Le 59ème Festival de la Chaise-Dieu s’ouvre dans l’Abbatiale Saint-Robert par L’Orfeo de Monteverdi, avec l’ensemble Les Epopées sous la direction de Stéphane Fuget, et une mise en images de Benoît Bénichou.

Ouvrir le Festival de la Chaise-Dieu avec L’Orfeo, le premier ouvrage de l’histoire de l’opéra, n’est pas seulement un symbole. Par sa dramaturgie poétique et décantée, la favola in musica de Monteverdi peut se passer d’une mise en scène traditionnelle et s’adapter aux contraintes d’une scène ecclésiastique. C’est le pari que Boris Bianco, le directeur artistique du légendaire rendez-vous altiligérien, a lancé à Benoît Bénichou.
L’ancien chanteur s’est appuyé sur la vidéo pour animer les murs et les vitraux du chœur de l’Abbatiale Saint-Robert au fil de l’intrigue mythologique. C’est dans le célèbre Jardin des délices de Bosch qu’a été puisée l’iconographie des projections, l’innocence pastorale du Paradis terrestre et les créations tératogènes de l’Enfer formant une dialectique idéale au parcours du poète antique allant chercher son épouse dans le royaume de Pluton. Les jeux de lumière, transposant les effets de grisaille des panneaux extérieurs du retable sur les croisées d’ogive, ajoutent une touche de spiritualité au diapason de la musique. Cette tapisserie visuelle est scandée par des rideaux reprenant celui du Palais Garnier, donnant, avec le rouge du mobilier de scène, un côté soirée de gala lyrique peut-être dispensable sur les hauteurs auvergnates.

Le dispositif illustratif n’interfère pas cependant de manière dommageable avec la partition, introduite, comme il se doit à La Chaise-Dieu, par une improvisation sur le grand orgue, habilement tissée comme l’antichambre de la Toccata ouvrant l’opéra. Dans le rôle-titre, Juan Sancho met l’accent sur la déclamation et la vérité du sentiment, privilégiant ainsi les racines théâtrales de l’opéra à l’artifice de l’hédonisme vocal. A cette incarnation d’une puissance évidente répond la fraîcheur rayonnante de Juliette Mey en Musica et Euridice. En Proserpina et Ninfa, Claire Lefilliâtre assume ce contraste des affects porté par une sensibilité à la force du verbe. A cette concentration dramatique rend également justice Isabelle Druet dans les interventions de La Messagiera et Speranza.

La solide basse Luigi De Donato fait résonner l’autorité de Plutone et Caronte, en plus de quelques répliques d’un berger et d’un esprit. Si le berger du contre-ténor de Paul Figuier se distingue par la fluidité de l’intonation, Marco Angioloni chante Apollon, un berger et un esprit autant avec les mains qu’avec ses cordes vocales de ténor clair et agile. A Vlad Crosman reviennent les apparitions d’Eco, d’un berger et troisième des quatre esprits dont le dernier est dévolu à Samuel Guibal.
A la tête de son ensemble Les Epopées, qu’il dirige du clavecin et de l’orgue, Stéphane Fuget calibre les couleurs et les élans de l’opus de Monteverdi avec une discrète retenue qui met en valeur une appréciable intelligence du texte chanté. Ce feu d’artifice expressif se prolonge, sur le parvis, avec une pyrotechnie sur et au-dessus de la façade de l’abbatiale, un cadeau qui depuis trois ans et l’arrivée de Boris Bianco, marque de manière festive l’ouverture du Festival de la Chaise-Dieu dans son foyer baptismal.
Gilles Charlassier
