Charlotte Rampling et Sonia Wieder-Atherton
Charlotte Rampling et Sonia Wieder-Atherton au Théâtre des Bouffes du Nord © Quentin Balpe

Shakespeare et Bach, un voyage dans le temps avec Charlotte Rampling et Sonia Wieder-Atherton

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Le Théâtre des Bouffes du Nord à Paris proposait jeudi 10 mars une mise en perspective des oeuvres de Shakespeare et de Bach. Un rapprochement concluant dans une mise en scène minimaliste.

 

Les sonnets de Shakespeare ont ceci de commun avec les Suites pour violoncelle de Bach : leur intemporalité. Que ce soit les thèmes abordés au fil des sonnets (l’amour, la jalousie, la vie, la mort…) ou la musique de Bach dans ses Suites, une résonance s’opère avec notre époque. 

Les sonnets de Shakespeare sont composés de trois quatrains suivis d’un distique. Les passions amoureuses de l’écrivain y sont pour le moins ambiguës : une partie de l’ouvrage livre son attirance homosexuelle pour un jeune homme tandis qu’une autre montre son désir pour une femme. Quand certains sonnets font émerger la jalousie due à l’infidélité du jeune homme avec la maîtresse du poète ! Ces poèmes referment d’ailleurs les œuvres complètes de Shakespeare dans La Pléiade grâce à la publication récente du volume VIII (2021). 

Sur la scène du Théâtre des Bouffes du Nord, la mise en espace est réduite au minimum. La violoncelliste et compositrice Sonia Wieder-Atherton, assise côté jardin, égrène une “bande-son” qui porte le texte shakespearien grâce à un soutien musical délicat. Elle intercale également des extraits de Suites de Bach entre les sonnets, comme un fil rouge auquel se raccroche la comédienne Charlotte Rampling lorsqu’elle cesse de lire. 

Du subtil murmure à une lecture parfois austère mais toujours maîtrisée dans la diction, Charlotte Rampling marche seule sur scène, jusqu’à s’effacer totalement derrière le texte du poète. Le choix de la version originale du texte permet de saisir la musique des rimes ; un surtitrage en français projeté au-dessus de la scène favorise toutefois la compréhension. 

La mémoire en toile de fond

Avec ce spectacle, Sonia Wieder-Atherton a voulu mettre en scène la mémoire. Sur le fond de scène sont projetés des portraits devant lesquels Charlotte Rampling passe, s’arrête, échange… Des visages apparaissent et s’effacent, comme autant de fragments d’une vie passée ou à venir. Des sons tels que des cris d’enfant ou des ambiances issues de la nature émergent parfois des enceintes, tandis que la musique de Bach revient à intervalle régulier afin de ramener ce voyage temporel dans le présent, comme l’a souhaité Sonia Wieder-Atherton. La violoncelliste mêle parfois son jeu à celui d’autres violoncelles à travers l’installation sonore qui enlève malgré tout un peu d’authenticité. 

Les deux artistes réitèrent leur duo formé en 2013 où il était question de mettre en regard des Suites pour violoncelle de Benjamin Britten et des textes de la poétesse Sylvia Plath. Cette rencontre – loin d’être anachronique – entre les Suites de Bach et les Sonnets de Shakespeare, pose un regard inédit sur des chefs d’oeuvres à la modernité surprenante.    

 

Sonia Wieder-Atherton interprétera en concert solo les Suites 1, 3 et 4 de Bach à la Philharmonie de Paris le vendredi 15 avril.

Rédacteur en chef adjoint de Classicagenda, Julien Bordas rédige également depuis 2016 des articles d'actualité, des interviews et des chroniques de concerts. Sa passion pour la musique classique provient notamment de sa rencontre avec l'orgue, un instrument qu'il a étudié en conservatoire et lors de masterclass.

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