Comme cela est désormais l’usage, le Festival d’Innsbruck se referme sur la finale du Concours Cesti de chant baroque. Pour sa quinzième édition, le contre-ténor Massimiliano Danta se distingue, et remporte le premier prix.
Après une semaine de sélection, onze finalistes se retrouvent pour finale du 15ème Concours Cesti de chant baroque, accompagnés par Stefano Demichelli et les Talenti Vulcanici. Chacun des candidats interprète deux airs, l’un étant tiré de l’opéra de Vivaldi Il Giustino, qui sera la production pour jeunes chanteurs l’année prochaine du prochain Festival d’Innsbruck en 2025. Avec un programme fortement marqué par l’esthétique napolitaine pour le second choix – Porpora et Vinci en particulier, le concert peut parfois sembler un peu monochrome pour le public.

Les sept solistes féminines se révèlent d’un niveau assez homogène et à l’exception de l’Espagnole Laura Orueta, au mezzo assez dense, toutes sont distinguées par le jury. Si les deux sopranos, la Chinoise Jiayu Jin et l’Australienne Lauren Lodge-Campbell ne manquent pas d’une certaine vitalité gémellaire, les quatre autres chanteuses de tessiture plus grave présentent un peu plus de contrastes : entre l’Allemande Ekaterina Chayka-Rubinstein, assez robuste, l’Italienne Mara Gaudenzi non dénuée de caractère, la croate Lucija Varsic qui n’oublie pas le drame, ou encore la musicalité de la Française Brenda Poupard.
C’est cependant les voix masculines qui retiennent le plus l’attention. L’expérience récente montre que, contrairement au répertoire romantique, les ténors sont un peu desservis au Concours Cesti, et l’Italien Angelo Testori affirme d’abord des qualités pour des rôles de caractère, avec une déclamation plus sensible qu’un éclat relativement modeste. Si la finale 2024 n’a retenu aucune basse ou baryton-basse, trois contre-ténors, la tessiture du Baroque par excellence, sont en lice. Bien que n’ayant reçu aucun prix, l’Américain Jake Ingbar appartient à ces personnalités élégiaques, sensible dans l’air de Vivaldi, Il mio cor già più non sa, comme dans la rareté de Ristori, tirée de Le fate, Bellezze adorate. Le Tchèque Vojtech Pelka fait montre d’une virtuosité extravertie qui lui a valu le Prix du public – en ayant choisi des pages qui se prêtaient à cette exhibition, certes non dénuée de maîtrise stylistique : un Gluck italien, Le belle immagini, extrait de Paride ed Elena, et plus encore le Vivaldi Su l’alter di questo nume, juste avant les votes et les délibérations.

Mais c’est néanmoins l’Uruguayen Massimiliano Danta qui se détache le mieux de la soirée, avec une personnalité authentiquement opératique, couplée à une musicalité raffinée. Elles s’affirment dans les roucoulements de La rondinella, che a noi sen riede, de La Rosmira fedele de Vinci, redonnée en bis après que le contre-ténor a reçu le Premier Prix, mais également dans le Sento in seno de Vivaldi, porté par une sensibilité singulière. Osons parier que Massimilano Danta comptera très vite comme l’une des divas incontournables du chant baroque. Innsbruck est aussi un creuset pour repérer les grands talents de demain.
Gilles Charlassier
