Roderick Cox et l'Orchestre national Montpellier Occitanie © ONMM

Virtuose ouverture de saison symphonique à Montpellier

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L’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie ouvre sa saison symphonique avec son charismatique directeur musical, Roderick Cox dans un virtuose dialogue entre Adams, Stravinski et Liszt sous les doigts de Bertrand Chamayou.

Roderick Cox et l’Orchestre national Montpellier Occitanie © ONMM

Lors de son premier concert avec l’Orchestre national Montpellier Occitanie, Roderick Cox avait mis à l’honneur la musique américaine moderne et contemporaine – une ouverture de Barber, The School for Scandal, et un concerto pour violon de Jennifer Higdon. La défense de ce répertoire est devenu un fil conducteur des programmes du chef étasunien. Pour le premier rendez-vous de la saison symphonique de la capitale languedocienne, le rideau se lève sur un condensé de l’art de John Adams, qui, avec son étourdissante maîtrise polyrythmique, est loin de se réduire à l’esthétique répétitive et minimaliste. A Short Ride in a Fast Machine saisit d’emblée les musiciens autant que les auditeurs par la pulsation augurale du wood-block, qui dépasse les effets descriptifs auxquels est généralement réduit l’instrument percussif pour devenir la colonne vertébrale de cette fanfare où la moindre imprécision ne pardonne pas. L’amplification des textures, aux bois, cuivres et cordes, jouent avec ce métronome implacable, en une tension qui ne se relâche jamais sous l’oeil vigilant de Roderick Cox.

Roderick Cox et l’Orchestre national Montpellier Occitanie avec Bertrand Chamayou © ONMM

Dans le Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur de Liszt, la virtuosité revient d’abord au soliste. Grand interprète du compositeur hongrois, Bertrand Chamayou n’en force pas pour autant l’extraversion, et nourrit le dialogue orchestral dans cet avatar du poème symphonique, genre que l’auteur des Années de pèlerinage a créé, retenant la science des couleurs de Berlioz, lequel avait d’ailleurs dirigé la première du concerto à Weimar en 1855 – on trouve d’ailleurs des échos de la Fantastique dans la partition, à l’exemple du premier thème de l’Allegretto vivace initié par les coups du triangle. La fluidité dans l’enchaînement des quatre mouvements est magnifiée par un clavier d’une souplesse magistrale, qui fait danser les trilles et autres figures jalonnant un discours d’une évidente maîtrise poétique. L’intelligence de la construction formelle et de la succession des états émotionnels du soliste conçu comme le personnage d’une épopée s’entend dès l’entrée en scène de l’Allegro maestoso, d’une nervosité équilibrée qui laisse s’épanouir un lyrisme chatoyant dans le Quasi adagio, avant un scherzo et un finale où le tourbillon de notes ne perd jamais de vue la définition et la versatile plasticité de la ligne. En bis, la dernière des Berceuses écrite par Liszt, marquée par le dépouillement des dernières années, confirme l’instinct musical aussi naturel qu’accompli de Bertrand Chamayou.

Roderick Cox et l’Orchestre national Montpellier Occitanie avec Bertrand Chamayou © ONMM

Après l’entracte, les musiciens montpelliérains affrontent l’une des partition majeures du répertoire, qui n’est pas l’une des moins exigeantes.  Le Sacre du Printemps de Stravinski fit scandale lors de sa création au Théâtre des Champs Elysées en 1913 pour la tournée des Ballets russes de Serge Diaghilev. L’interprétation que dirige Roderick Cox en a parfaitement saisi la paradoxale force brute, construite avec une sophistication de moyens très moderne. Dès les énigmatiques premières notes du basson s’entend un contrôle de la sonorité que l’on retrouve dans les ostinati des Augures printaniers, ou dans les hypnotiques Rondes printanières. Le soin apporté par le chef américain aux tuilages entre les pupitres révèle une compréhension de la science rythmique qui réinvente la barbarie, du Jeu du rapt jusqu’à l’éclatement de la violence tribale dans la Danse de la Terre, progressivement amenée par le Jeu des cités rivales, le Cortège du Sage et L’Adoration de la Terre. Après l’Introduction du second tableau, Le Sacrifice prolonge la fascinante liturgie orchestrale. De l’étrangeté des couleurs des Cercles mystérieux des adolescentes jaillissent les syncopes éperdues de la Glorification de l’élue et l’implacable Evocation des ancêtres. Alchimie des timbres et des rythmes suspendues à la baguette de Roderick Cox, rien ne peut arrêter la progression de l’Action rituelle des ancêtres vers une Danse sacrale où le triomphe du génie de Stravinski se confond avec celui de l’Orchestre national Montpellier Occitanie galvanisé par son directeur musical.

Au fil de la saison, on retrouvera Roderick Cox dans cette même défense des modernités musicales. En novembre, il dirige Adès, La Mer de Debussy et un autre grand concerto pour piano du répertoire, le Troisième avec Sergey Belyavsky. Deux semaines plus tard, Perry et Copland voisineront avec un maître souvent incompris du Romantisme tardif qui bouscule les règles de la symphonique, Bruckner, dont la Quatrième est l’une des plus jouées. Cet hiver, modernité et Romantisme poursuivront leur dialogue sous la baguette du chef américain, avec Barber et Brahms le 13 janvier et Beethoven, Previn et Strauss le 13 mars, quelques semaines avant de la retrouver en fosse pour La Traviata, et un programme russe réunissant, le 17 avril, Prokofiev et Chostakovitch. La saison de Roderick Cox à Montpellier se terminera le 5 juin avec Un Requiem allemand de Brahms.

Gilles Charlassier