KKL (C) Manuela Jans/ Lucerne Festival
KKL (C) Manuela Jans/ Lucerne Festival
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Curiosité triomphante à Lucerne par le Philharmonique de Vienne : « Une vie de héros »

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Héritage culturel de 85 ans, le Festival de Lucerne a, une fois de plus, attiré des amateurs de musique classique du monde entier sur les rives du lac des Quatre-Cantons, grâce à une distribution et à une programmation de premier ordre (le mot-clé de cette année était « curiosité »).

Le Festival de Lucerne est à la musique symphonique ce que le Festival de Salzbourg est à l’opéra. Ainsi, la Suisse et l’Autriche partagent un riche patrimoine de musique classique. Début septembre à Lucerne, le soleil illumine encore le lac des Quatre-Cantons. Une douceur s’y dégage et apaise le corps et l’esprit tandis que la musique symphonique émanant du KKL de Lucerne, dont l’acoustique figure parmi les meilleures du monde, exalte et revitalise l’âme.

Un attachement indéfectible à la tradition et à son autonomie

Avec le Philharmonique de Berlin, le Philharmonique de Vienne se trouve au sommet des plus grands orchestres du monde. Le son chaleureux et lumineux de leur concert du Nouvel An, retransmis en direct à travers le monde, est une signature sonore immédiatement reconnaissable. Fondé en 1842, l’Orchestre philharmonique de Vienne est réputé pour son attachement indéfectible à la tradition et son autonomie. Ses membres choisissent eux-mêmes leurs chefs invités et créent leurs propres programmes de concert. Pour rejoindre l’Orchestre philharmonique de Vienne, il faut avoir au moins trois ans d’expérience en tant que musicien à l’Opéra de Vienne.

L’Orchestre Philharmonique de Vienne s’est produit pour la première fois en dehors de Vienne en 1877, lors du festival de Salzbourg, puis en 1900, sous la direction de Gustav Mahler, lors de l’Exposition universelle de Paris. Le lien avec Lucerne a été établi en septembre 1957, lorsqu’il a participé au Festival de Lucerne en interprétant des œuvres de Schumann, Barber et Beethoven sous la direction de Dimitri Mitropoulos.

(c) Wiener Philharmoniker / Benedikt Dinkhauser
(c) Wiener Philharmoniker / Benedikt Dinkhauser

Une vie de héros (Ein Heldenleben), op. 40 – Les conflits intérieurs du compositeur

Le jeu d’archet, quelque peu prudent, des instrumentistes à cordes dans la 3e Symphonie de Mendelssohn, « Ecossaise », est devenu plus audacieux dans Une vie de héros de Richard Strauss, qui déploie une dramaturgie sonore considérablement amplifiée. Ce poème symphonique reflète la curiosité du compositeur pour son environnement, à une époque où ce dernier prenait conscience de sa mission en tant qu’artiste.

Une Vie de héros nous renvoie au conflit intérieur du jeune compositeur à travers la lutte du héros. Il est important de noter qu’ici – le titre original du compositeur est « Le Héros et le monde » – le héros, n’est pas une figure d’autosatisfaction, mais plutôt un personnage qui lutte avec son environnement au fil de l’œuvre. Et cette lutte du héros constitue une métaphore du combat intérieur que mène l’artiste et qu’exprime sa musique.

Strauss ne dissimule pas l’influence de Wagner ; l’harmonie de l’opéra Tristan und Isolde résonne clairement dans Une vie de héros. On peut également sentir l’influence de Beethoven : Strauss adopte la même tonalité que celle de la Symphonie héroïque (mi bémol majeur). Bien que les six sections distinctes soient étroitement liées, l’œuvre peut aussi être comprise comme une grande sonate en quatre mouvements, ce qui laisse également percevoir l’influence de la sonate pour piano de Franz Liszt.

(c) Wiener Philharmoniker / Benedikt Dinkhauser
(c) Wiener Philharmoniker / Benedikt Dinkhauser

Un récit autobiographique porté par une intensité dramatique

Le signal de fin de l’entracte sonne. Christian Thielemann entre en scène aussitôt. Dès qu’il lève sa baguette, l’orchestre frappe la première note. Le son est quelque peu brut et inattendu, une ouverture qui capte immédiatement l’attention. La narration se déploie avec une intensité dramatique, typique d’une phalange maîtrisant aussi bien l’opéra que la scène symphonique. Le violon solo, au centre de cette fresque sonore, incarne le héros avec un timbre à la fois dense et raffiné. Les cuivres et les cordes s’harmonisent, créant un tableau vibrant où chaque instrument apporte sa voix unique, oscillant entre puissance et délicatesse, transportant le public dans un monde d’émotions intenses. Le portrait de l’alter ego au féminin du héros est lui aussi dépeint par le violon solo aux sonorités délicates et exquises. En fait, ce portrait n’est autre que celui de Pauline de Ahna, l’épouse du compositeur.

Une trompette, située à l’arrière de la scène, évoque le champ de bataille dans lequel évolue le héros, tandis que la baguette de Thielemann confère à cette scène âpre une tension avant-gardiste. La dernière section de l’oeuvre apporte une conclusion puissante et claire. Tous les thèmes introduits par Strauss resurgissent dans cette section finale, culminant en une apothéose sonore. Audacieux et doté d’un large spectre sonore, le Philharmonique de Vienne, sous la direction de Christian Thielemann, a offert au public une expérience de transcendance collective.

 

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni