Fanny Clamagirand
Fanny Clamagirand © Jean-Baptiste Millot

Un Saint-Saëns intimiste avec Fanny Clamagirand

6 minutes de lecture

La violoniste Fanny Clamagirand, violon, et sa complice, la pianiste Vanya Cohen, osent un enregistrement atypique d’œuvres de Camille Saint-Saëns. Enregistrées dans l’ambiance feutrée de la Bibliothèque Henry et Isabel Goüin de l’abbaye de Royaumont, les pièces sont présentées dans des versions chambristes différentes ou antérieures aux opus originaux. L’Air de Dalila est quant à lui une première mondiale au disque.

 

Cette année, le centenaire de la disparition de Saint-Saëns est l’occasion de mettre en lumière le corpus du célèbre pianiste et organiste qui laissa un héritage violonistique non négligeable. Auteur de nombreuses transcriptions et arrangements de ses propres créations, Saint-Saëns attachait une attention particulière à créer une oeuvre authentique à partir du matériau initial, sans la dénaturer. Sur cet album, outre ceux de Saint-Saëns, on retrouve des arrangements réalisés par Georges Bizet ou Eugène Ysaÿe.

Fanny Clamagirand connaît sur le bout de l’archet Camille Saint-Saëns. Elle a déjà gravé les trois Concertos pour Violon et l’intégrale des oeuvres pour violon et piano de Saint-Saëns avec sa fidèle pianiste Vanya Cohen, tous parus sous le label Naxos. Irrigué par la danse, cet album s’ouvre avec la “multi-transcrite” Danse macabre op. 40 dans la version pour violon et piano de 1877, soit trois ans après la célèbre partition du poème symphonique. Le caractère intimiste de la configuration offre une danse subtile et légère, et dessine des contours plus acérés dans les mesures les plus impétueuses. Une lecture sensible de la fameuse Danse macabre.  

Le dernier album de Fanny Clamagirand et Vanya Cohen
Le dernier album de Fanny Clamagirand et Vanya Cohen consacré à Saint-Saëns

Les pièces directement inspirées par la danse, telles la Jota aragonese op. 64, d’inspiration hispanique, ou encore la cubaine Havanaise op. 83, proposent une récréation raffinée au sein du programme. Quant à l’attachant Prélude de l’oratorio Le Déluge op. 45, il prend la forme d’un duo poétique ôtant le vernis symphonique de la partition de 1863. 

Arrangé par Georges Bizet, on retrouve ensuite l’Introduction et rondo capriccioso op. 28 pour violon et orchestre qui, dans cette version, conserve la sève originelle. Le rythme de habanera au début de l’œuvre constitue un clin d’œil à la pièce précédente. 

Composées vers la fin de sa vie, Prière op. 158bis et l’Air de Dalila figurent aussi sur cet album constitué de pièces aussi captivantes les unes que les autres. Prière, initialement pour violoncelle et orgue, épouse ici le registre du violon et piano avec une étonnante délicatesse. 

La pièce inédite Air de Dalila, extraite de l’opéra Samson et Dalila, fut composée à La Panne, non loin de Dunkerque, pour la reine Elisabeth de Belgique (dont le célèbre concours belge porte le nom !), violoniste et amie du compositeur. Parenthèse lyrique portée par le jeu tout en finesse de la violoniste, Air de Dalila reste une séquence incontournable du disque.

Le voyage se referme sur l’espiègle Caprice d’après l’Étude en forme de valse, une transcription d’Eugène Ysaÿe de la dernière des Six études pour piano op. 52. 

Le duo, en symbiose, et que l’on sent parfaitement à l’aise dans ce répertoire si exigeant, signe un troisième volume Saint-Saëns à la hauteur du défi que constituaient ces nouvelles mises en lumière.

Le mot de Fanny Clamagirand, violoniste

« Dans ce volume en particulier, célébrant la danse et empreint de virtuosité, la voix du violon, au travers de l’écriture sensible et élégante de Saint-Saëns, est résolument profonde et humaine…
Une certaine intimité se dégage de ces versions ou transcriptions originales, pour violon et piano, réunies ici pour la première fois, et enregistrées avec la complicité de Vanya Cohen.

[…] l’influence de deux grandes figures du violon de l’époque, Pablo de Sarasate et Eugène Ysaÿe, tous deux amis du compositeur, est évidente et particulièrement touchante […]

En filigrane, l’influence de deux grandes figures du violon de l’époque, Pablo de Sarasate et Eugène Ysaÿe, tous deux amis du compositeur, est évidente et particulièrement touchante et apporte une grande valeur à l’héritage inestimable que nous laisse Saint-Saëns. »

 

Le site officiel de Fanny Clamagirand

 

Rédacteur en chef adjoint de Classicagenda, Julien Bordas rédige également depuis 2016 des articles d'actualité, des interviews et des chroniques de concerts. Sa passion pour la musique classique provient notamment de sa rencontre avec l'orgue, un instrument qu'il a étudié en conservatoire et lors de masterclass.

Derniers articles de Sorties autorisées