia, la duplication sur la diva de la fornication postérieure pratiquée sur une soubrette parasite la fulgurance du baiser du poignard. Mais la fortune par moments diverse du travail théâtral ne trahit jamais l’économie visuelle du spectacle, qui révèle, dans toute sa nudité, voire sa crudité, la tension des émotions – en fin de compte en toute fidélité avec la franchise expressive de Puccini.

Tosca mis en scène par Silvia Paoli © Bastien Capela

Dans le rôle-titre du second cast (dans l’ordre de la chronologie, pas de la qualité), Myrtò Papatanasiu affirme toute la fébrilité des sentiments qui étreint la chanteuse, avec autant de vérité dramatique que d’intégrité vocale, soutenues par un timbre nourri et une belle palette de couleurs. Face à cette sensibilité vigoureuse, Stefano Meo impose, avec la plénitude de ses moyens de baryton et la puissance de son intonation, une présence qui ne recule pas devant une brutalité pulsionnelle accentuée par ses calculs sadiques. Les rôles secondaires sont également bien servis, entre le Sacristain cauteleux campé avec une simplicité gourmande par Marc Scoffoni, le Spoletta mordant de Marc Larcher, au relief certain, le Sciarrone robuste de Pierrick Boisseau et l’Angelotti nerveux de Jean-Vincent Blot. On ne s’attardera pas sur la lourdeur un peu terne du Cavaradossi au format large d’Andeka Gorrotxategi.

Tosca mis en scène par Silvia Paoli © Bastien Capela

Préparé efficacement par Xavier Ribes, le Choeur d’Angers Nantes Opéra est complété par la Maîtrise des Pays de la Loire, tandis que dans la fosse, Clelia Cafiero tire parti de la réduction pour orchestre de chambre commandée à Riccardo Burato, la vitalité dramatique de la partition puccinienne compensant la décantation relative de sa densité originelle. Donné au Théâtre Graslin à Nantes, le spectacle partira ensuite à Rennes, avec, le 8 juin, le désormais incontournable rendez-vous Opéra sur écrans dans les deux régions, Bretagne et Pays de la Loi. Nul doute qu’avec un opus aussi cinématographique que Tosca, les menues réserves de la salle passeront derrière le partage lyrique en plein air réunissant un public large.

Gilles Charlassier