Médéric Collignon dans "Kit de survie" © Royaumont

Kit de survie : l’energie créatrice des périphéries

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Créé au Festival d’Avignon en juillet, Kit de survie de Serge Teyssot-Gay et Cyril Bilbeaud est présenté au Festival de Royaumont, dans le cadre du weekend dédié aux musiques transculturelles, imaginé par Frédéric Deval.

 

L’histoire, de la musique ou avec un grand H, se divise en périodes comme on nous l’a tous appris. Les gens se couchaient au Moyen-âge et quand ils se réveillaient le lendemain il faisait déjà Renaissance dehors.

Pourtant, cette simplification a la vie dure, malgré notre époque qui défie toutes les époques, tellement le monde est connecté et les influences décisives et diffuses. Kit de survie, présenté par Serge Teyssot-Gay (ancien guitariste du groupe Noir Désir) et Cyril Bilbeaud au Festival de Royaumont le 18 septembre 2016, revendique un espace musical de liberté où se mêlent poésies performées en français et en américain, prises de parole des musiciens, vents jazz ou groove et beatbox.

"Kit de survie" © Royaumont
« Kit de survie » © Royaumont

Serge Teyssot-Gay a donc réuni des musiciens que rien ne liait, si ce n’est leur amitié avec Serge. Originaires d’horizons différents, s’exprimant dans des langages artistiques qui leur sont propres, Mike Ladd ou Marc Nammour, Médéric Collignon (dont nous remarquerons l’infatigable et éclectique performance) ou Akosh Szelevényi, se retrouvent pour la première fois tous ensemble autour de Kit de survie. Leurs différences, au lieu de bloquer tout dialogue, créent au contraire une dynamique qui les porte vers des territoires inexplorés qu’ils se plaisent à découvrir ensemble.

Les musiciens aspirent à mettre au centre de la scène les périphéries des villes, espaces délaissés, conspués, mais tellement semblables d’un pays à l’autre. Face à la tentation du nihilisme, de l’enfermement ou de la destruction, la création musicale est un acte de revendication, de résistance et d’ouverture à l’autre.

Créer de nouveaux rythmes, de nouveaux langages musicaux et des terrains de rencontre entre les arts permet de faire face à cette déferlante d’uniformité que véhiculent les média de masse, nos habitudes de consommateurs, la standardisation des produits.

Produit par la Fondation Royaumont, ce spectacle a été créé lors du Festival d’Avignon 2016, puis au Festival de Royaumont. Ces deux lieux, marqués par l’histoire, peuvent être eux aussi compris comme des kits de survie, aspiration à un idéal spirituel en périphérie du monde pour garantir la pureté (Royaumont), ou pont entre cultures, éphémère mais périphérique centre de pouvoir (Avignon). L’esprit de ces lieux transcende donc les époques… et les genres !

Parallèlement à sa formation en chant lyrique, Cinzia Rota fréquente l'Académie des Beaux-Arts puis se spécialise en communication du patrimoine culturel à l'École polytechnique de Milan. En 2014 elle fonde Classicagenda, afin de promouvoir la musique classique et l'ouvrir à de nouveaux publics. Elle est membre de la Presse Musicale Internationale.

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