Gautier Capuçon et l'Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort sous la direction d'Alain Altinoglu © FIC – Bertrand Schmitt

Festival international de Colmar (1) : Magistrale ouverture avec Alain Altinoglu et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort

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L’édition 2025 du Festival international de Colmar, la troisième sous la direction d’Alain Altinoglu, s’ouvre avec le retour de l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort, sous la baguette du chef français. Le programme dépasse les clivages entre les répertoires, en associant Dvorák et Stravinsky avec la première alsacienne du Concerto pour violoncelle n°2 de Thierry Escaich, sous les doigts de Gautier Capuçon, qui avait créé l’œuvre en 2023.

Gautier Capuçon et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort sous la direction d’Alain Altinoglu © FIC – Bertrand Schmitt

Deux ans après avoir inauguré son mandat à la tête du Festival international de Colmar avec l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort dont il a pris la direction en 2021, Alain Altinoglu revient avec la phalange allemande pour l’ouverture de l’édition 2025. Les liens tissés avec le public alsacien l’autorisent à présenter un programme sortant des sentiers battus. D’une modernité étonnante et souvent jugées austères, les Symphonies d’instruments à vent que Stravinsky conçut en hommage à Debussy, deux ans après la mort du maître français, se nourrit de recherches sur les traditions orthodoxes, revisitées dans des scansions harmoniques plus proches de l’épure wébernienne et des explorations sérielles de la dernière période créatrice de l’auteur du Sacre du printemps que des chatoiements impressionnistes. Sans trahir l’économie expressive de cette partition d’une dizaine de minutes, Alain Altinoglu fait ressortir avec clarté et naturel la juxtaposition des épisodes sonores, d’une procession aux allures de choral à l’autre, en passant par des échos mordants entre les pupitres de bois et de cuivres.

Cette alchimie entre intelligence et sensibilité instinctive se retrouve au service d’une page contemporaine. Créé au Gewandhaus de Leipzig en mars 2023, et joué pour la première fois en France à la Philharmonie de Paris un mois plus tard, le Concerto pour violoncelle n°2 « Les Chants de l’aube » de Thierry Escaich, au titre hugolien, développe une véritable puissance évocatrice, au fil de trois mouvements reliés par deux cadences solistes d’une belle intériorité poétique et remarquablement écrit pour l’instrument. Aux ondulations contrastées de l’augural Des rayons et des ombres, avec ses textures picturales, succède le lyrisme un peu prolixe du Rivage des chants.

Gautier Capuçon et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort sous la direction d’Alain Altinoglu © FIC – Bertrand Schmitt

La vélocité quasi cinématographique de la Danse de l’Aube renoue avec une forme plus ramassée. Les rythmes syncopés du motif structurant ce mouvement perpétuel peut évoquer le célèbre générique de la série Mission impossible, en un clin d’œil circonstanciel à la disparition récente de Lalo Schifrin. L’irrésistible vitalité de ce finale, où l’on peut retrouver l’étourdissante virtuosité de Tout un monde lointain de Dutilleux, achève de rendre communicatif l’enthousiasme de Gautier Capuçon qui considère déjà, et non sans raison, Les Chants de l’aube comme l’un des grands concertos pour violoncelle du répertoire. En bis un peu improvisé, le soliste français interprète, accompagné par le chef au piano, Après un rêve de Fauré, avec une fluidité franche, à rebours du raffinement un peu apprêté des salons musicaux français du XIXème siècle.

Gautier Capuçon et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort sous la direction d’Alain Altinoglu © FIC – Bertrand Schmitt

Après l’entracte, la Symphonie n°9 en mi mineur opus 95 de Dvorák est interprétée avec un même élan contagieux. Soulignant le grondement romantique de l’introduction Adagio, Alain Altinoglu fait chatoyer les couleurs poétiques de l’Allegro molto où les paysages du Nouveau Monde semblent se confondre avec ceux de Bohème. Après la tendresse pastorale du Largo, magnifiée dans les nuances presque évanescentes de la section centrale du mouvement, le Scherzo exalte une vigueur que ne démentira pas le légendaire finale Allegro con fuoco. La robustesse des tutti n’écrase pas le soin dans l’éclairage des pupitres, avec une mention particulière pour la tonicité soyeuse des cordes. Cette gourmandise pour la sonorité orchestrale se confirme dans l’iconique Danse slave n°2 opus 72, non avare d’effets prolongeant le sourire de la baguette. Une jubilatoire ouverture de festival !

Gilles Charlassier