La Force du Destin mis en scène par Yannis Kokkos ©Marc Ginot

Ouverture de saison verdienne à Montpellier avec La Forza del destino

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L’Opéra national Montpellier Occitanie ouvre la première saison du nouveau directeur musical, Roderick Cox, avec une production sobre de La Forza del destino signée par Yannis Kokkos, et portée par un beau plateau vocal.

La Force du Destin mis en scène par Yannis Kokkos ©Marc Ginot

Créé en 1862 à Saint-Petersbourg et repris sept ans plus tard pour La Scala de Milan, le vingt-quatrième opéra de Verdi, La Forza del destino, est présent de manière assez irrégulière sur les scènes. Inspiré, comme Le Trouvère, par un drame romantique espagnol maniant l’épée et l’honneur, le livret privilégie la force des émotions à la vraisemblance – même si le remaniement du texte y a prêté un peu plus d’attention – dans une succession un peu alambiquée de tableaux contrastés. Le mérite du spectacle de Yannis Kokkos est de ne pas compliquer l’intrigue avec des expérimentations herméneutiques. Le travail du metteur en scène grec est connu depuis un demi-siècle. Sa conception de décorateur installe les atmosphères, parfois sous un plan incliné réflechissant que l’on avait par exemple applaudi dans Les Troyens au Châtelet en 2003. Baigné par les lumières, souvent nocturnes, tamisées de Giuseppe di Iorio et habillé par les projections vidéos de Sergio Metalli, le plateau suggère un corridor ténébreux, la retraite d’un monastère, l’ambiance d’une auberge au milieu des batailles, un carton-pâte urbain ravagé par la guerre, ou encore un cauchemar tapissé par des reproductions d’Ensor – peintre belge disparu il y a tout juste soixante-quinze ans, aux carnavals hallucinés parfois évocateurs de Munch.

La Force du Destin mis en scène par Yannis Kokkos ©Marc Ginot

Dans cet écrin visuel efficace et illustratif se distingue une distribution de belles personnalités vocales. Rôle central du drame, Leonora est incarnée avec une sensibilité vibrante par Yunuet Laguna, dont le timbre nourri, dans le medium comme dans le haut de la tessiture, magnétise les tourments du personnage. Amadi Lagha impose un éclat impétueux en Alvaro, qui se départit au troisième acte du stéréotype du ténor exposé lors de son entrée en scène. Le robuste Stefano Meo souligne la noirceur rancunière de Carlo, avec une évidente carrure de baryton verdien.

Si certaines apparitions secondaires sont assurés par des membres du Choeur de l’Opéra national Montpellier Occitanie, préparé par Noëlle Gény, et complété par les pupitres du Choeur de l’Opéra de Toulon, l’ensemble remplissant honorablement l’office expressif qui lui est dévolu, les rôles de caractère ne sont pas négligés. Face à l’autorité onctueuse du Père Guardiano du solide Vagzen Gazaryan, Leon Kim campe un savoureux Melitone, tandis que les deux numéros de Preziosilla sont interprétés par Eléonore Pancrazi avec un engagement aussi juste que la couleur théâtrale de la mezzo française. Plus que les répliques du Marquis de Calatrava sonnant un peu émérites avec Jacques-Greg Belobo, on retiendra l’élan prometteur de Yoann Le Lan en Trabuco et la légèreté du Curra de Séraphine Cotrez.

La Force du Destin mis en scène par Yannis Kokkos ©Marc Ginot

Mais l’événement de la production tenait aussi à la direction Roderick Cox, le nouveau chef de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Doué d’un charisme qui s’épanouit plus spontanément en concert, l’Américain met en valeur les couleurs de la partition dès la célèbre Ouverture, dans les introductions instrumentales ou encore les pages de ballet. Pour n’être pas nouveau et l’avoir affronté dans la maison languedocienne dans Rigoletto et La Bohème, le travail de la fosse offre encore un large champ d’approfondissement pour l’une des baguettes les plus prometteuses de la nouvelle génération.

Gilles Charlassier