Armida au Haydneum Festival © Haydneum / Pilvax Films

Armida au 3ème Haydneum Festival à Eszterhaza

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La troisième édition du Haydneum Festival fait revivre, en version de concert sous la houlette du directeur artistique György Vashegyi, Armida de Haydn dans le palais des Esterhazy où le compositeur a vécu au service d’une des plus grandes familles de l’aristocratie austro-hongroise de la fin du XVIIIème siècle.

Armida au Haydneum Festival © Haydneum / Pilvax Films

En 1769, le prince Niklaus Esterhazy s’établit à Eszterhaza, aux confins des actuelles Autriche et Hongrie actuelles. La famille, au service de laquelle est entré Haydn huit ans plus tôt, y possède un château que cet aristocrate ami des arts a fait agrandir à partir de 1763 pour un faire palais rococo considéré comme le Versailles hongrois, tant par le prestige associé à la cour que dans le parc et les jardins, qui en sont une copie. Dans ce domaine à l’écart du centre de l’Empire austro-hongrois, et aujourd’hui des métropoles et des grandes voix de communication, le chef György Vashegyi a voulu faire revivre le creuset artistique autour de Haydn, dont, encore de nos jours, la reconnaissance posthume n’est pas à la hauteur du génie et de son importance dans l’histoire de la musique. En plus d’un centre de recherche nourri d’archives, dans une dynamique semblable au Centre de musique baroque de Versailles, le Haydneum a initié depuis 2023 un festival à la fin de l’été, point d’orgue qui lance une saison se développant désormais sur l’ensemble de l’année.

Armida au Haydneum Festival © Haydneum / Pilvax Films

L’ouverture de la troisième édition avec Armida entend faire redécouvrir ce que Haydn considérait comme l’une de ses meilleures oeuvres, dans un genre, l’opéra italien, où le compositeur est souvent mésestimé – les salles ne mettent souvent à l’affiche que quelques ouvrages comiques, confiés généralement à de jeunes chanteurs. Si la dramaturgie n’est pas le point fort de ces opus, la variété de leurs couleurs expressives méritent le détour. Inspiré par le célèbre poème du Tasse, La Jérusalem délivrée, Armida, adapte une histoire déjà portée à la scène par Lully, dans sa dernière tragédie lyrique, sur des vers de Quinault que reprendra Gluck sept ans avant la version du drame par Haydn, avec un livret de Nunziato Porta, en 1784.

Dans la salle qui servait aux concerts, György Vashegyi n’a pas à sa préoccuper des exigences scéniques, et peut librement exalter au fil des airs la richesse presque picturale des tableaux psychologiques et des situations. Sous la baguette de leur directeur artistique, les pupitres de l’Orfeo Orchestra affirment une belle complicité, avec une efficace complémentarité des saveurs orchestrales au goût de l’époque. Avec une belle vitalité narrative, la quête de l’authentique n’a rien de muséal, et la distribution vocale ne le démentira pas.

Armida au Haydneum Festival © Haydneum / Pilvax Films

Dans le rôle-titre, Vasilisa Berzhanskaya déploie toute la palette des sentiments de la magicienne, à travers la richesse et l’ambitus de sa tessiture de mezzo, aussi remarquable dans la présence de graves bien définis que dans une agilité à même de synchroniser la virtuosité de la technique avec celle des émotions. L’évidence des moyens ne ravit pas seulement les amateurs de gosiers, mais aussi ceux de la poésie dramatique, avec une articulation précise du texte et des intentions. Face à cette enchanteresse, Zoltan Megyesi affirme la vaillance de Rinaldo avec non moins de maîtrise. Deuxième ténor du plateau, Attila Varga-Toth assume la vigilance d’Ubaldo venu ramener le chevalier aux arts de la guerre, tandis que le troisième, Léo Guillou-Keredan, se distingue, dans son apparition en Clotarco, par un talent prometteur que l’on attend de découvrir dans des emplois plus amples. Ella Smith fait rayonner une Zelmira plus séductrice que soubrette. Quant à Szylveszter Szelpal, ses interventions éloquentes en Idreno complètent une distribution de solistes engagés, que l’on réentendra ailleurs non sans intérêt. Le Festival du Haydneum remplit ainsi pleinement sa mission de susciter la curiosité du public.

Gilles Charlassier