"JOB, le procès de Dieu" La Cité Bleue Genève ©Giulia-Charbit

A la Cité Bleue à Genève, l’opéra de Michel Petrossian « Job , le Procès de Dieu » interroge le mal

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Il y a un an, la Cité Bleue Genève voyait le jour sous la direction générale et artistique du chef d’orchestre Leonardo Garcia Alarcon, musicien déjà bien connu en tant que directeur artistique et musical de l’ensemble Cappella mediterranea. Depuis son ouverture, la Cité Bleue peut se prévaloir de cinq créations, dont Job, Le Procès de Dieu — première œuvre dans le domaine de la musique contemporaine — signée Michel Petrossian (livret et musique), créée le mardi 10 juin 2025.

Tout commence avec l’Artsakh (Haut-Karabagh), dont la population autochtone a été entièrement expulsée de ses terres historiques en 2020. Michel Petrossian, compositeur, mais aussi écrivain et essayiste, avait livré il y a quelques années un témoignage littéraire de cette catastrophe, une œuvre à la fois narrative et musicale. Ce témoignage, Chant d’Artsakh, publié aux Éditions de l’Aire, a reçu le Prix littéraire de l’Œuvre d’Orient en 2022.

L’opéra Job, Le Procès de Dieu est le fruit de la rencontre entre cette expérience spirituelle et mémorielle et le Livre de Job.

Que nous dit, en substance, ce poème biblique, dont on ignore l’auteur et la date exacte d’écriture ? Job est un homme intègre et droit. Mille épreuves s’abattent sur lui : perte de sa famille, de sa fortune, de sa santé… N’ayant commis aucune faute pouvant justifier ses malheurs, Job ne comprend pas pourquoi il doit subir un tel désastre. Malgré tout, il reste fidèle à Dieu. En exprimant, in fine, sa confiance totale et inébranlable en l’Éternel, il retrouve la santé, le bonheur et la prospérité.

Job, le procès de Dieu à la Cité Bleue Genève © Giulia Charbit

Au cœur de l’ouvrage écrit et composé par Michel Petrossian se trouve donc l’idée même de la souffrance injuste… d’où ce procès intenté à Dieu.

À cette souffrance, nul vade-mecum n’est proposé : la figure de Job nous renvoie à nous-mêmes, car la réponse à la question posée est en nous, sous le regard exigeant mais aimant du Rédempteur.

Pour en faire un objet lyrique, un opéra, le compositeur a observé que le Livre de Job entretenait de nombreux liens avec le récit de la Création dans la Genèse. C’est pourquoi il a structuré son ouvrage en huit tableaux, reprenant le schéma de la Création, avec une journée supplémentaire dédiée à l’espérance.

Fabien Hyon dans Job, le procès de Dieu à la Cité Bleue Genève © Giulia Charbit

Sur cette trame, Michel Petrossian a construit un opéra de chambre en un prologue et huit tableaux (déclinés en 24 scènes), d’une durée d’1h30, reposant sur un petit ensemble de huit solistes. Tous, sauf « Job », interprètent plusieurs rôles et participent aux chœurs, qui ponctuent l’action à la manière des chœurs antiques.

Le compositeur a opté pour une musique plurielle et mouvante, mêlant formes contemporaines, baroques et traditionnelles. Côté vocal, aucune convention : un chant libre, psalmodié, déclamé, parfois arrogant (notamment pour « Satan », l’un des protagonistes du procès), parfois intérieur, plaintif, inquiet ou explosif.

Job, le procès de Dieu à la Cité Bleue Genève © Giulia Charbit

Tous les chanteurs sont à saluer pour leur implication. On retiendra particulièrement les incarnations marquantes de « Job », porté par le magnifique Fabien Hyon ; de « Satan » (et « Bilda ») par Mathilde Ortscheid ; sans oublier Ugo Rabec, au timbre solennel, dans le rôle de Dieu.

Dans la fosse, un orchestre de onze musiciens où se côtoient instruments classiques, baroques (comme le théorbe), traditionnels (notamment le qanoûn) et un accordéon, magistralement tenu par Vincent Lhermet. Le jeune chef Léo Margue coordonne l’ensemble avec une précision millimétrée.

Léo Margue dirigeant Job, le procès de Dieu à la Cité Bleue Genève © Giulia Charbit

L’univers musical est porté par la mise en scène d’Anaïs de Courson, qui installe un abîme d’isolement et de solitude, d’où surgissent, par instants fulgurants, des visions de la guerre en Artsakh en 2020.

Les chanteurs évoluent entre deux vallons — dont l’un évoquerait peut-être le mont Ararat, cher au cœur arménien — dans une pénombre qui aurait parfois gagné à être dissipée, afin de mieux souligner les tensions de ce drame sacré, qui évoque autant une tragédie de Racine qu’une pièce de Beckett mise en musique.

Michel Petrossian affirme clairement son ambition : « redonner à la musique une fonction rituelle, « religieuse » au sens littéral du mot latin — relier les êtres entre eux, dans ce qui les dépasse ».

En marge de la seconde représentation de Job, Le Procès de Dieu, Michel Petrossian nous confiait considérer son œuvre comme « le premier opéra protestant ». On pourrait ajouter qu’il était tout naturel qu’un tel ouvrage voie le jour à Genève, Citadelle de la Réforme…

 


Job, le procès de Dieu

Opéra de chambre en un prologue et huit tableaux
La Cité Bleue Genève, le 11 juin 2025

Michel Petrossian, composition et livret

Léo Margue, direction musicale
Felix Ramos, assistant à la direction musicale, pianiste – chef de chant

Anaïs de Courson, mise en scène
Antoine Dupuy Larbre, assistant mise en scène

Andréa Baglione, scénographie
Jérémie Papin, lumières
Jérémie Scheidler, vidéo
Valentine Sole, costumes

Solistes et chœur

Gloria Tronel, Yemimah, Femme de Job, Eliha, chœur
Mathilde Ortscheidt, Le Satan, Bilda, Troisième Messager, chœur
Fabien Hyon, Job, chœur
Halidou Nombre, Eliphaz, Deuxième Messager, chœur
Ugo Rabec, Dieu, Tsophar, Quatrième Messager, chœur
Emmanuelle Ifrah, Premier Messager, chœur soprano
Marie-Juliette Ghazarian, chœur mezzo-soprano
Alexia Macbeth, chœur alto

Orchestre

Aurélie Gallois, violon
Hans Egidi, alto
Martina Brodbeck, violoncelle
Luca Innarella, contrebasse
Caroline Delume, théorbe/guitare
Azra Ramic, clarinette
Maruta Staravoitava, flûte traversière
Liselotte Emery, flûtes à bec et cornets
Vincent Lhermet, accordéon
Meri Vardanyan, qanoun
Sébastien Cordier, percussions

Figurants

Eulalie Turbet (11 et 13 juin), Lucia García Flores (10 et 14 juin)

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.