quatuors pour trois instruments
Les pianistes Antoine Mourlas et Marie Olivon, le violoniste Victor Burgan et la violoncelliste Cyrielle Golin font renaître une formation de musique de chambre rare

Quatuors pour trois instruments : une vague de Hausmusik

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Les pianistes Antoine Mourlas et Marie Olivon, le violoniste Hector Burgan et la violoncelliste Cyrielle Golin font renaître une formation de musique de chambre rare, quasiment oubliée aujourd’hui. Elle connut pourtant un engouement certain au XIXème siècle, en particulier en Allemagne, dans les soirées de Hausmusik.

Le titre de l’album interpelle. Simplement intitulé Quatuors pour trois instruments, l’équation semble impossible, jusqu’à réaliser qu’il s’agit d’un piano à quatre mains, entouré du violon et du violoncelle ! Une pirouette qui sied bien à l’esprit taquin et curieux d’Antoine Mourlas, chef de file de ce charmant ensemble et redécouvreur de ce répertoire injustement oublié.

Les quatre oeuvres présentées dans cet album sont enregistrées pour la première fois. La tête d’affiche est Mendelssohn, entouré de deux compositeurs beaucoup moins renommés, mais qui vont s’avérer tout à fait délicieux.

Ainsi découvre-t-on Hermann Berens (1826-1880), né en Allemagne et émigré en Suède, qui fut un familier de la formation violon, violoncelle et piano à quatre mains.

Puis il y a Ferdinand Hummel (1855-1928), aux talents multiples de compositeur, chef d’orchestre, harpiste et pianiste qui exerça dans toute l’Europe mais qui ne doit pas être confondu avec Johann Nepomuk Hummel (1778-1837).

L’album s’ouvre sur le Gesellschafts-Quartett n° 3 de Hermann Berens qui reste en mémoire comme la pièce la plus marquante de l’album. L’ardeur romantique, les thèmes mélodiques dès son Allegro Molto initial, sont enthousiasmants et exprimés avec ferveur et justesse par les interprètes. l’Andante au charme rêveur laisse la place à un lyrique et dynamique Scherzo pour aboutir sur un Allegro vivo e scherzando, plein de contrastes exaltés et qui donne à entendre la belle précision technique des musiciens.

On retrouve Berens tout à fait à la fin de l’album, avec le Gesellschafts-Quartett n° 4, également composé en quatre mouvements, qui alterne un Allegro initial rayonnant d’espièglerie et le chant inspiré du violoncelle dans l’Andante con molto. L’Intermezzo qui suit, offre des sonorités hispanisantes avec un discours volubile qui tend vers un sentiment de tendresse et de passion. L’œuvre se termine par un fougueux Finale Allegro molto e con brio aux contrastes saisissants.

Entre ces deux grands quatuors de Berens, l’ouverture de Ruy Blas, composée par Mendelssohn pour la fameuse pièce éponyme de Victor Hugo, est ici une transcription pour la formation piano à quatre mains, violon et violoncelle de Carl Burchard (1818-1896). Très orchestrale – la partie de piano quatre mains est très riche –  cette belle pièce fait surgir des émotions mêlant drame, passion, mais aussi tendresse et lyrisme qui vont bien au sujet de l’œuvre théâtrale de Victor Hugo.

L’album est complété par la Sérénade Im Frühling (Au printemps) de Ferdinand Hummel, une pièce composée spécifiquement pour cette formation. Par sa fraicheur souriante d’inspiration viennoise, elle est une respiration au milieu de l’album avec quatre mouvements évoquant un voyage au sens schubertien du « Wandern » qui fait la part belle au chant du violoncelle ici interprété par l’excellente Cyrielle Golin.

Ce répertoire, bien choisi, dans lequel on entre facilement, est très bien servi par les quatre interprètes, qui expriment avec un allant contagieux et une profondeur des timbres, les richesses sonores de ces oeuvres. A découvrir sans réserve.

Le mot de l’artiste, Antoine Mourlas 

« Il y a quelques années, étant à la recherche pour un concert, de transcriptions/arrangements d’oeuvres populaires pouvant associer piano à 4 mains et instruments à cordes, j’ai découvert qu’il existait non seulement de multiples transcriptions mais également des oeuvres originales pour la formation en quatuor de piano à 4 mains, violon et violoncelle.

Interprétant à ce moment-là avec Cyrielle notamment, le Gesellschaft-Quartett no4 Op80 d’H. Berens, nous nous sommes rendu compte de toute la profondeur, de la lisibilité d’écriture et des immenses possibilités qu’offrait cette fantastique formation !

Cependant, nous étions loin d’envisager qu’une telle histoire concernant cet effectif ait pu exister. C’est après de nouvelles explorations dans des univers stylistiques très différents qu’il nous est apparu indispensable de partager, au travers de cet album, notre enthousiasme pour ces œuvres et cette merveilleuse formation pourtant fortement méconnue de nos jours. »

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