Les Troyens Festival Berlioz 2023 Bruno Moussier

Festival Berlioz 2023 : le souffle puissant des Troyens

5 minutes de lecture

Le Festival Berlioz 2023, intitulé “Mythique”, s’est déroulé du 20 août au 3 septembre. L’incident regrettable qui a entraîné le départ précipité de John Eliot Gardiner du festival n’aura pas affecté la qualité musicale de l’événement.

 

Les rencontres berloziennes de la fin de l’été, à la Côte-Saint-André, en Isère, dans la ville natale d’Hector Berlioz (1803-1869), constituent chaque année un moment incontournable de la vie musicale.

Cet opus 2023 revêtait un intérêt particulier, car on y jouait le grand œuvre du compositeur, Les Troyens. Certes, avec le regret de ne point voir et entendre cette œuvre maudite en une seule soirée, mais avec cependant la promesse de qualité, au vu de la notoriété berlozienne des interprètes.

Œuvre maudite car le compositeur ne parviendra pas à la faire monter par l’Opéra de Paris et ne l’entendra jamais, à l’exception de quelques extraits en 1863. C’est donc sur deux soirées qu’était proposée cette production des Troyens.

En première partie, le mardi 22 août, Les Troyens: La prise de Troie, Actes I et II. En deuxième partie, le lendemain mercredi 23 août :  Les Troyens à Carthage, Actes III, IV et V.

Hector Berlioz vous prend à la gorge dès les premières mesures de sa “Prise de Troie”. Comme dans un coup de tonnerre, la liesse de la foule des Troyens à la découverte du cheval laissé par les Grecs est immense et explosive, bien qu’elle n’entame pas la détresse et l’inquiétude de Cassandre. Le rêve virgilien d’Hector Berlioz – qui s’est basé pour le livret sur les livres II et IV de l’Enéïde – se traduit par une musique inouïe, au sens propre du terme. La scène finale de l’Acte II au cours de laquelle les Troyennes se dressent face aux Grecs atteint un paroxysme de violence et d’émotion : “Malgré vous, Aux chemins de l’Ida déjà, les voilà tous, Et nous bravons votre furie !”, proclame le Chœur des Femmes.

Les interprètes – dont la plupart se retrouvent dans la seconde partie – sont tous exceptionnels. Cependant, avec l’acoustique du château Louis XI, certaines voix peuvent parfois paraître dispersées. Mais chacun s’est efforcé d’adopter la diction la plus claire possible, une majeure partie de la production étant anglophone.

Alice Coote dans Cassandre, Les Troyens
Alice Coote dans Cassandre, Les Troyens © Bruno Moussier

La mezzo-soprano Alice Coote incarne bien dramatiquement Cassandre, même si la voix n’est pas toujours au rendez-vous de ce rôle écrasant. Le ténor américain Michaël Spyres qui connaît bien le personnage d’Enée pour l’avoir déjà chanté, joué et enregistré, est remarquable, comme à l’accoutumée ; avec toutefois quelques aigus moins faciles qu’auparavant et parfois comme “plafonnés”. Il demeure d’évidence une référence dans ce rôle.

Les Troyens, John Eliot Gardiner Lionel Lhote
Les Troyens, John Eliot Gardiner et Lionel Lhote © Bruno Moussier

On aura beaucoup apprécié la présence du baryton belge Lionel Lhote dans Chorèbe et son dialogue (de sourds…) avec Cassandre. Les autres personnages, Priam par la basse William Thomas, Ascagne par la mezzo-soprano française Adèle Charvet, Hécube par la soprano Rebecca Evans, et Hector par Alex Rosen, sont moins sollicités dans cette première partie de l’oeuvre ; à l’exception de Panthée, interprété magistralement par le baryton-basse Ashley Riches.

Le Monteverdi Choir et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique font merveille sous la baguette inspirée de John Eliot Gardiner, dont ce sera, peut-être, l’ultime apparition à la Côte Saint-André. En effet, un différend d’une rare gravité est survenu entre le chef et l’un des solistes, William Thomas (Priam), au sujet d’une sortie de scène… Ce différend s’est soldé par une violente altercation, entraînant le départ précipité de John Eliot Gardiner vers Londres, dès le lendemain matin, et donc de la production dont il est le directeur musical ! A noter le communiqué que le chef anglais vient de faire paraître, dans lequel il présente ses excuses au soliste agressé, la basse William Thomas, ainsi qu’à la production. Il ajoute qu’il ne dirigera pas la tournée qui doit, en passant par Versailles le 29 août, rejoindre Salzbourg, Berlin, Londres BBC Proms…

Las ! Les orphelins du maestro auront su se montrer à la hauteur du défi qui leur était ainsi imposé.

