UBU ROI (c) Christophe Raynaud Delage

A l’Athénée à Paris, Ubu Roi d’Alfred Jarry en héros de bastringue: « Bougre! »

3 minutes de lecture

L’ Athénée Théâtre Louis-Jouvet a inscrit à son programme de la saison 2024-2025 le chef d’œuvre d’Alfred Jarry (1873-1907) »Ubu Roi ».
Créé en décembre 1896, il est repris avec le souci, comme à l’origine, de l’associer à la musique du compositeur Claude Terrasse, ce qui avait été omis depuis les années 1920. 

 

« La noirceur est son monde » telle pourrait être la devise du père Ubu: telle semble être, à juste titre, la lecture  du metteur en scène Pascal Neyron et de la scénographe Camille Duchemin.

Ubu Roi: c’est l’histoire d’un sombre personnage exploré par Alfred Jarry: ce singulier individu lâche, cruel, ingrat, fourbe et pour tout dire, ignoble, entend s’emparer de la couronne de la Pologne en se débarrassant de tous les obstacles par l’intrigue et le meurtre, en explosant d’injures et de cris. Un petit air de « Macbeth » (couple infernal avec Mère Ubu !) et on aura une idée de l’ouvrage.

Jarry lui a, certes, donné une dimension comique. Toutefois, on sourit plus qu’on ne rit;  le rire est très vite oublié tant le spectacle des gesticulations morbides d’Ubu et des autres,  ses complices ou ses victimes, transforme le rire en malaise.

Ubu Roi (c) Christophe Raynaud Delage

On découvre en pénétrant dans le théâtre, un plateau de scène noir, un rideau noir, en fond de scène, composé de tuyaux souples et noirs  qui, plus tard, s’écrouleront et s’entremêleront avec les personnages de cet objet théâtral difficile -voire- impossible à définir: farce bouffonne, comédie burlesque, aucun des qualificatifs ne lui correspond réellement, tant l’humour côtoie le sordide.

Le rideau revêt une importance certaine car il masque ce qui fait l’originalité de cette production : l’orchestre, présent sur scène et demeurant dans une semi obscurité; ce sont les « Frivolités parisiennes », ensemble producteur du spectacle, en coproduction avec l’Opéra de Reims (dont il assure désormais la direction). Ensemble à qui l’on doit de nombreuses et heureuses redécouvertes, telles « Gosse de riche », « le Testament de la Tante Caroline », deux productions jouées ici-même dans ce théâtre.

On doit par ailleurs au talent d’enquêteur de Christophe Mirambeau, Conseiller artistique des « Frivolités parisiennes »,  d’avoir retrouvé la partition d’orchestre du compositeur Claude Terrasse (1867-1923), ami d’Alfred Jarry, partition qui fut jouée à la création, reprise dans les années 20, puis oubliée.

Ubu Roi (c) Christophe Raynaud Delage

Cette musique, plutôt abondante, fonctionne comme une musique de scène, mais aussi comme une bande-son qui commenterait cette bouffonnerie grimaçante. Elle est parfois associée à certains personnages . Elle agit comme une sorte de ponctuation du récit. Elle fait penser parfois à la musique de l' »Histoire du soldat » d’Igor Stravinsky, à des compositions du Satie burlesque, parfois même à une musique de bastringue revisitée par un compositeur raffiné: elle se fait fanfare, parfois sérénade, mais la plupart du temps, hymne parodique ou musique de bateleur.

Les onze musiciens des « Frivolités » qui soutiennent cette musique ne dédaignent pas participer de temps à autre à la comédie, certains plus que d’autres !

Ubu Roi (c) Christophe Raynaud Delage

Tous les comédiens sont à citer car ils font merveille.

A commencer par Paul Jeanson et Sol Espèche (en père Ubu et mère Ubu),  et Jean-Louis Coulloc’h dans le rôle du Roi (de Pologne) et du Czar, Nathalie Bigorre dans les rôles de la Reine et de la Czarine, Emmanuel Laskar dans le rôle du Capitaine Bordure, Elisabeth de Ereño dans le rôle de Bougrelas.

La mise en scène de Pascal Neyron est limpide et a l’immense mérite de la clarté du propos, tant il est inutile de surcharger scéniquement d’extravagances un texte qui les contient toutes.

Au mérite de cette mise en scène doit être associée la scénographie, et la création lumières, de Camille Duchemin, ainsi que les superbes costumes de Sabine Schlemmer.

Ce spectacle sera donné à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 20 octobre 2024 et sera repris à l’Opéra de Reims  les 23 et 24 novembre 2024.

 


Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Mardi 15 octobre 2024

Ubu Roi

Texte: Alfred JARRY

Musique: Claude TERRASSE

Mise en scène: Pascal NEYRON

LES FRIVOLITES PARISIENNES

Collaboration artistique: Charles-Alexandre CRETON

Scénographie et créations lumières: Camille DUCHEMIN

Créations costumes: Sabine SCHLEMMER

 

 

 

 

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.