Gidon Kremer et Mikhaïl Pletnev à Monte-Carlo

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Le dimanche 12 novembre, l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo a présenté un programme de musique de chambre interprété par le violoniste Gidon Kremer, le pianiste Mikhaïl Pletnev et la violoncelliste Giedrė Dirvanauskaitė.

Derrière l’Auditorium Rainier III s’étend le port de Monaco, encombré d’un nombre impressionnant de yachts de taille démesurée. Dans la salle de concert, trônait sur la scène ce soir-là un vaisseau géant, le piano de Mikhaïl Pletnev, un Shigeru Kawai plus long encore et plus puissant que le plus grand des modèles Steinway. Pour un récital solo ou un concerto de Rachmaninov cet instrument aurait sonné fabuleusement, mais entendre la Sonate pour violon et piano n° 21, K. 304 de Mozart jouée sur ce piano était l’équivalent auditif de voir un éléphant danser avec une souris. Même si Gidon Kremer joue avec une sonorité robuste, son entrée au violon semblait chétive, comparée au premier thème au piano de Pletnev. Ce dernier ne jouait pas trop fort—il accompagnait même Kremer avec une douceur impressionnante—mais l’échelle du son restait cependant gigantesque, un effet constaté dans plusieurs emplacements dans la salle. Ce déséquilibre entre le violon et le piano s’est amélioré quelque peu dans la Sonate pour violon et piano, op. 162 D. 574 « Grand duo » de Schubert, que Kremer a joué avec plus de brio.

Mikhaïl Pletnev. Photo: Malaysian Philharmonic Orchestra

Un autre problème des pianos « XXL » est qu’on n’a jamais l’impression que l’instrument est poussé à ses limites. C’était le cas dans le premier mouvement du Trio pour piano, op. 50 « Hommage à l’artiste » de Tchaïkovski, où Kremer et Dirvanauskaitė ont joué avec une telle intensité que les crins de leurs archets volaient dans tous les sens, alors que le piano de Pletnev semblait se retenir. Parmi les moments de grande beauté dans leur interprétation figure le dialogue musical passionné entre Kremer et Dirvanauskaitė dans le deuxième mouvement, donnant une belle unité à cette suite de variations et relevant ainsi le plus grand défi de cette œuvre. Les artistes ont répondu aux applaudissements du public avec un bis en toute sérénité, un arrangement du Lied de Schubert Du bist die Ruh, D.776.

 

Jacqueline Letzter et Robert Adelson, historienne de la littérature et musicologue, sont les auteurs de nombreux livres, dont Ecrire l'opéra au féminin (Symétrie, 2017), Autographes musicaux du XIXe siècle: L’album niçois du Comte de Cessole (Acadèmia Nissarda, 2020) et Erard: a Passion for the Piano (Oxford University Press, 2021). Ils contribuent à des chroniques de concerts dans le midi de la France.

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