Upon Silence dirigé par Alphonse Cemin © Gérald Berry – Les Volques

Festival Les Volques à Nîmes : face-à-face entre Mozart et Benjamin

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Initié en 2020, le festival Les Volques à Nîmes est construit comme un double portrait entre un classique et un compositeur d’aujourd’hui. Après une première édition Manoury-Beethoven, une deuxième Lachenmann-Schubert et une troisième Jolas-Schumann, la quatrième met en miroir Benjamin et Mozart. Les deux grands concerts du week-end de clôture illustrent la fécondité de ce dialogue qui dépasse les clivages et défend la vitalité de la musique de chambre.

Fondé par Carole Dauphin-Roth, le festival Les Volques fait le pari de la rencontre entre deux compositeurs, l’un du passé et l’autre du présent, dans un dialogue entre les répertoires qui est également au cœur de la démarche de l’orchestre Les Siècles, dirigé par son mari François-Xavier Roth et où elle occupe l’un des pupitres d’alto. Le rendez-vous nîmois a d’ailleurs été conçu avec la complicité de ses camarades des Siècles – et des grands solistes qui ont écrit parmi les plus belles pages d’une formation qui vient de célébrer ses vingt ans. L’édition 2023, qui met en miroir Mozart et George Benjamin, permet ainsi de découvrir l’ensemble de la production chambriste du compositeur et chef d’orchestre britannique.

Upon Silence dirigé par Alphonse Cemin © Gérald Berry – Les Volques

Intitulé Fantaisies, le premier des deux grands concerts du week-end, dans la Cathédrale, prolonge l’idée directrice du récital de Pierre-Laurent Aimard, la veille au Carré d’Art, et s’ouvre avec une transcription pour quatre mains de la Fantaisie n°2 K 608 confiée aux doigts de Thomas Lacôte et Adam Bernadac, depuis la tribune de l’orgue, qui en éclairent l’écriture contrapuntique, comme ils le feront pour l’Adagio et fugue K 546 refermant la soirée, empreinte d’une gravité supplémentaire par rapport à l’original pianistique. Trois des quatre Quatuors pour flûte – le plus connu, K 285 a été joué le jeudi 7 décembre –, avec Gionata Sgambaro, déclinent une veine plus galante, mais non dénuée de sentiment, en particulier dans les développement des variations du K 171 en ut majeur. Entre les différents numéros de ce triptyque s’intercalent deux pièces de Benjamin. Upon Silence, pour mezzo-soprano et sept instrumentistes, placés sous la direction d’Alphonse Cemin, s’appuie sur trois évocations poétiques de Yeats, dans une réinvention du consort de violes pour lequel la partition avait d’abord été conçue. Le cisèlement des timbres et du phrasé des mêmes instruments anciens sur lesquels sont joués les Mozart, esquisse un envoûtant voile évocateur qui restitue une belle illusion des couleurs musicales de l’Angleterre élisabéthaine, sans jamais effleurer le moindre pastiche. L’engagement expressif de la soliste, Sharon Carty, est néanmoins limité par l’acoustique des lieux, et sans doute un privilège trop marqué à l’évanescence vocale. Quant aux Miniatures pour violon seul, Isabelle Faust en fait chatoyer la diabolique virtuosité, en particulier dans la dernière qui superpose deux modes de jeu contradictoires – legato et pizzicato – dans un effet saisissant et suggestif.

Isabelle Faust, Carole Roth, Nadine Pierre et Jean-François Heisser © Gérald Berry – Les Volques

Après une projection interrompue en raison d’un imprévu technique après le deuxième acte, de la production de l’opéra Written on skin donnée à Cologne pendant la crise sanitaire, le concert de clôture fait salle comble au Théâtre de Nîmes, à l’affiche réaménagée après l’annulation de Renaud Capuçon. Après une entrée en matière par une Sonate de Mozart et les Shadowlines de Benjamin sous les doigts de Cédric Tiberghien, le Quintette à deux altos K 406 constitue sans doute l’un des sommets de ce festival 2023. Les violons de Perceval Gilles et Aude Périn-Dureau, les altos de Carole Roth et Laurent Camatte, ainsi que le violoncelle d’une belle sensibilité d’Ariane Lallemand font ressortir, avec une délicatesse magnifiée par les couleurs des instruments d’époque, la tendresse et les demi-teintes de l’inspiration mozartienne, dans une fluidité qui synthétise la dynamique concertante et la fusion expressive de la pratique chambriste. Après l’entracte, Jean-François Heisser révèle le génie en germe dans deux brèves pièces de jeunesse de Benjamin : la décantée Meditation on Haydn’s name, et les digressions habilement coordonnées à partir du rythme de ragtime de Relativity Rag, avant la participation du pianiste à un dernier Quatuor Mozart aux côtés d’une autre grande soliste, Isabelle Faust, en guise de viatique, en attendant une édition 2024 slave avec Adamek et Dvorak.

Gilles Charlassier