Les Troyens, Orchestre et Chœur, Dinis Sousa
Les Troyens, Orchestre et Chœur, et Dinis Sousa © Bruno Moussier

C’est au pied  levé que le chef assistant de John Eliot Gardiner, Dinis Sousa, a dû – et a su de belle manière-  reprendre la baguette ainsi laissée à l’abandon par Gardiner pour diriger avec panache la seconde journée des Troyens, Les Troyens à Carthage.

Nous avons découvert, à cette occasion, un jeune chef talentueux pour lequel un bel avenir semble promis.

Cette deuxième partie des Troyens aura aussi permis la découverte d’un excellent ténor en la personne de Laurence Kilsby dans les rôles de Iopas et Hylas, à la voix ferme et claire, idéale pour ces deux personnages. William Thomas campe, cette fois-ci, un remarquable et puissant Narbal. De même Adèle Charvet, à nouveau dans Ascagne, fait merveille dans ce rôle virevoltant. La mezzo-soprano irlandaise Paula Murrihy est une Didon somptueuse dans son chant et dans son jeu, manquant parfois d’un peu de puissance, notamment dans ses duos avec Enée : “Nuit d’ivresse, extase infinie …!” (Acte IV).

Tout Berlioz est dans cette fin prodigieuse, son souffle puissant nous envahit.

Au delà du rififi, la musique s’est imposée et c’est un triomphe mérité qui a été fait aux interprètes de ces Troyens.

Festival Berlioz 2023, Jeunes talents
Festival Berlioz 2023, Jeunes talents © Bruno Moussier

Avant ces soirées mémorables, l’Eglise de la Côte offrait, dans les concerts de 17h, de la musique de chambre interprétée par de jeunes musiciens talentueux, dans un répertoire romantique autour de Mendelssohn et Weber. Sans oublier une pièce de Camille Saint-Saëns, son Quatuor avec piano en si bémol majeur opus 41, d’une très belle richesse mélodique et d’une grande inventivité rythmique. De jeunes et brillants interprètes, très impliqués et inspirés ; à noter que l’altiste de l’ensemble devait jouer le lendemain la pièce pour alto et orchestre d’Hector Berlioz, Harold en Italie.

 

Festival BERLIOZ 2023

Mardi 22 août – 21h- Château Louis XI, La Côte Saint André

“LES TROYENS: LA PRISE DE TROIE” – (“Les Troyens”, 1ère partie – Actes I et II)

Musique et livret d’Hector Berlioz

Alice Coote, “Cassandre”

Michael Spyres, “Enée”

Lionel Lhote, “Chorèbe”

Ashley Riches, “Panthée”

William Thomas, “Panthée”

Adèle Charvet, “Ascagne”

Rebecca Evans, “Hécube”

Alex Rosen, “Hector”

Direction musicale: John Eliot Gardiner

Mercredi 23 août -21h- Château Louis XI-

“LES TROYENS A CARTHAGE”

Actes III, IV et V.

Paula Murrihy, “Didon”

Michael Spyres, “Enée”

Beth Taylor, “Anna”

William Thomas, “Narbal”

Ashley Riches, “Panthée”

Laurence Kilsby, “Iopas”, “Hylas”

Adèle Charvet, “Ascagne”

Lionel Lhote, “Sentinelle I”

Alex Rosen, “Hector”/”Sentinelle II”

Direction musicale: Dinis Sousa

Monteverdi Choir

Orchestre Révolutionnaire et Romantique

Eglise de La Côte Saint André

Mardi 22 août et mercredi 23 août, 17h

JEUNES SOLISTES

Anna Egholm, violon

Paul Zientara, alto

Stéphanie Huang, violoncelle

Nathalia Milstein, pîano

Felix Mendelssohn Sonate no.1, op.45, violoncelle et piano

Camille Saint-Saëns, Quatuor avec piano, op.41  (le 22 août)

Carl Maria von Weber, Quatuor avec piano, op.18

Felix Mendelssohn, Trio avec piano, op.66 (le 23 août)

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.

Derniers articles de Chronique