Le premier des cinq grands concerts de l’édition 2025 du Festival de musique sacrée de Perpignan résume l’oecuménisme de la manifestation occitane. Accompagnée par Célia Oneto Bensaïd, Marie-Laure Garnier tresse habilement des gospels avec des mélodies de Messiaen et Poulenc.

En ouvrant la soirée par le spiritual Walk together children, entonnée par un timbre rond et généreux, Marie-Laure Garnier donne le ton d’intimité chaleureuse d’un programme mêlant gospel en version soliste avec piano et mélodies françaises contemporaines de ce répertoire afro-américain. La mise en miroir des deux fait ainsi contraster les spiritualités de manière complémentaire, ainsi qu’en témoigne le premier des Poèmes pour Mi de Messiaen, Actions de grâces, qui étire la ligne vocale à la façon de la réfraction lumineuse d’un vitrail gothique vers le ciel. A cette décantation répond le grain nourri et la vitalité de Ride on, King Jesus !, et l’intensité expressive de Deep River.
Moine et voyou, ainsi qu’il se qualifiait lui-même, Poulenc a traduit sa foi dans des pages sacrées, mais les mélodies « profanes » qu’il a composées sur des poètes français, de son temps ou du passé, traduisent également cette ferveur, à l’instar de Main dominée par le cœur sur des vers d’Eluard ou de Priez pour paix, sur ceux de Charles d’Orléans, alors témoin de la Guerre de Cent ans. Arrangé par Moses Hogan, My good Lord’s done been here, et repris par Harry Burleigh, Nobody knows et He’s got the whole word in His hands, reviennent à une tonicité exaltée par les racines caribéennes de la soprano française née en Guyane. Deuxième des Poèmes pour Mi, Le collier respire l’épure symboliste à laquelle répond la tendresse des Anges Musiciens de Poulenc, qui transsubstantie la relative mièvrerie des mots de Carême, que tous les enfants, jusqu’à encore quelques décennies, récitaient à l’école, avant un retour sur Eluard, avec Nous avons fait la nuit.

La dernière partie du concert réunit des spirituals à la puissance suggestive croissante. Les cadences chaloupées de He never said a Mumbalin’ Word annoncent celles de Gospel Train, après Sometimes I feel like a motherless Child et l’évocation de la Vierge devant la Croix dans Weepin’ Mary. L’ultime Prière exaucée fait rayonner sa sérénité pieuse de Messiaen. Secondée par le piano complice de Célia Oneto Bensaïd tout au long de ce voyage recueilli, aux accents parfois non dénués de joie, Marie-Laure Garnier referme le récital par l’élan communicatif de Wade in the Water, au point d’être repris en bis, avec le public faisant chorus dans le refrain – et la soliste n’hésitant pas à faire rugir les couleurs harmoniques de la partition, comme une authentique chanteuse de gospel. A rebours des segmentations culturelles, ces Songs of Hope dans l’Eglise des Dominicains réussissent magistralement la communion entre les deux rives de l’Atlantique.
Gilles Charlassier
