Amboisine Bré © Bertrand Pichène

Ambroisine Bré illumine le Grand Siècle 

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Le jeudi 28 novembre, l’association Les Moments Musicaux des Alpes-Maritimes a présenté le dernier concert de sa saison 2024 à la cathédrale Sainte-Réparate de Nice, avec la mezzo-soprano Ambroisine Bré et l’ensemble Les Talens Lyriques, dirigés par Christophe Rousset.

Il est rare d’entendre un programme aussi bien conçu. Intitulé « Musique à Versailles », il survolait la musique de cour durant les presque 60 ans du règne de Louis XIV. Le concert a commencé par quelques airs de cour intimes et plutôt austères de Michel Lambert (ca. 1610–1696) et s’est achevé avec deux cantates exubérantes de Michel Pignolet de Montéclair (1667–1737), en passant par des airs en italien composés par Jean-Baptiste Lully (1632–1687). Le programme était aussi assez fourni pour donner l’occasion au public de se familiariser aux styles variés de ces œuvres encore trop méconnues.

Christophe Rousset © Eric Larrayadieu

Ce répertoire est difficile à interpréter car il requiert un type de voix particulier. La voix d’Ambroisine Bré est idéale : légère mais capable de projeter ; elle a une diction si claire—tant en français qu’en italien— que l’on comprend chaque parole. Elle a chanté avec grande virtuosité, mais toujours avec discrétion et bon goût, les airs de Lambert et de Lully, caractérisés par leurs ornementations rapides, réservant le portamento, un glissement subtil entre les notes qui donne l’effet d’un soupir, pour les phrases plus émouvantes. Le programme ne ménageait que peu de moments de repos pour la voix, mais Bré n’a montré aucun signe de fatigue et a maintenu une présence scénique impressionnante tout au long du concert, jetant à peine un coup d’œil à sa partition.

Bré a été soutenue avec sensibilité par les violonistes Gilone Gaubert et Benjamin Chénier ainsi que par le violoncelliste Emmanuel Jacques, tous dirigés par Christophe Rousset depuis le clavecin. Les instrumentistes ont interprété la sonate en trio « La Steinkerque » de François Couperin, une musique à programme commémorant la bataille du même nom. Les imitations de trompettes, de tambours et de canons ont été suivies comme il se doit par la magnifique cantate de Montéclair « Le retour de la Paix ».

Comme bis, les musiciens ont interprété l’air « Pour vous, l’aimable Aurore fait éclore » de l’opéra-ballet Les Fêtes de Paphos de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711–1772). Rousset a enregistré cette œuvre il y a près de vingt ans, mais l’interprétation de Bré dégageait une telle fraîcheur printanière qu’on avait l’impression d’entendre la musique pour la première fois. Ambroisine Bré est sans aucun doute une artiste à suivre.

Jacqueline Letzter et Robert Adelson, historienne de la littérature et musicologue, sont les auteurs de nombreux livres, dont Ecrire l'opéra au féminin (Symétrie, 2017), Autographes musicaux du XIXe siècle: L’album niçois du Comte de Cessole (Acadèmia Nissarda, 2020) et Erard: a Passion for the Piano (Oxford University Press, 2021). Ils contribuent à des chroniques de concerts dans le midi de la France.