Bertrand Chamayou sur le Parvis de la Basilique Saint-Michel au Festival de Menton © DR

Festival de Menton (1) : trois jeunes talents du concours Chopin

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La 76ème édition du Festival de Menton propose deux concerts Jeunes Talents Yamaha au Palais de l’Europe. Le second, le 30 juillet, en fait entendre trois dans quelques grandes pages du compositeur polonais, le Concerto n°2 étant donné à deux pianos avec Michal Szymanowski.

Parvis de la Basilique Saint-Michel au Festival de Menton © DR

La légende du Festival de Menton ne s’écrit pas seulement avec les grands noms d’aujourd’hui. Depuis qu’il en a pris la direction artistique en 2013, Paul-Emmanuel Thomas s’attache également à mettre en avant les talents de demain. Sans concurrencer le foisonnement plus ou moins exhaustif d »autres rendez-vous dédiés au clavier, les deux concerts Jeunes Talents Yamaha, conçus avec le soutien de la célèbre firme japonaise, présentent six des candidats parmi les plus prometteurs du prochain Concours Chopin de Varsovie, dans un programme entièrement consacré au maître franco-polonais.

Kwanwook Lee ouvre le second de ces deux rendez-vous au Palais de l’Europe avec Sonate n°2 en si bémol mineur op. 35. Le soliste sud-coréen s’appuie sur le contraste entre la tension dramatique des accords auguraux du premier mouvement et la section centrale plus chantante. Ce même équilibre se retrouve dans le Scherzo, avant une Marche funèbre tournée vers une intensité expressive à la sincérité cependant assez conventionnelle. Joué comme un précipité des thèmes de la partition réduits à l’état de traces, le perpetuum mobile finale trouve ici une appréciable lisibilité, à l’image d’une interprétation plutôt soignée, mais contrainte par une certaine prudence académique.

Dès la Ballade n°4 en fa mineur op. 52, Andrej Wlercinski se distingue par son instinct du style et une indéniable maturité musicale. La maîtrise du rubato confère à la fluidité mélodique une souplesse et une élégance de salon romantique, dénuée cependant de toute afféterie. On retrouve dans ce raffinement ce qui devait séduire le public de l’époque – et a fortiori les spectatrices. Dans ce mélange entre allant et retenue, ce sens du phrasé, jusque dans ses menues inflexions, nourrit la compréhension profonde de ce célèbre chef-d’œuvre. Une légère nonchalance peut parfois colorer le Scherzo n°4 en mi majeur op.54 qui lui est contemporain. Mais la volubilité soyeuse du toucher magnifie les modulations lumineuses de la pièce, qui forme dans le programme miniature du jeune soliste un diptyque complémentaire et un condensé de l’art de Chopin dont il possède déjà une science remarquable. Andrej Wlercinski est certainement un nom à suivre.

L’entrée d’Eva Strejcova est marquée par une assurance moindre. Épaulée par Michal Szymanowski, lauréat de nombreux concours, qui a préparé les candidats invités à Menton et assure la partie orchestrale transcrite pour un deuxième piano du Concerto n°2 en fa mineur op.21, la Tchèque noue un dialogue sans heurt avec son tuteur. Le lyrisme du Maestoso, plus évident dans le second thème, se confirme dans un Larghetto non dénué de chaleur, sans doute le moment où la pianiste a le mieux le loisir de révéler sa personnalité encore un peu à l’état de chrysalide. Le finale fusionne les interventions du soliste et du tutti dans une coda pleine de vitalité et de fraîcheur, qui ne démentira pas les contraintes de cette version chambriste à deux piano où la hiérarchie concertante peut être émoussée, mais vraisemblablement pas le plaisir de l’auditeur.

Gilles Charlassier