Georges Bizet
Georges Bizet

Georges Bizet à l’honneur en clôture du 12 ème Festival Palazzetto Bru Zane Paris

3 minutes de lecture

Les organisateurs du Festival « Palazzetto Bru Zane Paris – Centre de musique romantique française » ont été bien inspirés — en écho au 150ᵉ anniversaire de la disparition de Georges Bizet — de consacrer une partie non négligeable de cette 12ᵉ édition (du 24 mai au 2 juillet 2025) à l’auteur de Carmen. Un « Gala Bizet » à l’Auditorium de Radio France le 2 juillet mettait la note finale à cet événement.

Après avoir donné en mai et juin L’Arlésienne et Le Docteur Miracle de Georges Bizet au Théâtre du Châtelet à Paris, des mélodies de ce même compositeur le 10 juin à la « Cité de la musique » et, enfin, une soirée à la « Seine Musicale » le 14 juin, Bizet, So French !, les oreilles mélomanes et amoureuses de Bizet se tournaient vers la maison de Radio France, heureuses de voir fêter ce grand compositeur par notre radio nationale, et surtout par son orchestre prestigieux.

Ce concert, qui associait les forces du Palazzetto et de Radio France, était composé d’une première partie lyrique construite autour d’airs et d’un duo, extraits de l’opéra de Bizet Les Pêcheurs de perles, d’airs et d’un duo extraits de Don Carlos, opéra de Giuseppe Verdi. La soirée se poursuivait avec la désormais fameuse Symphonie en ut de Georges Bizet.

Si ce concert, qui débutait par l’ouverture de l’opéra Mignon d’Ambroise Thomas, a rendu hommage à Georges Bizet de fort belle manière, c’est d’abord, et surtout, par l’interprétation particulièrement réussie de la Symphonie en ut de Bizet.

John Osborn

De fait, la « partie lyrique » de la soirée nous a un peu laissés sur notre faim et, pour tout dire, n’a pas entraîné notre pleine adhésion. Le remarquable ténor américain, familier de la musique française, ne nous a pas convaincus dans ce répertoire ô combien flamboyant de « Nadir » dans Les Pêcheurs de perles, et plus particulièrement dans l’aria mythique Je crois entendre encore.

Cette musique ne supporte pas une projection un peu entravée, des aigus comme engourdis. Certes, la musique est là, mais l’âme, la vibrance font souvent défaut. Son partenaire, le baryton Alexandre Duhamel, s’il est beaucoup plus à l’aise tant dans son air que dans le duo, ne parvient pas à nous convaincre pleinement. Le fameux duo Au fond du temple saint, un des sommets du grand opéra français, ne tient pas tout à fait ses promesses.

Alexandre Duhamel

Le passage à Verdi (Don Carlos) redonne des couleurs à nos deux interprètes qui se révèlent beaucoup plus à l’aise dans cette musique. Qu’il s’agisse de leur interprétation de la cavatine Je l’ai vue chantée par John Osborn, ou de l’air Carlos, écoute (Rodrigue) chanté par Alexandre Duhamel, les deux solistes ont été nettement plus convaincants. Le duo Le voilà, c’est l’Infant… Dieu, tu semas dans nos âmes est une réussite. Soutenus par un orchestre puissant et maîtrisé (superbes cordes), nos deux interprètes ont bien achevé, avec talent, la partie lyrique de ce concert.

L’histoire est connue, mais on ne se lasse pas de la rappeler. Composée par Georges Bizet à l’âge de dix-sept ans, considérée alors par son auteur comme un simple exercice de style, ce « bijou symphonique » qu’est la Symphonie en ut ne fut jamais jouée de son vivant. Il a fallu attendre 1935 pour que, découverte dans un legs du compositeur Reynaldo Hahn au Conservatoire de Paris, elle stupéfie ses premiers auditeurs par sa beauté tranquille, l’empreinte du génie de celui qui avouait que le théâtre l’intéressait plus que la symphonie : coup d’essai, coup de maître !

Bertrand de Billy

Comprenant quatre mouvements, l’ouvrage est un enchantement. Tour à tour primesautière et mélancolique (le chant du hautbois), très mozartienne, telle est la musique du premier mouvement. Le suivant, poétique et frémissant, est aussi élégiaque ; il impose au chef Bertrand de Billy de déposer la baguette et de poursuivre la direction de l’œuvre à mains nues. Le chant du hautbois ravit encore. Après un scherzo triomphant et bref, place, dans le dernier mouvement, à une sorte de fête au village, fanfaronne et pastorale. Bizet se révèle, dès son plus jeune âge, un très grand orchestrateur.

C’est un plaisir d’écouter, tout en implication, l’Orchestre National de France interpréter une telle œuvre. Tous les pupitres sont à féliciter, notamment pour la joie qu’ils ont eue de jouer cette musique qu’ils connaissent bien. Plaisir aussi de suivre Bertrand de Billy dans sa direction précise, très dépouillée, dépourvue de pathos, toute en énergie. Vive Bizet !

À noter la parution d’un livre-disque édité par « Bru Zane » dans la collection « Portraits », consacré à Georges Bizet et comportant 4 CDs.

 


Auditorium de Radio France – Paris
Mercredi 2 juillet 2025 – 20h

Programme
« Mignon » Ouverture – Ambroise Thomas
Airs et Duo extraits des « Pêcheurs de Perles » Georges Bizet
Airs et Duo extraits de « Don Carlos » Giuseppe Verdi
Symphonie en ut  » Georges Bizet

Distribution
John Osborn, ténor
Alexandre Duhamel, baryton
Orchestre National de France
Direction, Bertrand de Billy

 

 

 

 

 

 

 

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.