Kurtag 100 © EIC

Kurtag 100, un anniversaire intime avec l’Ensemble Intercontemporain

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Six solistes de l’Ensemble Intercontemporain se sont réunis au Studio de la Philharmonie pour célébrer les 100 ans de Kurtag, dans un programme de miniatures, sous le titre d’Ascendances, qui le relie à d’autres grandes figures de la musique magyare, Liszt, Bartok et Kodaly.

Gyorgy Kurtag est l’une des dernières légendes vivantes de la musique contemporaine. En ce 19 février 2026, il a tout juste 100 ans, et pour cet anniversaire, six solistes parmi les plus emblématiques de l’Ensemble Intercontemporain – le clarinettiste Alain Billard, le pianiste Sébastien Vichard, le violoniste Diego Tosi, l’altiste Odile Auboin, le violoncelliste Renaud Déjardin et le percussionniste Aurélien Gignoux au cymbalum – se réunissent pour un programme qui met à l’honneur la forme de la miniature dans laquelle s’exprime le génie post-wébernien du compositeur hongrois. Mais à rebours des monographies contemporaines qui tendent parfois à s’isoler du reste de l’histoire de la musique, le présent programme tisse des liens avec trois grands figures majeures magyares : Liszt, Bartok et Kodaly.

Kurtag 100 © EIC

La première partie de la soirée mêle des extraits de Jatekok, de Signes, jeux et messages, et des Tre pezzi op.38 de Kurtag avec un arrangement pour clarinette, alto et cymbalum par Joan Magrané Figuera de deux des Cinq Klavierstücke S.192 de Liszt, et le premier mouvement, d’une grande tension expressive, de la Sonate pour violoncelle seul op.8 de Kodaly. Parfois d’une durée de quelques dizaines de secondes, les zakouskis se répondent dans une sorte de intimité sonore presque ouatée où se décantent les contrastes esthétiques, et affleure l’instinct mélodique quintessencié de Kurtag.

Celui-ci s’épanouit dans les extraits des Kafka-Fragmente interprétés par Diego Tosi et la soprano Jenny Daviet, pour la deuxième partie du concert. A rebours des approches qui accentuent les âpres discontinuités du discours vocales, le duo met l’accent sur le dessin harmonique souvent évanescent de ces miniatures de théâtre musical qui semblent en extraire l’écume essentiel. Avec ce soin apporté à la ligne de chant et à sa fragilité parfois quasi fantomatique, la présente lecture offre également une synthèse avec l’héritage du lied, qui rappelle avec justesse combien le Romantisme allemand hante l’imaginaire de Kurtag. Les deux musiciens ont prévu de présenter l’intégralité du cycle la saison prochaine – et l’on a hâte d’en redécouvrir la modernité désormais intemporelle, propre à s’inscrire dans une filiation protéiforme où l’on peut aussi inclure L’Histoire du soldat de Stravinski.

Kurtag 100 © EIC

En troisième partie, on retrouve plusieurs miniatures des Jatekok et des Signes, jeux et messages avec quelques-uns des Quarante-quatre duos pour deux violons et les Musettes du recueil En plein air de Bartok, ainsi que En suspens, tiré du Livre II des Etudes de Ligeti, dont la transcription pour violoncelle, piano et cymbalum prolonge de manière fascinante les étagements de textures instrumentales, comme un suaire des potentialités sonores condensées dans le clavier. Avec un tel anniversaire, à la fois re-créatif et intime, on ne peut plus douter qu’à 100 ans, Kurtag est un classique du répertoire tout court.

Gilles Charlassier