Orlinski
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Début de la tournée « Let’s BaRock » de Jakub Józef Orliński à Amsterdam

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À l’heure où la musique classique s’efforce de se réinventer pour séduire de nouveaux publics, Jakub Józef Orliński débarque avec une énergie rafraîchissante qui électrise le Concertgebouw d’Amsterdam. Accompagné par un ensemble talentueux — Aleksander Dębicz au piano, Wojciech Gumiński à la basse, et Marcin Ułanowski à la batterie — il s’engage dans une performance où les frontières du baroque se dissolvent dans les rythmes contemporains. Cette tournée qui a débuté aux Pays Bas, se poursuivra à la Philharmonie de Berlin, suivie de dates en Pologne et d’un passage à Paris en 2025.

 

Dès que l’on franchit les portes de la salle, une énergie vibrante envahit l’espace. On y retrouve un public jeune et stylé, loin des clichés des habitués d’un lieu aussi prestigieux que le Concertgebouw.

Orliński descend le célèbre escalier de la scène et, en véritable pop-star du classique, lance un chaleureux « How are you, guys? » (« Comment ça va, les gars ? »). Pendant ce temps, le public, encore désorienté, s’efforce de retrouver ses repères dans cette atmosphère inédite, illuminée de rouge et de vert, où les amplis sur scène annoncent déjà un programme résolument audacieux.

Le contre-ténor fascine dès la première note avec sa voix pure et ample, soutenue par une technique infaillible et un italien impeccable. Pendant l’interprétation contemporaine de Alla gente a Dio diletta tiré de Il Faraone Sommerso de Francesco Nicola Fago, on en oublierait presque que cet oratorio date de 1709, tant la modernité de l’arrangement nous transporte. Seul l’italien ancien des vers, sous-titré en anglais et néerlandais, nous rappelle le caractère séculaire de la pièce.

Orliński semble anticiper les réactions et lâche : « Je sais que ce spectacle est différent et n’est pas pour tout le monde. » À cet instant précis, quelques spectateurs quittent discrètement la salle, peut-être en quête de quelque chose de plus traditionnel. Cependant, au fil de la soirée, l’atmosphère se détend, tandis qu’Orliński et Dębicz se relaient pour présenter les morceaux, partageant avec nous la genèse de ce projet novateur.

Dębicz, Gumiński et Ułanowski ne se contentent pas de soutenir Orliński : ils sont des complices, insufflant légèreté et humour à chaque instant. Dębicz joue avec une virtuosité décontractée, Gumiński groove subtilement à la contrebasse, et Ułanowski ajuste à chaque fois le rythme et l’intensité avec une précision inouïe. Ensemble, ils créent une véritable camaraderie musicale, agrémentée d’improvisations qui capturent pleinement l’esprit du baroque.

Le répertoire oscille entre Purcell, Monteverdi, Händel et les compositions de Dębicz, sans oublier Prząśniczka, une mélodie de Stanisław Moniuszko basée sur un poème de Jan Czeczot. Hymne officiel de la ville de Łódź, il raconte l’histoire d’une jeune femme cherchant consolation dans les bras d’un autre après le départ de son fiancé. Dębicz accompagne cette narration avec un piano descriptif, rappelant par moments Gretchen am Spinnrade de Schubert, voire le Summ und brumm de Der Fliegende Holländer de Wagner.

La complicité entre les artistes et le public ne cesse de croître. Juste avant d’interpréter Vedrò con mio diletto de Vivaldi, Orliński ose un défi : « Si vous connaissez cette chanson, chantez-la ! » L’audience, ravie, applaudit et rit, mais se contente de suivre le rythme avec les pieds ou par des hochements de tête, sans toutefois entonner la mélodie.

Plus qu’une simple performance, ce concert se présente comme un appel au renouveau : Orliński incarne une génération qui joue avec les conventions, refuse de se laisser enfermer dans des étiquettes figées et explore avec audace de nouveaux territoires artistiques.
Qualifié de « breakdancer à la voix d’ange »,  il prouve que la musique classique peut être à la fois sérieuse et joyeuse, technique et accessible. Le concert conquiert à la fois les néophytes et les puristes, grâce à une qualité musicale irréprochable. « We want to have fun, » (« On a envie de s’amuser ») répète le chanteur, et il est clair que ce plaisir est partagé sur scène comme dans la salle.

Dans cette dynamique, on ne peut qu’espérer que l’effervescence suscitée par Orliński inspire ses fans à découvrir des concerts plus traditionnels, enrichissant ainsi leur expérience musicale.

Parallèlement à sa formation en chant lyrique et en hautbois, Cinzia fréquente l'Académie des Beaux-Arts puis se spécialise en communication du patrimoine culturel à l'École polytechnique de Milan. En 2014 elle fonde Classicagenda, afin de promouvoir la musique classique et l'ouvrir à de nouveaux publics. Elle est membre de la Presse Musicale Internationale.