Le Théâtre des Champs Elysées ouvre sa saison avec une nouvelle production de La Damnation de Faust de Silvia Costa qui a traduit la légende dramatique de Berlioz en un cauchemar du jeune héros, mais aussi du spectateur.

Pour l’ouverture de sa première saison au Théâtre des Champs Elysées, Baptiste Charroing a fait appel à une figure en vue la mise en scène, Silvia Costa, que l’on avait d’abord connu comme collaboratrice de Romeo Castellucci. Elle avait déjà fait la démonstration de son théâtre d’objets dans Freitag aus Licht de Stockhausen à la Philharmonie, et dans la lecture qu’elle propose de La Damnation de Faust, on retrouve cette esthétique.

Si dans ses intentions, elle assume une certaine discontinuité liée à la dimension fantastique et à la forme de la fantaisie dramatique voulue par Berlioz, on peut néanmoins suivre quelques fils. Le rideau s’ouvre sur une chambre d’enfant meublée de peluches et dont les cloisons s’effondrent à l’arrivée de Méphisto. Faust a la nuit peuplée de mauvais rêves, et le diable va l’emmener sur des chemins oniriques où il croisera l’amour de Marguerite. Le changement de plateau, avec le passage de l’orchestre sur la scène et le héros qui sombre dans la fosse, en un facile mimétisme topographique des Enfers, impose un entracte juste avant la quatrième partie, sans lequel il n’aurait pas été déplaisant de jouer l’ouvrage sans pause. Ce dernier tableau prend à la lettre le tribunal du jugement dernier, en habillant de toges de magistrats les choeurs et les musiciens des Siècles, avant de voir Méphisto raccompagner vers les coulisses l’enfant Faust, telle une figure paternelle. Le spectacle doit sans doute être vécu comme un cauchemar plus ou moins initiatique, si l’on sait résister à la pesanteur de la narration, sous les lumières tamisées par Marco Giusti.

Dans le rôle de Faust, Petr Nekoranec fait sans doute preuve de davantage d’engagement que Benjamin Bernheim, qui n’a assuré que les deux premières représentations, mais le timbre marque certaines limites, en particulier dans le registre mixte, si important dans l’opéra français, et le phrasé gagnerait à davantage de souplesse. On peut être séduit par la rondeur vocale de Victoria Karkacheva en Marguerite, même si la clarté de la diction est loin de se révéler irréprochable. Aux côtés du Méphistophélès à la puissance monolithique de Christian Van Horn, Thomas Dolié assume honnêtement les répliques de Brander. Préparé par Lionel Sow, le Choeur de Radio France, auquel se joignent les effectifs de la Maîtrise de Radio France, assurent non sans mérite les interventions d’ensemble, tandis que les pupitres des Siècles, qui réservent ça et là quelques appréciables interventions solistes, semblent chercher une direction sous la baguette de Jakob Lehmann. Une Damnation qui risque de finir dans le coton de l’oubli. La vitalité sera sans doute davantage au rendez-vous avenue Montaigne avec la redécouverte de Robinson Crusoe d’Offenbach en décembre, réunissant à nouveau Marc Minkowski et Laurent Pelly.
Gilles Charlasier
