Le Messie dirigé par Hervé Niquet © Ludivine Ricou

Doublé haendélien au Festival de La Chaise-Dieu

2 minutes de lecture

Après une ouverture avec L’Orfeo, Le deuxième jour du Festival de La Chaise-Dieu met Haendel à l’honneur avec La Resurrezione, confiée à l’ensemble Le Banquet Céleste, et Le Messie dirigé par Hervé Niquet, à la tête du Concert Spirituel.

Le Messie dirigé par Hervé Niquet © Ludivine Ricou

Avec une quarantaine d’opéras, et presque autant d’oratorios, la renommée de la fougue dramatique de Haendel n’est plus à faire. Quand il écrit La Rezurrezione, son premier oratorio, c’est encore un jeune compositeur au cours d’un voyage en Italie qui va nourrir de manière décisive l’évolution de son style. Le livret édifiant de Capece, autour des événements de la vie du Christ entre le Vendredi Saint et le dimanche de Pâques, n’est sans doute pas un modèle d’alacrité théâtrale, et sert d’abord d’écrin à l’expression des cinq protagonistes du récit.

Arianne Venditelli fait chatoyer la piété de Marie-Madeleine, aux côtés des diaphanes accents de l’Ange chanté par Nardus Williams. Paul-Antoine Bénos-Djian révèle en Marie, la femme de Cléophas les qualités de son timbre élégiaque. Thomas Hobbs souligne la fidélité habitée de Jean l’Evangéliste, et Thomas Dolié fait ressortir la vindicte de Lucifer. Sans chef, les pupitres du Banquet Céleste font respirer une belle complicité, qui ne peut s’affranchir d’une certaine prudence dans les tempi et la vitalité du discours. Restent les couleurs et la sincérité expressive de l’ensemble, qui ne peut éviter néanmoins l’inégalité du récit.

Le Messie dirigé par Hervé Niquet © Ludivine Ricou

Le soir, la flamboyance est au rendez-vous avec Le Messie de Haendel. Au-delà de la vigueur intrinsèque de l’oeuvre, qui justifie la différence de traitement des deux opus par la postérité, Hervé Niquet emporte l’adhésion par une maturité et une dramaturgie musicale aboutie. Après le prélude à l’orgue, les premières notes de l’Ouverture engagent d’emblée le spectateur dans une épopée religieuse, avec des attaques nerveuses, et un sens de l’effet consommé – mais dont le chef français sait ici ne pas abuser. Tout au long du concert, l’intensité de la foi haendélienne jaillit avec un irrésistible œcuménisme.

Le Messie dirigé par Hervé Niquet © Ludivine Ricou

Dans la version de 1754 qui a été retenue, la répartition des airs est un peu différente de la mouture première mouture. Magali Simard-Galdès séduit par un babil fruité, plus présent dans le haut de la tessiture de soprano. Pauline Feracci se distingue par une remarquable science musicale qui donne vie à ses reprises et ornementations dans un esprit rappelant parfois les ensembles vocaux britanniques. D’Angelica Monje Torrez, on retiendra d’abord l’homogénéité du timbre. Pierre Derhet magnifie les interventions du ténor avec une justesse dans le style et la déclamation qui pourraient en faire un Evangéliste intéressant dans les Passions de Bach. Quant à Andreas Wolf, son baryton-basse robuste n’oublie pas les élans opératiques distillés par Haendel dans une partition qui fait la part belle aux choeurs, et que les effectifs du Concert Spirituel font vivre avec l’enthousiasme de leur chef. Plutôt que la perfection plastique, c’est la ferveur musicale que fait rayonner ce Messie, contagieuse jusque dans le public.

Gilles Charlassier