Tristan Pfaff, Voltiges
Tristan Pfaff

Voltiges de Tristan Pfaff, la féerie au bout des doigts

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Avec son dernier album intitulé Voltiges, Tristan Pfaff offre une compilation de pièces de virtuosité, avec des danses ensorcelantes sous-tendues par une pyrotechnie pianistique aussi machiavélique que féerique, à laquelle le pianiste s’adonne avec délice. Un album éblouissant sorti chez Ad Vitam Records.

 

Le précédent album de Pfaff consacré aux pièces enfantines de Kabalevsky et Khatchatourian, s’appréciait comme une délicate aquarelle, une pépite de sensibilité. Mais outre ses dons pour la couleur musicale, Pfaff est un virtuose hors pair qui donne ici à entendre sa technique ébouriffante. Sur l’heure que dure l’album, il va aborder toutes les difficultés pianistiques imaginables dans ces pièces hautes en couleur, avec une clarté de jeu remarquable. Tristan Pfaff souligne les mélodies avec une énergie euphorisante et on savoure les broderies fines, notes répétées scintillantes, accords gargantuesques, appoggiatures dentelées, et autre trilles pétillantes sans modération.

Un allié de taille

Pour le tour de force que constitue cet album, Pfaff s’est appuyé sur un instrument assez hors normes. Il s’agit d’un piano aux proportions monumentales, comme on peut le voir en photo dans le livret. Un Opus 102 conçu par le pianiste et ingénieur Stephen Paulello – basé à Villethierry et fabriquant des pièces uniques – construit sur commande, entièrement fabriqué en France. Il est doté d’un clavier comportant 102 notes au lieu des 88 habituelles et offre une profondeur de son et une puissance vraiment adaptées pour le jeu de Pfaff.

Le 102 de Stephen Paulello
Le 102 de Stephen Paulello

Tourbillon de danses

Comme pour faire un clin d’oeil avec son enregistrement précédent, l’album Voltiges s’ouvre sur une pièce de Khatchatourian. Mais cette fois, c’est avec la célébrissime Danse du Sabre, extraite du Ballet Gayaneh, ici dans la transcription pour piano de Cziffra. La montée lancinante et martelée fonctionne comme une toccata virtuose qui colle l’auditeur à son siège. Le ton est donné !

Pfaff exécute ensuite une Etude transcendante de Sergueï Liapounov, la n° 10 opus 11 dite Lezghinka, pièce de 1903, inspirée d’une danse masculine traditionnelle du Caucase. Avec un petit côté qui pourrait faire penser à une tarentelle, le rythme s’accélère dans une puissance vertigineuse et une aisance insolente de la part du pianiste.

De la danse toujours, et du grand ballet avec une transcription absolument merveilleuse de Mikhaïl Pletnev du Pas-de-Deux de Casse-Noisette de Tchaïkovski. Pfaff laisse libre cours au romantisme exacerbé de la pièce en conservant la légèreté de cette féerie. La Valse russe de Jean Matitia, et la Polka italienne de Serge Rachmaninov revue par Vyacheslav Gryaznov sont empreintes d’une délicatesse et d’une clarté qui provoquent chez l’auditeur un émerveillement tout enfantin.

La Danse macabre de Saint-Saëns, transcrite par Liszt et revue par Horowitz, est un des moments phares de l’album. L’extrême virtuosité de la pièce, son imagerie extraordinaire, et l’humour de Saint-Saëns y transparaissent à chaque épisode. Tristan Pfaff s’élance avec souplesse dans des difficultés concoctées par Liszt et Horowitz qui provoquerait l’accablement d’autres pianistes, mais qui semblent le fasciner et dont il se joue avec enthousiasme.

Saint-Saëns est à nouveau honoré, avec sa magnifique Paraphrase de concert sur La mort de Thaïs, de Massenet qui révèle toute la volupté du compositeur. Puis, la Mephisto Valse de Liszt, autre pièce maîtresse du répertoire, est abordée à un tempo très vif par le pianiste. Mais sans faillir un instant, il éclaire l’entrelacement des thèmes et soutient le rythme sans fébrilité.

L’album s’achève avec La Valse triste de Franz von Vecsey, et le Printemps du prêtre et maître arménien Komitas, transcrit par son compatriote Robert Andriasyan (1913-1971), un choix original et émouvant qui permet à l’auditeur d’ouvrir sur d’autres horizons.

Une beau mélange de pièces célèbres et moins connues, avec comme fil conducteur de la danse et de la grande virtuosité, à consommer sans réserve, car lorsque cette dernière est servie avec autant d’aisance et de jubilation, on en redemande !

 

Le mot de Stephen Paulello, concepteur du piano

Il fallait bien une Bugatti de course pour que les doigts vertueux de Tristan Pfaff recréent à travers cet enregistrement, cette « féérie sans lendemain », cette « apparition disparaissante, éphémère et prestigieuse » chères à Vl. Jankélévitch.

Le pianiste virtuose se joue du piano.

Le mouvement d’horlogerie finement réglé de l’Opus 102 réagit en un éclair à toutes les acrobaties et fait merveille dans ce répertoire incandescent. La pensée est traduite sans trahison, la voltige aérienne est rendue possible et spectaculaire, le pianiste virtuose se joue du piano…

 

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