L'ensemble Graindelavoix en concert à Royaumont © Royaumont

Dufay en Italie : un voyage en résonance par Graindelavoix

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Pour clore le week-end consacré aux « Voyages, sources de création » durant le Festival de Royaumont 2016, nous avons assisté au concert de l’ensemble vocal Graindelavoix, dans un programme rare autour de l’art de la polyphonie de Guillaume Dufay.

 

Fondateur de l’école dite « franco-flamande », Guillaume Dufay avait eu l’opportunité de beaucoup voyager et de vivre au sein des plus grandes cours d’Europe telles que Rome, Florence et Naples.
Afin de retracer les influences ayant le plus marqué sa production musicale, Graindelavoix, actuellement en résidence à Royaumont jusqu’en 2017, a construit un intéressant programme en étapes géographiques, sans le concours d’instruments.

L’ensemble vocal belge, dirigé par Björn Schmelzer, a donc amené le public sur les traces de ce compositeur nomade, en commençant par une étape à Pesaro et Rimini. La polyphonie rendue par les six chanteurs (Marius Peterson, Razek-François Bitar, Adrian Sirbu, Anne-Kathryn Olsen, Arnout Malfliet et Bart Meynckens) est très fascinante, comme dans le motet Vasilissa, ergo gaude où les quatre voix s’inscrivent dans un léger décalage, donnant à l’ensemble le sentiment d’une esquisse de canon.

Dès le second morceau, Vergene bella che di sol vestita, Anne-Katrijn Olsen, seule voix féminine, se met en retrait et « observe » la musique de Dufay, dont les notes qui s’élèvent revêtent un aspect pictural. Nous nous surprenons à nous imaginer en errance au cœur d’un paysage semblable à ceux qu’Albert Cuyp peindra plus tard, au XVIIe siècle.

The Valkhof at Nijmegen Aelbert Cuyp (1620-1691) Graindelavoix
The Valkhof at Nijmegen. Aelbert Cuyp (1620-1691)

Il existe de très belles lignes de fuite dans cette œuvre, qui se déploient avant de céder la place à un Flos florum plein de douceur où, dans de charmantes variations harmoniques, chaque syllabe se détache et s’étire à l’infini.
Avec les deux parties suivantes, dédiées à Rome et à Bologne, on reste encore en Italie. Les chants gagnent peu à peu en intensité, mais les longs motets qui se succèdent rendent le récit un peu monotone. Un accompagnement instrumental aurait peut-être permis d’agrémenter ce périple en donnant des touches plus pittoresques à des paysages qui, bien que saisissants, finissent par se ressembler.

Graindelavoix nous conduit ensuite à Florence, Padoue, Chambéry et Naples, avec un choix d’œuvres ici plus dynamique et entraînant.

Nous remarquerons tout particulièrement le sublime Nuper rosarum flores, une pépite d’une rare profondeur qui, avec ses harmonies délicates et sa forte spiritualité, nous a complètement absorbés.

Dans cette pièce, un des solistes se place d’abord en contrehaut du reste du groupe, en surplombant les autres voix aussi en intensité, et en nous offrant des notes tenues d’un pur enchantement. Il rejoint ensuite les autres et ensemble ils font de cette œuvre un instant de plénitude et de générosité.

Graindelavoix se montre ainsi capable de capturer toutes les nuances des mélodies de Dufay qui trouvent ici à Royaumont, un terrain de jeu idéal.

Rediffusé sur France Musique, n’hésitez pas à accompagner l’ensemble Graindelavoix dans ce voyage et vous laisser guider, séduire ou surprendre.

Professeur des écoles le jour, je cours les salles de Paris et d'ailleurs le soir afin de combiner ma passion pour le spectacle vivant et l'écriture, tout en trouvant très souvent refuge dans la musique classique. Tombée dans le théâtre dès mon plus jeune âge en parallèle de l'apprentissage du piano, c'est tout naturellement que je me suis tournée vers l'opéra. A travers mes chroniques, je souhaite partager mes émotions sans prétention mais toujours avec sensibilité.

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